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Année 2006 – « Liberté économique et progrès social »

Année 2006 – « Liberté économique et progrès social »
août 29
15:13 2006

ANNEE 2006

Sommaire

1- Bulletin 117, octobre 2006.

 

Vaclav KLAUS

Euroscepticisme et européisme

 

Bertrand LEMENNICIER

Réflexion sur les manifestations et la violence du monde étudiant

 

Fred AFTALION

Cette chère démocratie

 

OPINIONS

Pascal SALIN

Les droits de succession sont un impôt inique

 

BONNES FEUILLES

Guy MILLIÈRE

Pourquoi la France ne fait plus rêver

 

LIRE LIBÉRAL

La philosophie cannibale du Lucien-Samir OULAHBIB

Logique du libéralisme de Jacques de GUENIN

 

 

2 – Bulletin 116, juillet 2006.

 

Axel ARNOUX

Le salaire complet, point de vue d’un chef d’entreprise

 

Georges LANE

Lettre ouverte à une certaine presse de France

 

OPINIONS

Pascal SALIN

Le programme socialiste : des illusions destructrices

 

BONNES FEUILLES

La vocation d’entreprendre de Michael NOVAK

Harmonies économiques de Frédéric BASTIAT

L’Union des républiques socialistes européennes de Vladimir BOUKOVSKY

 

 

3 – Bulletin 115, avril 2006.

 

Jacques GARELLO

Le développement et le commerce international

 

Xavier FONTANET

Le progrès de tous les peuples passe par la relocalisation des activités humaines

 

Fred AFTALION

Une gageure : exprimer des idées claires avec des mots obscurs

 

BONNES FEUILLES

Guy MILLIÈRE

Le futur selon George W. Bush

 

LIRE LIBÉRAL

. Les papes, l’église et l’argent, histoire économique du christianisme des origines à nos joursde Philippe SIMONNOT

. Le droit naturel, ses amis et ses ennemis de Patrick SIMON

. La morale face à l’économie de Bertrand LEMENNICIER

. Le libéralisme américain, histoire d’un détournement d’Alain LAURENT

 

4 – Bulletin 114, janvier 2006.

 

Georges LANE

La privatisation de la sécurité sociale.

 

Yvan BLOT

Hayek et la démocratie.

 

OPINIONS
Jacques GARELLO

Faut-il brûler l’état providence?

 

BONNES FEUILLES

. Le clonage administratif ou l’illusion de l’efficacité de Nicolas LECAUSSIN

. Le mystère du capital de Hernando DE SOTO

 

LIRE LIBÉRAL

Jean Baptiste SAY (1767-1832)

1. Bulletin 117, octobre 2006.

AVANT-PROPOS

Vaclav KLAUSS, président de la République Tchèque, nous a fait l’honneur de participer tout dernièrement aux débats sur « Le futur de l’Europe », sujet de notre XXIXe Université d’été. Dans son discours inaugural, le Président insista sur ce projet d’Union européenne qui, pour beaucoup, n’est qu’une « petite addition au cours normal des événements », alors qu’il est, en fait, « un tournantrévolutionnaire dans le cours normal de ces événements ». Entre Européistes et Eurosceptiques la guerre des idées est déclarée. (p. 2)

Avec Bertrand LEMENNICIER, nous allons quitter l’Europe pour la France et revenir aux « protestations » (doux euphémisme) des étudiants qui déstabilisèrent le gouvernement il y a quelques mois. Bertrand LEMENNICIER savait de longue date qu’éclateraient l’embrasement des banlieues, les manifestations de rues et autres mises à sac, dont celle de la vénérable Sorbonne.

Il nous livre en page 9 sa chronique d’une violence annoncée.

Pascal SALIN démonte les mécanismes incohérents qui aboutissent à la profonde injustice des droits de succession. L’État est dramatiquement glouton dans ce domaine puisqu’il perçoit ce que l’on peut appeler « un impôt sur la mort ». (p. 29)

Les élections présidentielles sont au coeur de tous les médias : on parle beaucoup de personnes – de comédiens devrait-on dire – mais si on se penchait plutôt sur la démocratie ? Depuis la cité grecque – la première à avoir tenté de donner la parole au peuple – jusqu’à nos jours, la route vers une démocratie digne de ce nom n’est toujours pas ouverte. Quel autre régime politique pourrions nous avoir ? De la démocratie Churchill a jadis lancé une définition aussi célèbre que pessimiste. Elle est reprise et développée par Fred AFTALION avec l’humour qu’on lui connaît.

Jacqueline Balestier

Secrétaire Général de l’ALEPS

Vaclav KLAUS (1)

(1) Président de la République Tchèque.

EUROSCEPTICISME ET EUROPÉISME (2)

(2) Discours inaugural de la « XXIXe Université d’Été de la Nouvelle Économie », Aix-en-Provence, 27 août 2006. Texte traduit par François Guillaumat et Georges Lane.

L’Europe de ces cinquante dernières années ne peut pas se décrire comme dominée par l’un ou l’autre des « –ismes » – bien traités par les encyclopédies – parce que chacun d’eux est partiel et exprime seulement une composante de notre réalité multidimensionnelle. La pensée actuelle en Europe est fondée sur une doctrine plus large, plus générale et, à l’évidence, hétérogène. C’est ce que j’appelle Européisme.

C’est une doctrine qui ne se présente pas sous la forme d’un système (de facto, seulement quelques critiques en parlent sérieusement). Malheureusement, il n’est pas possible de se référer à des sources clairement définies à partir dequoi on pourrait la « lire ». Le texte de la constitution européenne était un certain « résumé » de l’Européisme, mais ce n’est pas une bonne source parce que ce texte a fait de son mieux pour en supprimer maints traits et manifestationsimportants.

Je vois des interconnections dans cet « amalgame d’idées » et l’énorme force de synergie qui en découle. A cause de cela, l’Européisme rassemble des gens dont les visions du monde sont très différentes. Ils ne sont pas trop d’accord les uns avec les autres, en revanche tous tiendraient l’Européisme (3) pour un blasphème.

(3) De façon erronée, intentionnellement ou non, ils disent s’opposer à l’Europe !

Je crains que – par exemple, dans le système politique tchèque d’aujourd’hui – les démocrates Sociaux, Chrétiens et Citoyens et peut-être même les Communistes acceptent plus ou moins l’idéologie de l’Européisme, quoiqu’aucun d’eux n’admette un tel « copinage » en public.

L’Européisme peut amener à s’entendre ceux qui sont d’accord avec la guerre en Irak et ceux qui lui sont opposés, ceux qui souhaitent des impôts plus élevés et ceux qui veulent les baisser, ceux qui acceptent ou non la mise surécoute massive des citoyens, ceux qui souhaitent ou non le commerce avec la Chine, ceux qui soutiennent ou non « le partenariat enregistré » et beaucoup d’autres encore.

Je conçois l’Européisme horizontalement, de la façon suivante :

1. La dimension politico-économique (ou sociale)

Un des éléments clés de l’Européisme que partagent à la fois la droite européenne politiquement correcte et la gauche (quoique moins dans l’Europe anglo-saxonne que dans la « continentale » ou franco-allemande) se trouve être lemodèle de l’économie dite sociale de marché. Quoiqu’une telle approche se fasse l’avocate d’un système paternaliste improductif, sur réglementé, démotivant et excessivement redistributeur, c’est là-dessus que les Européistes fondent leur position et qu’ils s’y accrochent. Le « marché sans adjectif », ils le refusent, ils ne veulent pas des « marchés libres ». Ils n’aiment pas le mot « capitalisme ». Ils défendent tous les types d’intervention de l’État au nom du slogan de la « régulation civilisée de l’anarchie du marché ».

Les hérauts de l’Européisme n’ont pas admis l’enseignement fondamental d’Adam Smith, ni les idées libérales des économistes et de leurs représentants des autres sciences sociales qui lui succédèrent. Le paradigme fondamental de l’Européisme est à l’opposé – pour eux, le marché est essentiellement anarchique et l’État est là pour corriger cette anarchie.

C’est un regrettable manque intellectuel et aussi une faute de caractère dangereuse de la part des Européistes de ne pas se rendre compte que dans une majorité écrasante de cas, les dégâts que l’État cause sont beaucoup plus importants et beaucoup plus dangereux que les insuffisances du marché, et que le gouvernement n’est pas une entité neutre maximisant le bien-être de ses citoyens, mais un instrument pour faire valoir des intérêts privés très étroits (de différents groupes d’intérêt et aussi d’hommes politiques et de bureaucrates qui satisfont principalement leurs intérêts propres).

Les Européistes ne se rendent pas compte du fait que la réglementation étatique est une arme dans les mains des groupes d’intérêts bien organisés (et par conséquent bruyants), et qu’elle ne protège pas les intérêts d’anonymes, non organisés, de citoyens presque sans défense.

L’Européisme ne veut pas tirer les leçons de l’épisode tragique du communisme et autres variantes non moins malfaisantes de la société et de l’économie centralisée (les différents régimes fascistes ou autoritaires).

Il ne veut pas davantage tirer une leçon de l’expérience récente de la « régulation civilisée de l’anarchie du marché en Europe ». Il interprète celle-ci comme un succès extraordinaire.

Ce modèle social européen est accepté à la fois par le SPD et par le CDU en Allemagne. Il passe pour partie intégrante de l’identité culturelle en France (à l’exception de quelques libéraux). La Scandinavie concourt pour être reconnuecomme l’auteur du modèle. En Autriche, on le considère comme le contrepoids nécessaire à un « capitalisme sauvage » à l’américaine. Les Conservateurs britanniques sont restés longtemps hors du courant mais je ne suis pas sûr que cela continuera avec la nouvelle équipe dirigeante qui est politiquement beaucoup plus correcte que les précédentes. La question est de savoir si notre « nouvel » ODS (parti démocratique citoyen) ne devient pas plus réservé à cet égard aussi bien.

2. La manière d’intégrer l’Europe

Pendant un demi siècle, il y eu une discussion incessante entre les avocats du modèle d’intégration européenne par la libéralisation – qui était d’abord fondé sur la coopération intergouvernementale des pays européens (lesquels conservaient en mains une majorité significative des paramètres de leurs systèmes politique, social et économique) et sur la mise à bas de toutes les barrières non nécessaires aux activités humaines existant aux frontières des états – et lespartisans du modèle de l’intégration par l’harmonisation (ou l’homogénéisation) qui est fondé sur l’unification à partir d’en haut, orchestrée par les autorités de l’Union européenne, avec l’ambition de niveler tous les aspects de la vie pour tous les Européens et de le faire dans une entité supranationale, qui déterminera une majorité écrasante des paramètres systémiques de l’Europe intégrée toute entière par l’intermédiaire d’institutions supranationales.

Le premier de ces modèles a été fondé le plus souvent sur l’hypothèse que le démantèlement des barrières conduirait àune concurrence désirable entre les États aussi bien qu’à la libéralisation subséquente dans chacun des pays pris individuellement. Le second de ces modèles a voulu et veut toujours l’opposé. Fondamentalement, il ne souhaitait pas que le meilleur système (le moins réglementé) gagne, mais que tous se soumettent au système le plus réglementé(réglementé par les avocats de cette approche).

Dans la phase initiale de l’intégration européenne (approximativement jusqu’au commencement de l’ère Delors au milieu de la décennie 1980) le premier modèle a prévalu quoique Jean Monnet ait voulu le second depuis l’origine.

Dans la phase actuelle, c’est quand même le second modèle qui, à l’évidence, a prévalu. L’Européisme s’y identifie totalement.

Le problème de l’intégration a bien sûr maints aspects ponctuels. L’un d’eux tient dans la question de savoir qui, ou quoi, est l’entité de base (ou la fondation) de l’intégration européenne. Est-ce l’homme (l’individu masculin ou féminin) ou est-ce l’État ? La construction d’une entité supranationale, qui est une ambition évidente et non dissimulée de l’Européisme ou des Européistes, affaiblit les états et renforce la relation directe des individus à l’égard de l’UE.

L’Union européenne reste, cependant, un simple « ensemble d’autorités supranationales », tandis que l’État est une entité qui est fondamentalement, de par sa vraie nature, plus que cela.

Il est possible d’aimer ou de ne pas aimer le pays où on vit. Il est possible, par exemple, d’applaudir ou de ne pas applaudir à un match de football. Il est possible de le défendre l’arme à la main.

Il est (d’ordinaire) possible de parler la langue. Il est possible de l’adorer et de le haïr. Il n’est pas possible, néanmoins, d’avoir une telle relation avec un ensemble d’autorités supranationales.

Un autre aspect important du modèle européiste est la tentative pour introduire – dans la mesure où le cadre législatif et institutionnel est concerné – un système cartellisé, dit par conséquent « harmonisé » dans lequel les éléments individuels de l’Europe ne rivalisent pas les uns avec les autres parce qu’un système unique y domine déjà.

Le problème est que l’harmonisation imposée d’en haut ne peut se faire qu’à la hausse. Les économistes le comprennent parce qu’ils sont familiers avec le terme « rigidité à la baisse ». Les intérêts particuliers profondément enracinés ne permettent pas un mouvement à la baisse. Cela signifie fondamentalement l’accroissement des charges et la diminution de la concurrence.

La politique d’harmonisation n’est rien d’autre qu’une tentative pour exporter des coûts élevés et un moindre degré de concurrence vers les autres pays de l’UE ; vers des pays qui sont – pour diverses raisons historiques – à un niveau différent de développement économique, ont des priorités, des coutumes et traditions différentes, de même que des ambitions différentes.

3. Quelques considérations sur la liberté, la démocratie et la société.

Les Européistes sont aussi caractérisés par la clarté de leurs positions dans les discussions sur la démocratie parlementaire ou la société civile ou dans les discussions sur la démocratie ou sur la post-démocratie. Ils n’ont aucune inclination pour les processus démocratiques normaux. Ils préfèrent l’« efficacité » de la décision « pragmatique ». Ils préfèrent la collectivité à l’individualisme, le partenariat social et le corporatisme à la démocratie classique.

Puisque les Européistes sont (et aiment être) éloignés des citoyens, puisqu’ils ne voient pas ces citoyens et ne les touchent pas directement, il leur faut des collectivités, des groupes et groupements variés avec qui ils essaient des’entendre. C’est pourquoi ils aiment le concept corporatiste de « partenariat social », c’est pourquoi ils veulent de grosses entreprises et de gros syndicats, c’est pourquoi ils veulent les puissances contrepoids de Galbraith (au niveaumacroéconomique, pas à celui du marché, fonctionnant au niveau microéconomique).

Souhaitant échapper au contrôle des citoyens, ils trouvent bon de s’entendre avec des ONG variées, qui – au moins c’est ce qu’ils souhaitent – leur donnent une légitimité dont ils seraient dépourvus autrement.

4. Dimension de la politique étrangère et des relations internationales

Les Européistes n’aiment pas la « politique intérieure » (qui est sous contrôle démocratique beaucoup plus strict) et promeuvent la prise de décision – et le déficit démocratique – au niveau supranational.

Ils apprécient les visions larges, mondiales, géopolitiques et c’est aussi pourquoi ils constituent une organisation internationale ou supranationale après l’autre.

Le souci d’émanciper les politiques et les politiciens de l’obligation démocratique d’avoir des « comptes à rendre » est un de leurs premiers objectifs.

C’est pourquoi les Européistes avancent le slogan : « moins d’État nation, davantage d’internationalisme », c’est pourquoi les Européistes associent à dessein l’état nation avec le nationalisme,

c’est pourquoi ils promeuvent le multiculturalisme et le principe de « désassimilation »,

c’est pourquoi ils développent la dénationalisation de la citoyenneté,

c’est pourquoi on a fondé et on soutient des « partis politiques européens ».

C’est pourquoi ils attendent la naissance de l’identité européenne et du « peuple » européen.

C’est pourquoi ils veulent construire une espèce de « fraternité européenne ».

C’est pourquoi ils se font avocats de l’universalisme abstrait des droits. C’est pourquoi ils préconisent un monde homogénéisé, « décaféiné ».

C’est pourquoi ils suggèrent que quelque chose comme « la psyché collective de l’Europe » existe.

Je considère que ces ambitions (et arguments) ne sont qu’un écran de fumée, un emploi de mots agréables pour cacher des intérêts très terre à terre.

Voici les intérêts de se débarrasser de l’État en tant que garant irremplaçable de la démocratie, en tant qu’unité politique fondamentale d’un système démocratique (à l’opposé du « Reich », de l’empire, de l’union, de la ligue de pays), en tant qu’arène unique vraiment organisable de la vie politique, en tant que base de la représentation politique et de la représentativité la plus grande possible, mais en même temps aussi la plus petite raisonnable.

Contrairement à la coopération entre gouvernements, le supranationalisme européen engendre la rivalité vis-à-vis des États-Unis, en d’autres termes, l’antiaméricanisme. Au lieu de l’Atlantisme ou de l’alliance transatlantique, il mène aux tendances opposées. Il conduit aussi bien à l’acceptation de l’idée que le conflit entre l’Ouest et l’Islam est une première image du conflit des civilisations inévitable dans l’avenir.

5. Développement philosophique de l’Européisme

Dans sa « Weltanschauung » (4), l’Européisme entretient non pas une modeste croyance évolutionniste dans l’ordre spontané, mais une position radicalement constructiviste.

(4) Note des traducteurs : vision générale du monde.

Les Européistes ne croient pas à l’activité humaine spontanée, non réglementée et non contrôlée par d’autres.

Ils ont confiance dans ceux qu’ils ont choisis (non pas dans ceux qui sont élus), ils ont confiance en eux-mêmes ou dans ceux qu’ils choisissent. Ils croient à une société humaine structurée verticalement et hiérarchisée. Ils veulent imaginer, planifier, réglementer, administrer à la place des autres, parce qu’il y en a (eux-mêmes tels qu’ils sont) qui savent et que les autres ne savent pas.

Même si nous pensions qu’après l’effondrement du communisme, tout cela appartiendrait au passé, il n’en est rien.

Voilà que tout recommence.

L’Européisme est un nouvel utopisme et j’ajouterai que c’est un utopisme extrêmement naïf et romantique.

L’Européisme est un produit des élites. C’est le produit de gens qui ne veulent pas aller travailler chaque jour, de 8 heures à 17 heures, et avoir un vrai métier. C’est le produit de gens qui veulent diriger les autres, les commander, les dominer et « faire la loi chez eux ». Ils incluent des politiciens et à eux sont reliés des bureaucrates aussi bien que des intellectuels publics. C’est un grand groupe dans la sphère publique qui « très pragmatiquement » tire le plus grandparti possible de sa position :

– veut s’assurer que son statut privilégié et avec lui des bénéfices connectés dureront longtemps ;

– veut s’isoler de l’atteinte de l’électorat, de l’opinion publique et des mécanismes démocratiques normaux ;

– veut – au travers de la complexité et de la non transparence des procédures de décision de la loi communautaire et au travers de la distance des citoyens

– se détacher des conséquences de sa décision et des charges (au sens le plus large) qu’ils infligent – par leur activité – aux citoyens des pays membres.

Ces trois groupes forment une coalition d’intérêts très forte qui n’a pas de contrepoids à sa mesure dans l’Europe hétérogène et au vaste territoire, avec autant d’intérêts différents. Il existe une majorité silencieuse qui pense que c’estfaux mais elle est incapable de s’organiser et a – contrairement aux Européistes – un vrai métier qu’elle doit et veut exercer. Cette majorité se tient sur la défensive.

De plus, les Européistes ont réussi à se faire passer pour l’incarnation d’un progrès et à présenter les autres comme celle de l’obscurantisme, ce qui est un « coup » extrêmement réussi. Nous avons une minorité bruyante, largementmotivée, pas explicitement organisée, dont les membres cependant se rencontrent et se parlent, contre une majorité entièrement éparpillée avec des intérêts conflictuels et des problèmes, qui ne voit pas ce qui se trame. Mis à part cela, cette majorité pense que le projet de l’UE est une petite addition au cours normal des événements.

Malheureusement, il n’en est pas ainsi.

C’est un tournant révolutionnaire dans le cours normal des événements.

Bertrand LEMENNICIER

RÉFLEXION SUR LES MANIFESTATIONS ET LA VIOLENCE DU MONDE ÉTUDIANT

Les manifestations contre le SMIG jeune ou contre l’école libre illustrent l’ignorance de la part de nos gouvernants des « lois d’airain » de la micro politique (1).

(1) Terme emprunté à Madsen Pirie, le Directeur de l’Adam Smith Institute, qui a été l’un des conseillers du gouvernement de Madame Thatcher durant la vague des privatisations et déréglementations anglaises des années 1980.

Quant à celles dirigées contre le CPE, défini par seulement quelques articles d’un projet de loi plus général sur l’égalité des chances (2), elles démontrent qu’une détermination affichéepar un gouvernement, aussi grande soit-elle au départ, n’a pas su résister à leur violence.

(2) Voir Lane, G. (2006), « Lettre ouverte à une certaine presse de France », Liberté économique et progrès social, no116, juillet, p. 44, note 46.

1. L’état des lieux

 

L’affaire est pourtant simple. La génération de 1968, celle de gauche, a usé de son pouvoir politique, via les urnes ou la rue, pour créer sur le marché du travail un secteur protégé de la compétition que se font les travailleurs entre eux et les entrepreneurs entre eux. Les jeunes, les immigrés et les femmes qui souhaitent être embauchés dans des entreprises sont les premières victimes de cette législation. Les instruments utilisés pour construire ce secteur protégé ont été un code du travail (lois Auroux par exemple) particulièrement contraignant pour les employeurs et un prix plancher (le SMIG) en hausse continue. Cette législation pèse sur les moins qualifiés d’entre nous. Ceux qui sont exclus du marché du travail par ce protectionnisme voulu et désiré par les partis de gauche et leurs clientèles respectives n’ont pour seule alternative (du fait même du caractère universel de cette protection) que la solution de se tourner vers l’assistance publique via toutes les variétés d’aides publiques (y compris l’allocation de chômage et le RMI) ou vers la clandestinité – travail illégal ou travail noir –, voire les deux en même temps.

 

Ce secteur protégé et généralisé à l’ensemble du marché du travail crée ce que l’on appelle un chômage de file d’attente. En effet, s’il existe une certaine probabilité d’accéder à un emploi protégé dans un délai raisonnable, cela vaut le coup de faire la queue dans la file d’attente des chômeurs pour obtenir l’emploi protégé convoité. Pour augmenter cette probabilité, les gouvernements de gauche successifs :

1) ont créé des emplois dans le secteur protégé (public et semi-public),

2) ont favorisé le taux de rotation des emplois en incitant les gens à prendre leur retraite le plus tôt possible, en retardant l’entrée des jeunes sur le marché du travail, en abaissant la durée légale du travail à 35 heures,

3) ont augmenté ou maintenu la rémunération du secteur protégé (secteur public, SMIG) à un niveau plus élevé que dans le secteur non protégé.

 

Simultanément ces mêmes gouvernants, pour éviter une jacquerie des chômeurs, ont suivi une politique de transferts de revenus via l’assistance publique pour faire patienter tout ce petit monde en quête d’un emploi protégé. Pour comble de l’ironie, ils ont fait supporter ces transferts sur les entreprises qui sont aussi obligées de financer cette redistribution.

 

 

2. Les effets pervers de l’actuelle législation

 

Les effets pervers de cette politique sont nombreux. Nous en retiendrons deux.

 

Le SMIG pousse les entreprises, à ce niveau de la valeur de la productivité marginale, à préférer des employés qualifiés à des non qualifiés. Dans le contexte présent cela les pousse à préférer des jeunes, des femmes ou des immigrés diplômés à ceux qui ne le sont pas. Ils repoussent donc dans la file d’attente toutes les personnes non qualifiées.

 

La politique de transferts de revenus pour faire patienter tous ceux qui espèrent pouvoir accéder à un emploi protégé pousse chacun à être plus exigeant sur les conditions salariales, les conditions d’embauche, de licenciement et de travail. Cela les incite à refuser le premier emploi proposé et augmente la durée du chômage. Par un effet de réverbération (ou de hasard moral diraient les économistes) la politique de transfert s’alourdit augmentant le coût du travail ce qui incite cette fois les entreprises à ne pas embaucher ou à se délocaliser.

 

Pour sortir de cette impasse, le gouvernement de droite actuel tente de créer légalement un secteur non protégé en déréglementant très timidement le code du travail. En cela, il essaie de copier le modèle anglo-saxon. Il ne faut pas cependant se tromper sur ce modèle. Il existe dans ces pays, sur le marché du travail, un secteur protégé avec des syndicats bien plus puissants que les nôtres.

 

Mais la probabilité d’accès à ce secteur est très faible. Ceux qui ne peuvent y accéder offrent leur travail dans un large secteur d’emplois légaux non protégés.

 

Au lieu d’une longue file d’attente de chômeurs qui patientent de longs mois pour obtenir un emploi de « rentier » dans le secteur protégé, on observe sur ce secteur non protégé des salaires plus faibles (la différence de salaire entre les deux secteurs peut aller jusqu’à 20 %) et une mobilité (une précarité ou une flexibilité dirait-on en France ou en Europe) plus forte des employés. C’est le prix à payer sur le marché du travail pour entretenir un secteur protégé de la compétition que se font les travailleurs entre eux. On a soit l’un, soit l’autre.

 

Les citoyens français, chômeurs ou non, se sont adaptés au chômage de file d’attente (jusqu’à quand ?), les citoyens américains se sont adaptés à un large secteur du marché du travail non protégé, mais chacun des deux modèles a été créé de toute pièce par les hommes politiques de chaque pays respectif sous la pression de groupes d’intérêts syndicaux.

 

Une politique réellement libérale consiste avant tout à supprimer le secteur protégé en rendant la liberté contractuelle aux employeurs et employés dans tous les domaines y compris celui de la protection contre les aléas du marché du travail ou de la vie. Le gouvernement de droite actuel ne mène donc pas une politique libérale. Il en va de même de ses homologues dans les pays anglo–saxons.

 

Ces derniers acceptent un secteur protégé plus ou moins étendu. En revanche, chez eux existe un secteur légal non protégé ou toute personne qui désire un travail peut le trouver sans problème. Faire croire le contraire aux lecteurs est un mensonge par omission ou par ignorance.

 

 

3. Sortir du modèle social « de gauche »

 

En fait, la nouveauté par rapport aux précédents gouvernants de gauche ou de droite dans cette affaire des jeunes, consiste à tenter de créer un secteur non protégé légal sur le marché du travail et à terme à sortir les français du carcan imposé par le « modèle social » de gauche. En ce sens l’opposition syndicale et politique de gauche a bien compris que le CPE n’est qu’un début. Sa réaction de préserver leurs droits acquis par la violence (qu’ils ont acquis de la même manière) est certes immorale mais est quelque chose de parfaitement prévisible.

 

Le diagnostic étant posé, la stratégie de créer un secteur légal non protégé ayant été choisie, faut-il encore savoir la mener à bien. C’est de cela dont nous voulons discuter. C’est là où l’ignorance de la micropolitique est la plus flagrante de la part de nos gouvernants. Lorsque l’on choisit de mener une déréglementation d’un marché – y compris donc du marché du travail – d’une manière graduelle par opposition à la « thérapie » de choc (à l’exemple de la nuit du 4 août 1789), dans le cadre d’une démocratie d’opinion majoritaire, il faut alors subir les lois d’airain de cette démocratie (1).

(1) Par opposition à une démocratie libérale.

 

 

Nous en retiendrons une qui a été depuis longtemps répertoriée par les économistes du courant de l’école des Choix Publics : un homme politique qui veut être réélu, doit toujours distribuer les bénéfices de son action à un petit groupe d’électeurs aux intérêts concentrés et qui peuvent facilement se coaliser pour soutenir cette action et disperser les coûts sur un grand nombre d’électeurs aux intérêts dispersés et qui peuvent difficilement s’unir pour s’opposer à cette action. Dans tous les autres cas l’action menée sera un échec.

 

La nature même d’une action étatique coercitive (2) consiste à séparer, dans l’action menée, ceux qui reçoivent les bénéfices de ceux qui en supportent les coûts (3).

(2) Certaines actions étatiques ne sont pas toujours coercitives, par exemple le financement d’un bien public par des Loteries ou des fondations ne disposant pas d’un monopole ou d’un privilège de déduction fiscale.

(3) Contrairement aux mécanismes de marché qui interdisent par définition un tel divorce entre ceux qui reçoivent les bénéfices de leurs actions et ceux qui en supportent les coûts, puisque l’on parlera d’échec du marché lorsque certains bénéficient de leurs actions en faisant supporter à d’autres une partie des coûts (externalités négatives) comme pour la question de l’environnement,

 

Le tableau suivant résume les quatre cas de figures auxquels l’homme politique fait face quand il prend une décision qui va s’appliquer à tous par la force (injuste ?) de la loi :

La zone 4 représente une dispersion à la fois des coûts et des gains. La zone 3 suggère une concentration des gains, mais une dispersion des coûts. La zone 1 montre que les bénéfices et les gains sont concentrés, sur des personnesdifférentes. Enfin, la zone 2 fait apparaître des coûts concentrés et des gains dispersés. Normalement, la production de biens collectifs tombe dans la zone 4 : tout le monde bénéficie et tout le monde paie. Lorsque les coûts et les bénéficessont concentrés, zone 1, on oppose deux groupes aux intérêts qui peuvent facilement se coaliser et dont l’un supporte les coûts et l’autre les bénéfices.

Le système démocratique favorise toutes les actions politiques qui concentrent les bénéfices sur un petit nombre d’électeurs et dispersent les coûts sur un grand nombre d’électeurs qui peuvent difficilement se coaliser pour s’y opposer.

En revanche, il défavorise les actions qui concentrent les coûts et dispersent les bénéfices (ou dispersent les bénéfices et les coûts). L’intérêt d’un élu est de rechercher les votes des individus concernés par une mesure politique quelconque favorisant leurs intérêts privés et de leur offrir d’en disperser les coûts sur un grand nombre de personnes, en faisant passer cet intérêt privé pour un intérêt public. Servir les intérêts d’un public très large et peu intéressé ne rapporte malheureusement pas de votes supplémentaires. L’homme politique doit donc, s’il veut survivre, servir les intérêts privés de groupes désireux d’user de la contrainte publique à leur avantage. On sait que de telles actions sont néfastes pour l’ensemble de la collectivité.

4. L’escalade inévitable de la violence

On comprend mieux alors ce que l’on observe aujourd’hui avec les manifestations des jeunes étudiants contre le CPE et simultanément les violences des jeunes non qualifiés à l’école ou dans les banlieues. Ces deux violences révèlent à l’opinion publique la même crise sociale engendrée par la même cause : l’existence d’un secteur protégé qui s’étend à tout le marché du travail.

Si le gouvernement ne fait rien pour lutter contre ce secteur protégé qui pousse les non qualifiés dans l’assistance publique et la clandestinité ou le marché noir, il récolte les violences urbaines.

Si le gouvernement cherche à ouvrir sur le marché du travail un secteur légal non protégé pour favoriser l’intégration des non qualifiés au marché du travail, les jeunes étudiants perdent leur petit privilège lié à leur qualification,descendent dans la rue et expriment par la violence leur opposition à la destruction de ce privilège (6).

(6) L’hypocrisie des syndicats étudiants est évidemment à son comble lorsque l’on sait que l’éducation nationale, dans le supérieur, propose des emplois extrêmement précaires à une masse d’enseignants : les chargés de TD. Le salaire y est faible, l’emploi est révocable du jour au lendemain par l’enseignant titulaire qui a en charge l’équipe pédagogique. Par ailleurs, en tant que clients, les étudiants n’hésitent pas à demander au professeur le licenciement du chargé de TD qui ne leur plaît pas !

C’est un problème tout à fait classique d’une mesure de politique qui concentre les bénéfices sur un groupe et les coûts sur un autre. Les deux descendent dans la rue.

Le gouvernement de droite déréglemente le marché du travail dans le but avoué de créer un secteur non protégé bénéficiant aux jeunes non qualifiés. Il voudrait par ce biais intégrer sur un marché du travail légal les jeunes des banlieues et éviter leur désespérance. Ces jeunes non qualifiés (qui souvent ne votent pas) sont normalement les gagnants de cette déréglementation.

Mais le gouvernement dans sa précipitation a oublié qu’il allait concentrer les coûts de cette déréglementation sur un autre groupe de jeunes : les étudiants (qui eux votent davantage). Pourquoi ? Parce que les étudiants courent après un diplôme en imaginant que, grâce à lui, ils pourront accéder plus aisément à un emploi dans le secteur protégé. A force de leur dire que le diplôme protège du chômage et de la précarité, ils l’ont cru.

Ce qui dans le monde actuel est une illusion. A 80 % d’une classe d’âge dans l’enseignement supérieur (objectif fixé par un gouvernement de gauche) les diplômes universitaires ne révèlent plus la qualité intellectuelle d’un individu, ceque tout enseignant du supérieur sait qu’il soit de droite ou de gauche. Pour retrouver des gens de qualité, on regarde désormais la mention Bien ou Assez Bien obtenue par l’étudiant dans ses études.

Les employeurs ne sont pas philanthropes et paient les employés à la valeur de la productivité d’une heure de leur travail. Si les contraintes d’embauche et de licenciement sont trop fortes et si le salaire minimum excède la valeur de ce qui est produit, il préfère embaucher un jeune qualifié à un autre qui ne l’est pas.

Rappelons que, dans toute cette histoire, le chef d’entreprise ne supporte aucun coût ni n’est bénéficiaire de ces réglementations. Si le coût du travail et le contrat de travail qu’on lui impose sont trop contraignants, il n’embauche pas en France. Il fait ses profits ailleurs. D’où le paradoxe des grandes firmes françaises du CAC 40 qui font des profits élevés qui seront redistribués à des actionnaires étrangers qui eux les réinvestissent ailleurs. Après tout, ce sont d’autres employés (étrangers) qui profitent de ces réinvestissements et qui voient leur bien être s’améliorer au détriment des nationaux : le capitalisme et la mondialisation redistribue les positions des politiquement puissants vers les politiquement faibles (7) !

(7) Tandis que la démocratie redistribue les positions des plus riches et des plus pauvres vers les classes moyennes.

Maintenant si l’étudiant fait des études ou continue ses études, pour l’unique raison que cela lui permet d’avoir, à la marge, un pied dans le secteur protégé, supprimer ce « marchepied » en offrant aux employeurs la possibilité d’embaucher un non qualifié à sa place, détruit l’investissement dans son diplôme.

Désormais l’étudiant du premier cycle se retrouve en compétition avec des non qualifiés alors qu’il croyait que son diplôme (ou ces quelques années d’études supérieures sans obtenir le diplôme) lui permettrait d’éviter de se retrouver au chômage ou dans un secteur non protégé. Il est rationnel pour lui de se rebeller exactement comme les jeunes des banlieues l’ont fait avant eux devant un « modèle social » si cher aux syndicats et aux partis politique de gauche qui les exclut de la société.

Du point de vue de l’homme politique on est dans la pire situation. C’est l’échec assuré (8).

(8) Rappelons que le Premier Ministre, Monsieur Galouzeau de Villepin, n’est pas un élu, mais un bureaucrate. Il ne doit pas sa position aux votes d’électeurs et peut-être n’a-t-il aucune ambition politique. Ceci peut expliquer son entêtement. Le président de la République lui-même ne briguera pas un nouveau mandat et est donc insensible pour une fois aux pressions de la rue ou de l’opinion publique.

Où est la faute de Villepin ? C’est un problème pratique de déréglementation. On connaît la boite à outils depuis longtemps. Il suffit de l’utiliser.

5. Comment résoudre les problèmes pratiques de déréglementation

Par définition, une réglementation créé des privilèges et par voie de conséquences des intérêts concentrés et spécifiques pour les maintenir. Naturellement, les bénéficiaires, ici, en l’espèce, les étudiants qui ne font des études que pour la protection qu’ils en espèrent sur le marché du travail, sont réticents à voir leurs privilèges disparaître. Ils ont peur de perdre leur position de force contre les jeunes des banlieues. Ils sont soutenus par leurs leaders syndicalistes et les hommes politiques qui se sont localisés idéologiquement sur ce segment de la population, qui réclament une protection sur le marché du travail et qui eux aussi ont peur de perdre le peu de clientèle électorale respective qu’ils ont encore. Il ne faut pas s’attendre non plus au soutien immédiat des parents ou de la génération qui précède et qui a trouvé un travail dans le secteur protégé, bien qu’ils sachent que leurs enfants seraient les premiers bénéficiaires d’une déréglementation du marché du travail. Ils ne voient que la menace de remplacer ce qui existe, qu’ils connaissent et auquel ils se sont adaptés, par un système inconnu, et peut-être destructeur de leurs habitudes. Ils ont peur qu’un changement de modèle social ne signifie une régression. Qui plus est, ces craintes sont souvent alimentées et amplifiées par une manipulation de l’opinion publique via les médias par ceux dont la position privilégiée est plus directement menacée par la déréglementation du marché du travail. Ces préoccupations sont réelles. Un processus de déréglementation ne peut réussir que si ceux qui la mettent en oeuvre en tiennent compte, les anticipent et les neutralisent.

La solution on la connaît : il faut neutraliser les oppositions et penser le timing de l’opération pour engendrer les résultats électoraux que l’on attend de cette déréglementation.

Le premier problème consiste à penser le timing. Si l’échéancier électoral est de 5 ans et qu’il faut 3 ans pour voir apparaître les premiers effets de la mesure de déréglementation et une année pour la mettre en oeuvre, la réforme

doit être menée dans l’année où la nouvelle majorité a conquis le pouvoir. Cela veut dire qu’avant d’avoir pris le pouvoir la stratégie et la tactique de la déréglementation doit déjà être pensée et prête à être appliquée.

Or créer un secteur non protégé parfaitement légal ne se fait pas à un an et six mois d’une échéance électorale majeure. C’est là aussi un des biais fondamentaux de la démocratie d’opinion majoritaire, la réglementation produit des effets visibles rapidement en dispensant souvent ses bienfaits sur un groupe de pression aux intérêts concentrés alors que les effets néfastes de cette réglementation prennent du temps à devenir visibles et sont supportés par des groupes de pression aux intérêts dispersés. C’est une des raisons pour lesquelles les hommes politiques préfèrent (dans le cadre de cette conception de la démocratie) réglementer à nouveau plutôt que d’abolir la réglementation source des effets pervers. La déréglementation « Villepin » arrive trop tard. Elle aurait dû être faite, d’une manière encore plus radicale, en 2003.

Le second problème consiste à gagner le soutien de l’ensemble des jeunes (9) bénéficiaires de la déréglementation (les jeunes non qualifiés) qui n’accéderont jamais au secteur protégé et des étudiants qualifiés qui ont peur de se retrouver dans un secteur non protégé qu’ils n’anticipaient pas (10) et dont l’opposition pourrait faire échouer la déréglementation.

(9) Le CPE ne concerne que les jeunes de moins de 26 ans.

(10) Ils sont trompés par le gouvernement dans leurs attentes.

A vrai dire cela ne concerne pas uniquement les étudiants, mais aussi les employeurs, les parents, les syndicats aussi bien que le public en général.

Dans la pratique, cela signifie :

1) Qu’il faut mener une campagne d’information à la manière de celles que l’on mène contre le tabagisme ou l’insécurité routière pour sensibiliser le public aux méfaits de la présence d’un tel secteur protégé sur le marché du travail.

2) Qu’il faut prendre des mesures qui profitent directement à ceux qui vont perdre leur privilège. Les étudiants dans les filières dévalorisées ou au début de leurs études dont on connaît les taux d’échec élevés. Il s’agit donc de proposerun avantage plus intéressant que celui offert dans le secteur protégé pour les inciter à renoncer à leurs études et à entrer dans le secteur légal « non protégé » puisqu’il s’agit de la stratégie adoptée par le gouvernement (11).

(11) Que nous ne partageons pas puisque nous sommes partisans de la thérapie de « choc » et d’une nouvelle « nuit du 4 août 1789 ».

Enfin, il ne faut pas non plus négliger les avantages financiers que l’on peut distribuer. Il vaut mieux racheter un privilège (ou une rente) que de le détruire puisque l’on est certain de créer l’opposition à la déréglementation.

3) Qu’il faut neutraliser les hommes politiques, les bureaucraties et les syndicats qui vivent de la distribution de ses prébendes et privilèges.

4) Qu’il faut financer cette déréglementation sans que celle-ci fasse supporter les coûts sur un groupe de pression aux intérêts concentrés.

Il est vrai que cela est plus facile à écrire qu’à mettre en oeuvre. C’est la raison pour laquelle une thérapie de choc reste la meilleure solution avec une réforme des institutions politiques qui empêchent les groupes de pression les plus variés d’user de la contrainte publique pour satisfaire leurs intérêts privés.

Nous ne sommes pas encore dans cette configuration politique et pourtant elle se posera avec l’arrivée massive à l’âge de la retraite de la génération née après la Seconde Guerre mondiale.

6. Comment créer un nouveau contrat de travail

En fait, le contrat de travail offert aux jeunes au lieu d’être une pâle copie d’un CDI sans les contraintes (sur deux ans) devrait être beaucoup plus audacieux voire révolutionnaire. Pour réellement créer un large secteur du marché du travail non protégé par une réglementation contraignante et un prix plancher destructeur d’emplois, il faut que les jeunes et les moins jeunes aient envie d’ y entrer. Il faut des avantages supérieurs à ce que l’on peut trouver dans le secteur protégé. C’est une condition nécessaire pour faire accepter la transition.

Un tel contrat de travail existe. Il est constitué par trois piliers :

a) une dotation en capital universelle attachée à l’individu (obtenue à la naissance ou au moment où l’on obtient son premier emploi) (12) pour faire face aux risques inhérents au marché du travail et à la vie elle-même (chômage, formation, retraite, santé) en contrepartie d’une libération totale de l’assujettissement au modèle social imposé à l’ensemble des français par les gouvernements de droite comme de gauche,

(12) Cette proposition, qui n’est pas libérale, s’oppose à l’allocation universelle proposée par les gens d’extrême gauche au sens où une dotation en capital brise le lien de dépendance à l’égard de la bureaucratie (la CNAF) qui gérerait mensuellement l’allocation universelle. Elle se rapproche du plan Eva de Martine Aubry. Mais son objet est de libérer le salarié et le chef d’entreprise de l’assujettissement aux divers organismes sociaux et syndicaux qui étouffent le marché du travail et la vie de l’individu. Cette dotation est capitalisable et reste sous la responsabilité de l’individu. Les individus ne peuvent remettre ce capital dans les mains d’une entreprise ou d’un syndicat ou encore de bureaucratie dont les intérêts ne sont pas les siens.

Faisons maintenant un calcul simple. Il y a 764700 naissances environ par an (chiffre de 2004). Le contribuable verse à chaque nouveau né, dans son berceau, une dotation en capital de 20 000 euros. Cette somme est placée sur un compte qui ne pourra être utilisé qu’à l’âge adulte. 20 ans plus tard chaque adulte dispose d’un capital de 36 000 euros à un taux d’intérêt certain de 3 % l’an, de 53 000 euros à 5 % l’an et de 230 000 euros environ si cette somme est placée sur un marché boursier dont la rentabilité moyenne est de 13 % (qui est le taux du marché boursier français de 1950 à 2000).  Multiplions 20 000 euros par 764 700 naissances, cela fait 15 294 millions d’euros ou 15, 294 milliards d’euros. Les prestations de protection sociale reçues, en 2002, par les ménages étaient de 443 milliards d’euros. 443 milliards d’euros moins 15 milliards, font une économie de 428 milliards d’euros chaque année ou plus si le déficit des prestations sociales se creuse !

b) d’une rémunération en fonction du temps de travail et du talent de l’individu.

c) et d’une part variable sous forme de stock options pour l’inciter à coopérer avec l’équipe qui gère l’entreprise.

On instaurerait alors une compétition entre les deux secteurs et il ne serait plus certain que les jeunes et les plus vieux continueraient à rechercher une situation de « rentier » ou de fonctionnaire dans le secteur protégé compte tenu des avantages du secteur non protégé.

Il est important de se rappeler que les motivations et les récompenses du secteur non protégé sont très différentes de celles qui régissent le secteur protégé.

Les salariés du secteur protégé doivent leur statut à l’ancienneté, et leur prestige à la taille de la firme et/ou au nombre d’employés syndiqués. Les espérances de carrière et de mobilité sociale sont faibles et dépendent plus de vos réseaux d’amis et de vos compromissions morales ou politiques. Enfin, on n’y

est pas heureux au travail puisque vos efforts n’y seront jamais récompensés.

Dans le secteur non protégé, par contraste, la capacité de travail et le talent

importent plus que l’ancienneté ou le diplôme. Les possibilités de carrières sont ouvertes aux talents et à ceux qui travaillent dur, la mobilité sociale y est plus forte. Chacun a le plaisir de se dire que sa propre réussite n’est due qu’à soi même et non aux réseaux construits à force de compromissions ou de clientélisme.

Si l’on doit se compromettre, on peut le refuser facilement en changeant d’employeur ou en créant sa propre entreprise.

Si les employés du secteur non protégé profitent individuellement de cette situation, ils seront moins enclins à s’y opposer sérieusement. S’ils deviennent travailleurs indépendants, chefs d’entreprise ou actionnaires de l’entreprise quiles emploient, grèves et autres perturbations seront moins fréquentes : la coopération par la copropriété remplace la situation conflictuelle. De plus, la diminution des conflits de travail rend l’entreprise plus attrayante pour les investisseurs, donc sa valeur augmente et les actionnaires-salariés y gagnent. Une entreprise où les employés sont simultanément des actionnaires vaut plus cher, parce qu’il y règne une atmosphère de coopération entre la direction et les employés, plutôt que des conflits syndicaux.

Enfin, l’indépendance à l’égard des organismes sociaux et syndicaux procurée par la dotation en capital permet de rendre à nouveau plus attrayant le statut de travailleur indépendant ou de profession « libérale ». L’individu, quiadopte ce statut, est en effet libéré de sa dépendance à l’égard d’un chef d’entreprise mais aussi de celle liée aux tracasseries administratives et prélèvements des organismes sociaux à la légitimité douteuse (13).

(13) Ils ont été créés par un gouvernement provisoire non démocratiquement élu par ordonnance le 4 octobre 1945 à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

La zone 4 représente une dispersion à la fois des coûts et des gains. La zone 3 suggère une concentration des gains, mais une dispersion des coûts. La zone 1 montre que les bénéfices et les gains sont concentrés, sur des personnesdifférentes. Enfin, la zone 2 fait apparaître des coûts concentrés et des gains dispersés. Normalement, la production de biens collectifs tombe dans la zone 4 : tout le monde bénéficie et tout le monde paie. Lorsque les coûts et les bénéficessont concentrés, zone 1, on oppose deux groupes aux intérêts qui peuvent facilement se coaliser et dont l’un supporte les coûts et l’autre les bénéfices.

Le système démocratique favorise toutes les actions politiques qui concentrent les bénéfices sur un petit nombre d’électeurs et dispersent les coûts sur un grand nombre d’électeurs qui peuvent difficilement se coaliser pour s’y opposer.

En revanche, il défavorise les actions qui concentrent les coûts et dispersent les bénéfices (ou dispersent les bénéfices et les coûts). L’intérêt d’un élu est de rechercher les votes des individus concernés par une mesure politique quelconque favorisant leurs intérêts privés et de leur offrir d’en disperser les coûts sur un grand nombre de personnes, en faisant passer cet intérêt privé pour un intérêt public. Servir les intérêts d’un public très large et peu intéressé ne rapporte malheureusement pas de votes supplémentaires. L’homme politique doit donc, s’il veut survivre, servir les intérêts privés de groupes désireux d’user de la contrainte publique à leur avantage. On sait que de telles actions sont néfastes pour l’ensemble de la collectivité.

4. L’escalade inévitable de la violence

On comprend mieux alors ce que l’on observe aujourd’hui avec les manifestations des jeunes étudiants contre le CPE et simultanément les violences des jeunes non qualifiés à l’école ou dans les banlieues. Ces deux violences révèlent à l’opinion publique la même crise sociale engendrée par la même cause : l’existence d’un secteur protégé qui s’étend à tout le marché du travail.

Si le gouvernement ne fait rien pour lutter contre ce secteur protégé qui pousse les non qualifiés dans l’assistance publique et la clandestinité ou le marché noir, il récolte les violences urbaines.

Si le gouvernement cherche à ouvrir sur le marché du travail un secteur légal non protégé pour favoriser l’intégration des non qualifiés au marché du travail, les jeunes étudiants perdent leur petit privilège lié à leur qualification,descendent dans la rue et expriment par la violence leur opposition à la destruction de ce privilège (6).

(6) L’hypocrisie des syndicats étudiants est évidemment à son comble lorsque l’on sait que l’éducation nationale, dans le supérieur, propose des emplois extrêmement précaires à une masse d’enseignants : les chargés de TD. Le salaire y est faible, l’emploi est révocable du jour au lendemain par l’enseignant titulaire qui a en charge l’équipe pédagogique. Par ailleurs, en tant que clients, les étudiants n’hésitent pas à demander au professeur le licenciement du chargé de TD qui ne leur plaît pas !

C’est un problème tout à fait classique d’une mesure de politique qui concentre les bénéfices sur un groupe et les coûts sur un autre. Les deux descendent dans la rue.

Le gouvernement de droite déréglemente le marché du travail dans le but avoué de créer un secteur non protégé bénéficiant aux jeunes non qualifiés. Il voudrait par ce biais intégrer sur un marché du travail légal les jeunes des banlieues et éviter leur désespérance. Ces jeunes non qualifiés (qui souvent ne votent pas) sont normalement les gagnants de cette déréglementation.

Mais le gouvernement dans sa précipitation a oublié qu’il allait concentrer les coûts de cette déréglementation sur un autre groupe de jeunes : les étudiants (qui eux votent davantage). Pourquoi ? Parce que les étudiants courent après un diplôme en imaginant que, grâce à lui, ils pourront accéder plus aisément à un emploi dans le secteur protégé. A force de leur dire que le diplôme protège du chômage et de la précarité, ils l’ont cru.

Ce qui dans le monde actuel est une illusion. A 80 % d’une classe d’âge dans l’enseignement supérieur (objectif fixé par un gouvernement de gauche) les diplômes universitaires ne révèlent plus la qualité intellectuelle d’un individu, ceque tout enseignant du supérieur sait qu’il soit de droite ou de gauche. Pour retrouver des gens de qualité, on regarde désormais la mention Bien ou Assez Bien obtenue par l’étudiant dans ses études.

Les employeurs ne sont pas philanthropes et paient les employés à la valeur

de la productivité d’une heure de leur travail. Si les contraintes d’embauche et de licenciement sont trop fortes et si le salaire minimum excède la valeur de ce qui est produit, il préfère embaucher un jeune qualifié à un autre qui ne l’est pas.

Rappelons que, dans toute cette histoire, le chef d’entreprise ne supporte

aucun coût ni n’est bénéficiaire de ces réglementations. Si le coût du travail et le contrat de travail qu’on lui impose sont trop contraignants, il n’embauche pas en France. Il fait ses profits ailleurs. D’où le paradoxe des grandes firmes françaises du CAC 40 qui font des profits élevés qui seront redistribués à des actionnaires étrangers qui eux les réinvestissent ailleurs. Après tout, ce sont d’autres employés (étrangers) qui profitent de ces réinvestissements et qui voient leur bien être s’améliorer au détriment des nationaux : le capitalisme et la mondialisation redistribue les positions des politiquement puissants vers les politiquement faibles (7) !

(7) Tandis que la démocratie redistribue les positions des plus riches et des plus pauvres vers les classes moyennes.

Maintenant si l’étudiant fait des études ou continue ses études, pour l’unique raison que cela lui permet d’avoir, à la marge, un pied dans le secteur protégé, supprimer ce « marchepied » en offrant aux employeurs la possibilité d’embaucher un non qualifié à sa place, détruit l’investissement dans son diplôme.

Désormais l’étudiant du premier cycle se retrouve en compétition avec des non qualifiés alors qu’il croyait que son diplôme (ou ces quelques années d’études supérieures sans obtenir le diplôme) lui permettrait d’éviter de se retrouver au chômage ou dans un secteur non protégé. Il est rationnel pour lui de se rebeller exactement comme les jeunes des banlieues l’ont fait avant eux devant un « modèle social » si cher aux syndicats et aux partis politique de gauche qui les exclut de la société.

Du point de vue de l’homme politique on est dans la pire situation. C’est l’échec assuré (8).

(8) Rappelons que le Premier Ministre, Monsieur Galouzeau de Villepin, n’est pas un élu, mais un bureaucrate. Il ne doit pas sa position aux votes d’électeurs et peut-être n’a-t-il aucune ambition politique. Ceci peut expliquer son entêtement. Le président de la République lui-même ne briguera pas un nouveau mandat et est donc insensible pour une fois aux pressions de la rue ou de l’opinion publique.

Où est la faute de Villepin ? C’est un problème pratique de déréglementation. On connaît la boite à outils depuis longtemps. Il suffit de l’utiliser.

5. Comment résoudre les problèmes pratiques de déréglementation

Par définition, une réglementation créé des privilèges et par voie de conséquences des intérêts concentrés et spécifiques pour les maintenir. Naturellement, les bénéficiaires, ici, en l’espèce, les étudiants qui ne font des études que pour la protection qu’ils en espèrent sur le marché du travail, sont réticents à voir leurs privilèges disparaître. Ils ont peur de perdre leur position de force contre les jeunes des banlieues. Ils sont soutenus par leurs leaders syndicalistes et les hommes politiques qui se sont localisés idéologiquement sur ce segment de la population, qui réclament une protection sur le marché du travail et qui eux aussi ont peur de perdre le peu de clientèle électorale respective qu’ils ont encore. Il ne faut pas s’attendre non plus au soutien immédiat des parents ou de la génération qui précède et qui a trouvé un travail dans le secteur protégé, bien qu’ils sachent que leurs enfants seraient les premiers bénéficiaires d’une déréglementation du marché du travail. Ils ne voient que la menace de remplacer ce qui existe, qu’ils connaissent et auquel ils se sont adaptés, par un système inconnu, et peut-être destructeur de leurs habitudes. Ils ont peur qu’un changement de modèle social ne signifie une régression. Qui plus est, ces craintes sont souvent alimentées et amplifiées par une manipulation de l’opinion publique via les médias par ceux dont la position privilégiée est plus directement menacée par la déréglementation du marché du travail. Ces préoccupations sont réelles. Un processus de déréglementation ne peut réussir que si ceux qui la mettent en oeuvre en tiennent compte, les anticipent et les neutralisent.

La solution on la connaît : il faut neutraliser les oppositions et penser le timing de l’opération pour engendrer les résultats électoraux que l’on attend de cette déréglementation.

Le premier problème consiste à penser le timing. Si l’échéancier électoral est de 5 ans et qu’il faut 3 ans pour voir apparaître les premiers effets de la mesure de déréglementation et une année pour la mettre en oeuvre, la réforme

doit être menée dans l’année où la nouvelle majorité a conquis le pouvoir. Cela

veut dire qu’avant d’avoir pris le pouvoir la stratégie et la tactique de la déréglementation doit déjà être pensée et prête à être appliquée.

Or créer un secteur non protégé parfaitement légal ne se fait pas à un an

et six mois d’une échéance électorale majeure. C’est là aussi un des biais fondamentaux de la démocratie d’opinion majoritaire, la réglementation produit des effets visibles rapidement en dispensant souvent ses bienfaits sur un groupe de pression aux intérêts concentrés alors que les effets néfastes de cette réglementation prennent du temps à devenir visibles et sont supportés par des groupes de pression aux intérêts dispersés. C’est une des raisons pour lesquelles leshommes politiques préfèrent (dans le cadre de cette conception de la démocratie) réglementer à nouveau plutôt que d’abolir la réglementation source des effets pervers. La déréglementation « Villepin » arrive trop tard. Elle aurait dû être faite, d’une manière encore plus radicale, en 2003.

Le second problème consiste à gagner le soutien de l’ensemble des jeunes (9) bénéficiaires de la déréglementation (les jeunes non qualifiés) qui n’accéderont jamais au secteur protégé et des étudiants qualifiés qui ont peur de se retrouver dans un secteur non protégé qu’ils n’anticipaient pas (10) et dont l’opposition pourrait faire échouer la déréglementation.

(9) Le CPE ne concerne que les jeunes de moins de 26 ans.

(10) Ils sont trompés par le gouvernement dans leurs attentes.

A vrai dire cela ne concerne pas uniquement les étudiants, mais aussi les employeurs, les parents, les syndicats aussi bien que le public en général.

Dans la pratique, cela signifie :

1) Qu’il faut mener une campagne d’information à la manière de celles que

l’on mène contre le tabagisme ou l’insécurité routière pour sensibiliser le public aux méfaits de la présence d’un tel secteur protégé sur le marché du travail.

2) Qu’il faut prendre des mesures qui profitent directement à ceux qui vont perdre leur privilège. Les étudiants dans les filières dévalorisées ou au début de leurs études dont on connaît les taux d’échec élevés. Il s’agit donc de proposerun avantage plus intéressant que celui offert dans le secteur protégé pour les inciter à renoncer à leurs études et à entrer dans le secteur légal « non protégé » puisqu’il s’agit de la stratégie adoptée par le gouvernement (11).

(11) Que nous ne partageons pas puisque nous sommes partisans de la thérapie de « choc » et d’une nouvelle « nuit du 4 août 1789 ».

Enfin, il ne faut pas non plus négliger les avantages financiers que l’on peut distribuer. Il vaut mieux racheter un privilège (ou une rente) que de le détruire puisque l’on est certain de créer l’opposition à la déréglementation.

3) Qu’il faut neutraliser les hommes politiques, les bureaucraties et les syndicats qui vivent de la distribution de ses prébendes et privilèges.

4) Qu’il faut financer cette déréglementation sans que celle-ci fasse supporter les coûts sur un groupe de pression aux intérêts concentrés.

Il est vrai que cela est plus facile à écrire qu’à mettre en oeuvre. C’est la raison pour laquelle une thérapie de choc reste la meilleure solution avec une réforme des institutions politiques qui empêchent les groupes de pression les plus variés d’user de la contrainte publique pour satisfaire leurs intérêts privés.

Nous ne sommes pas encore dans cette configuration politique et pourtant elle se posera avec l’arrivée massive à l’âge de la retraite de la génération née après la Seconde Guerre mondiale.

6. Comment créer un nouveau contrat de travail

En fait, le contrat de travail offert aux jeunes au lieu d’être une pâle copie

d’un CDI sans les contraintes (sur deux ans) devrait être beaucoup plus audacieux voire révolutionnaire. Pour réellement créer un large secteur du marché du travail non protégé par une réglementation contraignante et un prix plancher destructeur d’emplois, il faut que les jeunes et les moins jeunes aient envie d’ y entrer. Il faut des avantages supérieurs à ce que l’on peut trouver dans le secteur protégé. C’est une condition nécessaire pour faire accepter la transition.

Un tel contrat de travail existe. Il est constitué par trois piliers :

a) une dotation en capital universelle attachée à l’individu (obtenue à la naissance ou au moment où l’on obtient son premier emploi) (12) pour faire face aux risques inhérents au marché du travail et à la vie elle-même (chômage, formation, retraite, santé) en contrepartie d’une libération totale de l’assujettissement au modèle social imposé à l’ensemble des français par les gouvernements de droite comme de gauche,

(12) Cette proposition, qui n’est pas libérale, s’oppose à l’allocation universelle proposée par les gens d’extrême gauche au sens où une dotation en capital brise le lien de dépendance à l’égard de la bureaucratie (la CNAF) qui gérerait mensuellement l’allocation universelle. Elle se rapproche du plan Eva de Martine Aubry. Mais son objet est de libérer le salarié et le chef d’entreprise de l’assujettissement aux divers organismes sociaux et syndicaux qui étouffent le marché du travail et la vie de l’individu. Cette dotation est capitalisable et reste sous la responsabilité de l’individu. Les individus ne peuvent remettre ce capital dans les mains d’une entreprise ou d’un syndicat ou encore de bureaucratie dont les intérêts ne sont pas les siens.

Faisons maintenant un calcul simple. Il y a 764700 naissances environ par an (chiffre de 2004). Le contribuable verse à chaque nouveau né, dans son berceau, une dotation en capital de 20 000 euros. Cette somme est placée sur un compte qui ne pourra être utilisé qu’à l’âge adulte. 20 ans plus tard chaque adulte dispose d’un capital de 36 000 euros à un taux d’intérêt certain de 3 % l’an, de 53 000 euros à 5 % l’an et de 230 000 euros environ si cette somme est placée sur un marché boursier dont la rentabilité moyenne est de 13 % (qui est le taux du marché boursier français de 1950 à 2000).  Multiplions 20 000 euros par 764 700 naissances, cela fait 15 294 millions d’euros ou 15, 294 milliards d’euros. Les prestations de protection sociale reçues, en 2002, par les ménages étaient de 443 milliards d’euros. 443 milliards d’euros moins 15 milliards, font une économie de 428 milliards d’euros chaque année ou plus si le déficit des prestations sociales se creuse !

b) d’une rémunération en fonction du temps de travail et du talent de l’individu.

c) et d’une part variable sous forme de stock options pour l’inciter à coopérer avec l’équipe qui gère l’entreprise.

On instaurerait alors une compétition entre les deux secteurs et il ne serait plus certain que les jeunes et les plus vieux continueraient à rechercher une situation de « rentier » ou de fonctionnaire dans le secteur protégé compte tenu des avantages du secteur non protégé.

Il est important de se rappeler que les motivations et les récompenses du secteur non protégé sont très différentes de celles qui régissent le secteur protégé.

Les salariés du secteur protégé doivent leur statut à l’ancienneté, et leur prestige à la taille de la firme et/ou au nombre d’employés syndiqués. Les espérances de carrière et de mobilité sociale sont faibles et dépendent plus de vos réseaux d’amis et de vos compromissions morales ou politiques. Enfin, on n’y

est pas heureux au travail puisque vos efforts n’y seront jamais récompensés.

Dans le secteur non protégé, par contraste, la capacité de travail et le talent importent plus que l’ancienneté ou le diplôme. Les possibilités de carrières sont ouvertes aux talents et à ceux qui travaillent dur, la mobilité sociale y est plus forte. Chacun a le plaisir de se dire que sa propre réussite n’est due qu’à soi même et non aux réseaux construits à force de compromissions ou de clientélisme.

Si l’on doit se compromettre, on peut le refuser facilement en changeant d’employeur ou en créant sa propre entreprise.

Si les employés du secteur non protégé profitent individuellement de cette situation, ils seront moins enclins à s’y opposer sérieusement. S’ils deviennent travailleurs indépendants, chefs d’entreprise ou actionnaires de l’entreprise quiles emploient, grèves et autres perturbations seront moins fréquentes : la coopération par la copropriété remplace la situation conflictuelle. De plus, la diminution des conflits de travail rend l’entreprise plus attrayante pour les investisseurs, donc sa valeur augmente et les actionnaires-salariés y gagnent. Une entreprise où les employés sont simultanément des actionnaires vaut plus cher, parce qu’il y règne une atmosphère de coopération entre la direction et les employés, plutôt que des conflits syndicaux.

Enfin, l’indépendance à l’égard des organismes sociaux et syndicaux procurée

par la dotation en capital permet de rendre à nouveau plus attrayant le statut de travailleur indépendant ou de profession « libérale ». L’individu, qui adopte ce statut, est en effet libéré de sa dépendance à l’égard d’un chef d’entreprise mais aussi de celle liée aux tracasseries administratives et prélèvements des organismes sociaux à la légitimité douteuse (13).

(13) Ils ont été créés par un gouvernement provisoire non démocratiquement élu par ordonnance le 4 octobre 1945 à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Fred AFTALION

CETTE CHÈRE DÉMOCRATIE

« Nul n’est plus esclave que celui qui se croit libre sans l’être » Goethe

Winston Churchill disait de la Démocratie qu’elle était le pire de tous les systèmespolitiques, à l’exception de

tous les autres.

Le « vieux lion » avait été lui-même victime de ce système, lorsqu’au sortir de la 2e guerre mondiale, après avoir symbolisé la résistance victorieuse aux puissances de l’Axe, il fut très démocratiquement renvoyé dans ses foyers par un peuple lassé des efforts qu’il lui avait imposés.

Il ressentit d’autant plus d’amertume en cette occurrence que son successeur à la tête du gouvernement, le socialiste Clément Atlee était un personnage falot dont il pensait, pour l’avoir eu comme ministre dans son cabinet de guerre que c’était un homme modeste, avec toutes les raisons de l’être.

Le jeu démocratique peut donc réserver des surprises.

Il se pratique à l’occasion d’élections qui se déroulent à intervalles plus ou moins fréquents selon les pays qui les organisent.

Au Zimbabwe qui s’appelait autrefois la Rhodésie du Sud, elles sont rares et ne donnent pas lieu à d’âpres combats électoraux, le Président Mugabe qui

dirige le pays depuis sa création, sachant à quel point son peuple lui fait confiance et désire le voir se maintenir au pouvoir pour parachever son oeuvre.

D’ailleurs les opérations de vote sont parfois si compliquées qu’il devient difficile de départager les candidats, Madagascar s’étant retrouvée récemment avec deux chefs d’État à sa tête et le Mexique voyant deux concurrents se disputer le pouvoir

Dans les pays de plus longue tradition démocratique, les élections sont à la fois plus fréquentes et moins contestées. Les électeurs peuvent y voter généralement

de deux façons ; avec leurs mains en choisissant dans un isoloir un bulletin portant le nom de leur candidat qu’ils déposent ensuite dans une urne ou bien avec leurs pieds en partant à la campagne au lieu de se rendre au bureau de vote le jour de l’élection. Cette dernière méthode a gagné en importance ces dernières années et elle peut surprendre.

Comme nous le verrons en effet le suffrage universel est l’aboutissement d’un long combat et se priver d’un droit de vote si chèrement acquis peut sembler

pusillanime. Une telle démarche de la part d’un électeur doué de raison et de sens civique s’explique cependant par sa perplexité devant les choix qui lui sont offerts.

Celui qui pense par exemple n’avoir à se prononcer qu’entre deux maux et qui ne veut pas pour autant renoncer à son droit de vote pourrait, comme

cela fut suggéré lors de la récente élection présidentielle en France, se diriger vers l’urne muni de deux instruments simples et efficaces : une pince à linge

pour se boucher les narines et une paire de gants pour se protéger les mains de toute souillure. Ces précautions n’ont pas néanmoins été considérées jusqu’à

présent comme réglementaires par les autorités compétentes et l’abstention reste le seul recours des déçus du suffrage universel.

Faire parler le peuple : lourde tâche

La cité grecque fut la première à donner la parole au peuple au lieu qu’il eût à obéir à un monarque ou à un tyran et Athènes au temps de Périclès connut un âge d’or.

Les citoyens réunis en Assemblée y géraient directement les affaires de la ville. Ils occupaient en outre pour des périodes courtes les fonctions de juge ou de magistrat et la loi était égale pour tous (isonomie).

Pour idéal qu’il parût, le système mis en place présentait cependant certains défauts. Il était en effet l’apanage des citoyens de sexe masculin, de père et de mère athéniens et excluait à la fois les femmes de toutes conditions, les esclaves ainsi que les étrangers qualifiés selon les cas de métèques ou de barbares. Confinées

dans des tâches domestiques que nous pourrions considérer aujourd’hui comme subalternes, telle l’éducation de leurs enfants, les femmes de l’Attique ne devaient être ni moins intelligentes ni moins avisées que leurs partenairesmasculins et l’on peut imaginer leur degré de frustration à se voir ainsi écartées de la gestion publique.

On comprend certes mieux que les esclaves ne jouissant d’aucun droit n’aient pas bénéficié du droit de vote.

Quant aux étrangers qui auraient pu s’intéresser aux affaires de la Cité, ils n’y prenaient par définition aucune part mais on sait que de ce point de vue leur sort n’a guère évolué dans nos démocraties modernes.

Ces aspects de la démocratie directe athénienne qui nous semblent répréhensibles se retrouveront pratiquement inchangés, treize cents ans plus tard, lors de la Révolution Française de 1789.

Les esprits « éclairés » qui s’agitèrent en cette occasion et qui voulurent comme Saint-Just que le bonheur fût une « idée neuve » en Europe, rêvaient eux

aussi d’instaurer la démocratie directe même si, dans un pays aussi vaste que la France la tâche risquait de s’avérer plus rude que dans une ville comme l’Athènes de l’Antiquité.

Afin d’y parvenir ils avaient imaginé lors des travaux sur la Constituante, de créer un être nouveau, le « citoyen actif » qui participerait quotidiennement

aux affaires de la Nation et déterminerait par son vote la composition des Conseils Municipaux ainsi que celle de la future Assemblée Législative et des instances judiciaires et administratives.

Chaque « citoyen actif » devait consacrer aux affaires publiques un tiers de son temps. Pour accéder à ce privilège qui n’était pas rémunéré il lui fallait être un mâle français d’au moins 25 ans d’âge et payer respectivement en impôtchaque année l’équivalent de 3, 10 ou 50 jours de travail selon sa qualité d’électeur au Conseil Municipal et à l’Assemblée ou d’éligible à cette même Assemblée.

Ce système de suffrage qui allait concerner quelques 4 millions d’électeurs maintenait de fortes disparités au sein du pays, certains citoyens étant « plus égaux que d’autres » du fait de son caractère censitaire.

Il excluait en outre de son fonctionnement, comme au temps de la Cité grecque, les femmes, les étrangers et les esclaves, s’agissant dans ce dernier cas des Noirs des Antilles.

Par ailleurs un grand nombre de « citoyens actifs » qui composaient l’électorat n’avaient ni le temps ni sans doute l’envie de consacrer une part aussi importante de leurs journées à des activités politiques bénévoles alors qu’il leurfallait en priorité subvenir aux besoins pressants de leur famille.

On les vit donc se dérober et s’en remettre à une minorité, sans doute moins occupée qu’eux à de durs labeurs, du soin de gérer les affaires publiques.

Ainsi s’opéra le passage de la démocratie directe à la démocratie représentative, le peuple souverain dont avait rêvé J.-J. Rousseau déléguant ses pouvoirs

à une élite politique qui gouvernera en son nom entre deux élections.

Dès lors il fallut s’assurer que le nombre d’électeurs appelés à voter pour celui ou celle qui allait représenter leurs intérêts fût le plus grand possible.

Plusieurs moyens furent mis en oeuvre afin d’y parvenir.

Pour être libre de voter, on devait d’abord être libre et l’abolition de l’esclavage au XIXe siècle permit d’élargir les bases de l’électorat.

La femme n’ayant été que trop longtemps l’esclave de l’homme, on la libéra à son tour en lui accordant le droit de vote au cours du siècle suivant.

Curieusement cette mesure qui nous paraît aujourd’hui si légitime continue à susciter les réticences des citoyens du sexe masculin d’un pays aussi démocratique que la Suisse.

Peut-être est-ce parce qu’ils ont pu constater que dans les nations où les femmes participent déjà depuis longtemps à la vie politique c’est encore en

grande majorité à des hommes qu’elles confient par leur vote les responsabilités du pouvoir.

Ce comportement parut si préoccupant à Lionel Jospin lorsqu’il était premier ministre de la France qu’il entreprit de « féminiser » les fonctions électives de son pays ; déjà connu par le nombre de femmes remarquables qu’il fit entrerdans son gouvernement, cet homme exigeant obligea les partis politiques, sous peine de sanctions financières, à réaliser la parité entre les sexes pour les candidats se présentant sous leur bannière sur les listes électorales.

L’abaissement progressif de l’âge légal de la majorité fut un autre moyen d’accroître dans nos démocraties le nombre des citoyens appelés à voter.

Les révolutionnaires de 1789 exigeaient, on l’a vu, du « citoyen actif », qu’il eût au moins 25 ans pour participer à la vie publique.

Grâce au « libéralisme avancé » de Valéry Giscard d’Estaing, brillant Président élu en 1974, les français devinrent soudain majeurs dès l’âge de 18 ans.

De nouveaux progrès sont à attendre dans ce domaine tant paraît remarquable la précocité d’une certaine jeunesse.

Ne voit-on pas en effet dans nos banlieues de jeunes fauves encore mineurs se livrer à toutes sortes d’exactions dont on croyait que seuls des adultes étaient capables ?

Que dit le peuple lorsqu’il est consulté

On a pu dire du suffrage universel tel qu’il est pratiqué dans les démocraties occidentales qu’il était un pari sur la raison.

Au temps du suffrage censitaire, ce pari était gagné d’avance car les citoyens qui votaient étaient des contribuables respectueux du droit de propriété et du règne de la foi et les notables auxquels ils confiaient le soin de les représenterdans les Assemblées et à la tête du gouvernement se trouvaient tout naturellement acquis aux mêmes principes que leurs mandants.

Les partis politiques susceptibles de plaire à cette catégorie d’électeurs « raisonnables » ont longtemps survécu à l’établissement du suffrage universel. Certains

de leurs leaders sont même parvenus à gouverner en quelques circonstances exceptionnelles.

On a vu ainsi Antoine Pinay à la tête des Indépendants et Paysans se présenter comme un recours sous la IVeRépublique puis participer au redressement économique de la France en 1958 dans le premier gouvernement de la VeRépublique.

Lorsque l’Angleterre toucha le fond en 1979, Margaret Thatcher parvint de même à convaincre ses compatriotes désabusés ainsi que les éléments modérés (les « whigs ») au sein du parti conservateur qu’il fallait gouvernerautrement.

Quant à Ronald Reagan, s’il l’emporta sur Jimmy Carter en 1987, c’est, on le sait, en posant aux électeurs américains cette simple question : êtes-vous contents des quatre années passées à la Maison Blanche par celui auquel j’aspire à succéder ?

De tels leaders, une fois accomplie leur oeuvre de redressement sont généralement remplacés par des personnalités moins exigeantes, les électeurs de nos

pays nantis n’ayant pas vocation à nourrir trop longtemps des ambitions trop hautes.

Lorsqu’il est consulté dans ses profondeurs, le peuple adresse en fait à la classe politique des messages qui ne sont pas toujours faciles à déchiffrer, tant sont diverses les motivations qui le guident.

On trouve encore par exemple dans certaines franges de la population des partisans d’un État assurant avec fermeté ses fonctions régaliennes mais laissant les citoyens libres d’entreprendre sans les accabler d’impôts et de règlements.

Ces libéraux d’un autre âge parviennent parfois à faire partager leurs convictions par des hommes et des femmes assez confiants dans leur étoile et

dans leurs compétences pour penser que s’ils n’étaient pas entravés dans leurs démarches, ils pourraient eux aussi sortir du lot commun. Mais il ne s’agit là que de minorités qui peinent à se frayer un chemin dans les méandres del’État-Providence.

La plupart des électeurs dans les pays de tradition démocratiques s’ils attachent un certain prix à la conquête des libertés individuelles ne sont pas en effet disposés à lui sacrifier des avantages dont ils pensent que seul l’État est en mesure de les leur procurer.

Comment en effet s’exercerait le droit pour tous au Logement, à l’Éducation, à la Santé, à la Retraite sans une puissance tutélaire capable de prendre aux uns ce qu’elle va devoir distribuer aux autres puisque l’État ne crée pas parlui-même de richesse ?

Les messages qu’adressent ainsi les électeurs à leurs mandataires ne sont pas des plus clairs

Les uns font leur la formule de Benjamin Constant : « Que l’État se borne à être juste, nous nous chargerons d’être heureux ».

Les autres tout en prônant une vie en société débarrassée des contraintes d’un ordre moral dépassé, exigent des autorités, justement dites « de tutelle » qu’elles rétablissent entre les citoyens une dose assez forte d’égalité afin d’éviter que la liberté dont certains pourraient jouir ne soit celle du renard dans le poulailler.

Il serait superficiel cependant de distinguer les électeurs de droite de ceux de gauche seulement par leur attitude vis-à-vis de la puissance publique, les premiers demandant à l’État de les laisser vivre, les seconds de les aider à vivre.

Les citoyens sont en effet très souvent soumis à un dédoublement de la personnalité.

S’ils sont agriculteurs, ils seront parfaitement capables de militer pour un libre échange qui leur permet d’acheter à bon compte des produits venant du

monde entier tout en exigeant que ce qu’ils produisent dans leurs exploitations soit vendus à un prix rémunérateur grâce à un arsenal protectionniste fait de droits de douane et de subventions publiques.

Dans un autre ordre d’idées, le même électeur « éclairé » de nos démocraties qui se flattera de considérer le Noir comme son frère ne voudra pas l’avoir pour autant comme beau-frère.

On trouve de même en Occident grand nombre de citoyens désireux de voir des immigrés d’Outre Mer se charger de tâches qu’ils ne veulent plus accomplir, y compris celle essentielle entre toutes de se reproduire à un rythme assurant la survie de l’espèce, mais qui en même temps pensent comme un ancien Premier Ministre socialiste que leur pays « ne peut accueillir toute la misère du Monde ».

On sait aussi que la construction européenne est susceptible de provoquer chez chacun de nous des réactions contradictoires.

On peut ainsi vouloir que Bruxelles nous débarrasse des monopoles abusifs dont jouissent certains services publics nationaux et ne pas accepter par ailleurs

qu’un pouvoir technocratique lointain régisse dans ses moindres détails notre vie quotidienne.

Quant à l’écologie nous constatons chaque jour qu’elle suscite chez l’électeur moyen des sentiments mêlés où l’exaspération face à un réglementation foisonnante le dispute au désir de léguer à notre descendance une planète propre.

Dans une telle situation le citoyen tout-venant se trouve parfois tenté de recourir aux conseils d’une élite qui se donnerait pour objectif de réfléchir aux conditions de notre existence sur cette Terre et dégagerait pour lui les messages qu’il doit adresser à la classe politique.

L’avis des Intellectuels

Il a existé de tous temps des esprits supérieurs, détachés des contingences

d’ici bas, qui se sont émus du sort des pauvres humains que nous sommes et

ont livré dans leurs écrits de précieuses recettes nous permettant de vivre en harmonie avec nous-mêmes et avec nos semblables.

Les Intellectuels d’aujourd’hui sont les héritiers de cette élite de penseurs et de philosophes et comme eux il s’enflamment pour les plus nobles causes, ce qui les

situe à gauche sur l’échiquier politique par rapport à une droite n’ayant apparemment pour raison d’être que la défense des privilégiés de la fortune et de l’ordre établi

Le siècle qui vient de s’achever a vu l’audience de ces Intellectuels s’accroître considérablement grâce au développement spectaculaire des moyens de communication.

De nos jours, en effet, il n’est plus nécessaire de lire leurs oeuvres pour recueillir le bénéfice de leurs réflexions car ils acceptent volontiers de se mettre à la portée du grand public lors d’émissions de radio et de télévision organisées par les principales chaînes (1).

(1) Certains auditeurs ou téléspectateurs, toujours prompts à la critique, voudraient qu’on nous délivre de ces chaînes.

Par ailleurs dans l’entourage de cette élite devenue accessible, gravitent désormais des artistes, des cinéastes, des journalistes, trop longtemps cantonnés dans leur spécialité et désireux de paix et de fraternité.

Ces personnalités dont on peut dire, pour certaines d’entre elles, que le

cerveau leur est en quelque sorte monté à la tête, font preuve d’une belle unanimité lorsqu’il s’agit de dénoncer les maux qui nous assaillent.

Cependant l’électeur moyen, avide de trouver auprès d’elles quelques réponses claires aux questions qu’il se pose sur la meilleure façon de se faire comprendre par la classe politique, restera sur sa faim.

Si la mondialisation est un mal par quoi faut-il la remplacer ?

Si l’immigration est un bien comment se fait-il qu’elle soit si mal supportée par tant d’autochtones ?

Une nation peut-elle à la fois prôner « l’exception culturelle » et laisser se développer en son sein une société multiculturelle, combattre les inégalités et permettre que se creuse l’écart entre un secteur public surprotégé et une sphère privée ouverte aux vents de la concurrence ?

A ces bonnes questions, l’élite pensante n’apporte pas de réponse. Elle, si souvent bavarde, devient soudain muette, laissant aux gouvernants le soin d’interpréter les messages souvent confus et contradictoires qui leur parviennent des gouvernés.

Les rapports ambigus du peuple avec l’élu

Une fois que le peuple consulté dans ses profondeurs s’est prononcé, l’heureux

élu n’est pas pour autant au bout de sa peine ni l’électeur à l’abri de graves désillusions.

Certes il est dans l’intérêt de ceux qui ont gagné les élections d’agir conformément aux voeux de leurs mandants, ne serait-ce que pour qu’ils puissent se maintenir au pouvoir le plus longtemps possible.

Mais on l’a vu le citoyen dans nos démocraties n’a pas en toutes circonstances une attitude cohérente et les Intellectuels qui cherchent à l’orienter dans ses choix ont eux-mêmes du mal à trouver des réponses aux questions qu’il se pose.

Par ailleurs l’élu tout au long de son mandat se trouve soumis à des événements extérieurs l’incitant à voter dans un sens qu’il n’avait pas prévu.

En France par exemple c’est une même Chambre du Front Populaire qui en 1936 accorda sa confiance à Léon Blum puis, quatre ans plus tard, vota à une confortable majorité, les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain.

De même revenant aux affaires en 1958, après une longue absence, avec la mission expresse de conserver l’Algérie à la France, le Général de Gaulle

cédait en 1963 au FLN les trois départements français qui la composaient.

Certes en l’occurrence le peuple français fut appelé à entériner cet abandon, ce qu’il fit d’ailleurs de bonne grâce.

Dans bien des cas cependant les élus guidés par leur seule conscience et pensant sans doute que le peuple met plus de temps qu’eux-mêmes à

comprendre les nécessités du moment, négligent de consulter l’électorat sur des problèmes importants.

C’est ainsi que, sans demander l’avis de leurs concitoyens, les gouvernants européens dans les années 70 prirent sur eux d’ouvrir sans contrôle les frontières

de leur État, par une politique généreuse de « regroupement familial » et d’aide sociale, à des flots d’immigrants d’outre-mer qui pourtant auraient dû être heureux de vivre dans des pays enfin libérés du joug colonial.

Quant à la peine de mort, on sait qu’elle fut abolie en 1944 en Grande-

Bretagne et en 1981 en France contre la volonté d’une large majorité des citoyens de ces deux nations, de sorte qu’elle n’y est plus appliquée désormais

que par les assassins à leurs victimes innocentes.

On vit en cette occasion des parlementaires de droite, heureux de pouvoir soulager à bon compte leur conscience, se joindre dans un bel élan à leurs collègues de la gauche pour voter l’abolition d’une peine dont la pratique leur rappelait sans doute trop de souvenirs douloureux.

Ces écarts constatés entre la volonté des électeurs et les décisions des élus ne doivent pas faire oublier que le plus souvent les intérêts des uns et des autres convergent.

Ainsi aux premiers temps de la démocratie représentative, les peuples d’Amérique puis de France qui firent une Révolution parce qu’ils étaient accablés d’impôts auxquels ils n’avaient pas consenti, exigèrent des élus qu’ils fussent comptables des deniers de la Nation. On vit donc ces derniers se donner pour mission de veiller au strict contrôle de la dépense publique. Un tel objectif nous paraît aujourd’hui suranné.

Les citoyens de nos démocraties dans leur grande majorité n’en sont plus en effet à demander à l’État qu’il modère ses ambitions et gère avec sagesse les finances publiques. Ils veulent tout au contraire qu’il les protège des aléas del’existence et répande sur eux une manne bienfaisante prélevée au besoin sur des privilégiés qui se sont indûment enrichis aux dépens des plus humbles.

Cette activité redistributrice de l’État-Providence convient aux gouvernants car elle répond à une mission de « justice sociale » bien plus exaltante que celle

trop souvent répressive que doit accomplir un État se cantonnant dans ses fonctions strictement régaliennes.

Certes les nouvelles responsabilités auxquelles la puissance publique se trouve ainsi conviée compliquent singulièrement la tâche des élus puisque pour

satisfaire leur électorat il leur faut jongler avec les chiffres, baisser les impôts tout en augmentant les dépenses collectives, retoucher le SMIC à la hausse sans accroître le chômage, accorder des avantages à certaines corporations particulièrement remuantes et veiller en même temps à ce que le déficit budgétaire n’atteigne pas un taux alarmant par rapport au produit national.

Mais la classe politique se situe dans une perspective se limitant au temps qui sépare deux échéances électorales.

Elle a fait sienne la formule de Keynes, l’économiste anglais disant à ceux qui s’inquiétaient des conséquences futures de ses recommandations : « sur le

long terme nous serons tous morts », cette observation reste juste même si, malgré la pollution ambiante, notre espérance de vie s’allonge avec les ans.

D’où l’indifférence relative des élus d’aujourd’hui à l’égard des problèmes dont les effets pervers n’apparaîtront en toute lumière que dans cinq à dix ans, qu’il s’agisse du déclin démographique, de la dette publique, des retraites, du déséquilibre des budgets sociaux, de la cohabitation de communautés hétérogènes, dans un même espace de souveraineté.

L’électeur après tout n’a pas demandé à la classe politique qu’il a hissée au pouvoir de veiller au bien-être des générations futures mais plus modestement de résoudre ses problèmes du moment qui sont, comme on le sait de plus en plus pressants.

L’élu pour sa part se veut à l’écoute du terrain car son avenir politique dépend de la façon dont il aura su satisfaire les demandes « d’ en bas » et il serait risqué de sa part d’être à cet égard plus ambitieux que ses mandants.

Ainsi va notre chère démocratie, ce régime que nous devons préférer à tout autre comme le pensait Churchill car il nous permet à intervalles réguliers de nous débarrasser de ceux qui nous gouvernent, même et surtout s’ils ont biengouverné.

OPINIONS/OPINIONS/OPINIONS/OPINIONS/OPINIONS/

Pascal SALIN

LES DROITS DE SUCCESSION SONT UN IMPÔT INIQUE

(publié le 30 août 2006 dans Le Figaro)

« En quoi la mort d’un propriétaire pourrait-elle autoriser l’État à s’emparer d’une grande partie de son patrimoine ? ».

Dans un pays, la France, où tous les impôts imaginables existent et, le plus souvent, avec des taux parmi les plus élevés du monde, les possibilités de réforme fiscale sont presque illimitées. Ainsi, chaque année, on voit fleurir des propositions visant à réduire tel ou tel impôt, à introduire telle ou telle exemption, à modifier telle ou telle techniquefiscale. Après l’ISF l’an dernier, les droits de succession sont maintenant à l’ordre du jour.

La suppression des droits de succession pour un conjoint survivant a d’abord été présentée comme la mesure-phare dans ce domaine, avant que Bercy ne fasse savoir que rien n’avait été décidé. Cette proposition est inspirée par un souci de justice, car il apparaît anormal de taxer deux fois le patrimoine accumulé au cours de leur vie commune par deux conjoints, à la mort de l’un, puis à la mort de l’autre. Bien entendu, la gauche, adepte du conservatisme fiscal, a poussé des cris devant la prétendue injustice que constituerait ce « cadeau fait aux riches ». Et malheureusement, le président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, Pierre Méhaignerie, a repris cet argument en déclarant : « Faut-il prendre le risque de subir jusqu’à l’élection présidentielle le slogan “Tout pour les riches ?” Je ne crois pas. » Ce faisant, il donne un exemple supplémentaire de la peur panique qui saisit bien des hommes politiques de droite dès lors qu’une mesure pourrait être contestée par la gauche.

Comme d’habitude, le débat sur la fiscalité, fortement marqué par des préoccupations d’opportunité politique, se focalise sur des mesures de bricolage

fiscal au lieu de reposer sur des principes économiques et éthiques. On ne peut en effet pas considérer comme légitime l’idée constamment invoquée selon

laquelle il serait juste de prendre relativement plus à ceux qui ont beaucoup, ce qui implique que les taux des droits de succession, comme ceux de l’impôt sur

le revenu, soient progressifs.

En réalité, ce qui serait juste serait de respecter les droits de propriété

légitimes des citoyens. Avec une telle volonté, qui correspond à la réalité humaine et aux enseignements de la science économique, les prescriptions seraient bien

éloignées des affirmations habituelles. Ainsi, on prétend souvent qu’il n’est pas

« juste » que certains héritent de biens qu’ils ont acquis sans efforts ou mérites particuliers. Mais ce qui est en cause dans l’héritage, ce sont d’abord les droits

de propriété du défunt. Si quelqu’un a fait l’effort, toute sa vie, d’accumuler un

patrimoine non sans avoir payé au passage des montants d’impôts impressionnants,

au nom de quel principe peut-on le priver du droit de léguer à ses enfants, à des amis, à une oeuvre charitable ou culturelle, l’ensemble de ce qui lui appartenait ? En quoi la mort pourrait-elle autoriser l’État à s’emparer d’une grande partie du patrimoine en question ?

L’être humain a cette caractéristique formidable de pouvoir se projeter dans

le temps, ce qui le conduit à agir en fonction de ce qui peut se passer au-delà

de sa propre vie. De ce point de vue, on devrait considérer comme un devoir

moral incontournable de respecter la liberté de quiconque riche ou pauvre de

transmettre comme il le souhaite ce qu’il aura légitimement accumulé pendant

sa vie. C’est pourquoi, en ce qui concerne les droits de succession, il n’y a pas d’autre réforme digne d’intérêt que de les supprimer.

Certains hommes politiques français, parmi lesquels Nicolas Sarkozy, semblent commencer à le comprendre, ce qui est heureux. Il leur reste maintenant à convaincre l’opinion des justifications non seulement économiques maismorales d’un tel projet. Ainsi, l’idée selon laquelle la suppression des droits de

succession constituerait un « cadeau fait aux riches » dérive évidemment du fait

que les droits de succession sont progressifs. Mais la progressivité de l’impôt, qu’il s’agisse de l’impôt sur le revenu ou des droits de succession, n’a aucune justification. Elle résulte seulement d’un processus politique par lequel une majorité brime une minorité et porte une grave atteinte à ses droits de propriété légitimes, sous prétexte qu’elle est plus ou moins riche.

Présenter une diminution d’impôt ou une suppression d’impôt comme un « cadeau fiscal », c’est supposer implicitement que les richesses taxées appartiennent

à l’État et que celui-ci accepte d’en céder une partie à ceux qui devraient en

fait être considérés comme leurs propriétaires légitimes. Une telle conception est

celle d’un pays de type communiste. Mais elle est totalement dénuée de sens dans un pays de liberté et de propriété privée. S’il n’existe pas de cadeau fiscal, il

n’existe évidemment pas non plus de « cadeau fait aux riches » : le prétendu cadeau paraît d’autant plus important que la spoliation est plus grande. Mais la suppression d’une spoliation n’est qu’un acte de justice et non un cadeau généreux.

La proposition consistant à supprimer les droits de succession pour un conjoint survivant irait donc dans le bon sens puisqu’elle permettrait d’atténuer une injustice. Mais elle n’est qu’un tout petit pas vers un objectif qui mériteraitd’être atteint immédiatement et définitivement : la suppression de tous les droits de succession. Ce qui est choquant n’est donc pas que l’on puisse diminuer ou supprimer les droits de succession dans certains cas étroitement définis, mais que M. Méhaignerie et ses semblables n’aient pas encore adhéré au Parti socialiste.

BONNES FEUILLES

Guy MILLIÈRE

Pourquoi la France ne fait plus rêver (1)

(1) Éditions « Page après page », 95 pages, 14,50 €.

Banlieues

La ville de Paris n’est pas toute la France, je sais. Mais, me déplaçant souvent en France, j’ai pu constater que Paris donnait l’exemple, ou que, tout au moins, les maux qui lui ont été inoculés deviennent contagieux.

Dans quasiment toutes les villes de France désormais, on bouche les grandes artères, on asphyxie la circulation, on dissémine des dalles et des murets de béton à un rythme qui n’a d’équivalent nulle part dans le monde développé. On ne construit guère. Les prix des logements deviennent inaccessibles et, avec la détérioration des conditions de vie créée par les encombrements, l’impossibilité de stationner, la middle class part vers les périphéries… Les banlieues s’incrustent dans leur statut de banlieues.

Parfois les banlieues sont chics, vertes, constituées de pavillons, de maisons en pierre meulière. Bien plus souvent, elles ont l’apparence de la dégradation, du déclassement.

Les banlieues ont, qui plus est, elles-mêmes leurs banlieues sous la forme

des grands ensembles. Vous savez : les barres de béton soviétoïdes…

Les grands ensembles au départ avaient été conçus sur le mode d’une utopie

architecturale : cités de l’avenir, rationnelles, très rationnelles, constructivistes, collectivités

radieuses. Et puis, comme c’était prévisible, je l’ai dit plus haut, l’utopie

a tourné au désastre.

On a entassé là des travailleurs immigrés. Leurs familles les ont rejoints. Puis

d’autres travailleurs immigrés. Ils vivaient là mieux que dans les bidonvilles des

années cinquante. Ils étaient discrets. Ils rentraient chez eux sitôt sortis de l’usine.

Chez eux, c’étaient des lieux à part, ce n’était pas chez les Français, et ceux-ci

pouvaient vivre sans avoir à côtoyer les travailleurs immigrés.

Puis est venu le temps du chômage de masse et d’une marginalisation accrue.

Les travailleurs immigrés, pour la plupart, sont devenus français et ont eu des

enfants, eux-mêmes français de naissance. Nous en sommes aujourd’hui à la troisième

génération.

On parlait d’intégration il y a trente ans et on parle toujours d’intégration.

Il y avait du travail, il y a trente ans. Il y en a de moins en moins aujourd’hui, car

l’économie française est asthénique. On remplace le travail par un honteux et

minable substitut : des allocations qui rivent ceux qui les reçoivent dans la marge

et la passivité…

L’école était censée permettre une « promotion sociale »: elle a contribué à

la mise en place d’une sélection par l’échec grâce au « collège unique ». Ceux-là

même qui avaient, malgré tout, poursuivi des études ont découvert peu à peu que

décidément, ils n’étaient pas chez eux et que l’idée de la France traitant ses citoyens

sans distinction de race ou d’origine n’était précisément qu’une idée.

Les plus jeunes se sont aperçus que revendre de la drogue pouvait rapporter

davantage d’argent que les allocations « sociales ». Les autorités ont laissé faire et

ont passé une sorte de contrat tacite : nous fermons les yeux sur vos trafics, mais

vous ne sortez pas de vos cités.

Sociétés parallèles

Les grands ensembles sont devenus des sociétés parallèles. La moitié de

ceux qui y résident aujourd’hui sont au chômage, parfois les chiffres sont plus

élevés encore. On y touche le RMI. On y fait des enfants pour accroître les revenus

tirés des allocations familiales. On s’y entasse dans des appartements qui deviennent

trop petits pour le nombre de ceux qui y vivent. On se coupe de la société

extérieure. Les trafics deviennent la norme et les trafiquants font régner leur ordre.

On ne se reconnaît pas comme « Français » même si on l’est sur le papier.

L’école est déjà, presque, un territoire extérieur où on parle de choses qu’on

ne connaît pas dans les grands ensembles. Le reste de la France est un territoire

plus extérieur encore où on ne s’aventure pas. On ne parle plus le langage de ce

territoire extérieur. On n’a plus les mêmes repères culturels que ce territoire extérieur.

On n’a plus les mêmes repères politiques et sociaux.

Il y a désormais la France et les « quartiers ». Et les « quartiers », ce n’est plus

la France. Ce n’est pas non plus un autre pays. C’est une zone d’ombre. Les

Français de France, ceux qui n’ont la peau ni noire ni basanée n’y viennent pas.

Ils savent que cela existe. On leur dit que ce sont des lieux violents et dangereux.

Et puis, ils n’ont rien à y faire. Ils n’y connaissent personne.

Ceux qui vivent dans les « quartiers » discernent que leur existence ressemble

à celle de ceux-là qui vivaient (et parfois vivent encore) dans des quartiers qu’on

appelait « ghettos » aux États-Unis d’Amérique. Ils trouvent leurs repères dans la

contre-culture des gangs de Harlem ou de South Central Los Angeles. Ils « dealent

» comme les membres des gangs. Ils taguent comme les membres des gangs.

Ils s’organisent en bandes comme les gangs. Ils marquent leur territoire comme

les gangs. Ils s’habillent selon les codes des gangs : survêtements Nike ou Reebok,

jeans trop larges, casquettes, sneakers aux pieds. Ils écoutent du rap ou se mettent

à en écrire. Comme les membres des gangs se devaient de rejeter l’autorité et le

reste d’une société dans laquelle ils ne se reconnaissaient pas, ils rejettent l’autorité

et le reste d’une société dans laquelle ils ne se reconnaissent pas.

La violence à l’école est conforme à cet engrenage. Elle fait partie des contrenormes.

Le refus des règles de la société « normale » est conforme à l’engrenage,

lui aussi. La détestation de la France est elle-même très conforme à l’engrenage :

on déteste la France parce qu’on vit tout à la fois en elle et à l’extérieur d’elle,

parce qu’elle incarne les règles qu’on déteste, parce qu’on voit aussi que, même

si on voulait jouer selon les règles du jeu, ce serait difficile, très difficile, voire

impossible, même s’il y a des exceptions à la règle… Que dire à un adolescent

dont le père est sans emploi, dont le frère aîné a étudié à l’université mais ne

trouve pas d’employeur parce qu’il habite un « quartier » et que cela se voit à son

adresse, parce que son prénom est Ahmed ou Rachid, parce que même s’il met

un costume, une cravate et une chemise blanche, il ne peut pas changer son

apparence physique ? Que dire à cet adolescent si, de fait, même sanctionnées

par un diplôme, les études à l’université de son frère aîné sont nulles parce que

l’université où il a étudié elle-même est nulle ?…

LIRE LIBÉRAL

Lucien-Samir OULAHBIB

LA PHILOSOPHIE CANNIBALE

Voici une excellente description de la tentation totalitaire chez plusieurs philosophes français. Lucien Oulahbib : « La philosophie cannibale. La théorie du mensonge, de la mutilation ou l’appropriation totalitaire chez Deleuze,Foucault, Lyotard » (La Table Ronde, 2006).

En 1997, un livre intitulé Impostures intellectuelles remporte un énorme succès et déclenche une vive polémique sur la scène éditoriale française. Deux physiciens, Alain Sokal et Jean Bricmont, démontrent, grâce à de nombreuxexemples (et avec beaucoup d’humour), comment des intellectuels (des philosophes

pour la plupart) utilisent sans les connaître des concepts scientifiques

empruntés à la physique, aux mathématiques ou bien à la chimie. Sous prétexte

d’écrire des textes « postmodernes », Lacan, Kristeva, Latour, Baudrillard, Deleuze

parsèment leurs ouvrages de notions scientifiques obscures qu’ils ignorent et qui

rendent le texte totalement incompréhensible. En réalité, ils se moquent du lecteur

et évitent ainsi toute critique lucide de leurs « narrations ». Mais si les deux physiciens

ont révélé leur délire scientifique, Lucien Oulahbib, enseignant à Paris X,

reprend méticuleusement les textes (de la plupart d’entre eux) et décortique le

contenu idéologique. Ce « contenu » est pourtant difficile à saisir. On trouve tout

ce qu’on veut dans cet hypermarché du dogmatisme : l’admiration pour les totalitarismes,

la haine des États-Unis, de l’Occident, du capitalisme et de l’église, le soutien des dictateurs, le mépris pour la démocratie et pour la vérité historique ainsi que l’enthousiasme pour le mensonge et l’écriture illisible. Les textes sonthermétiques, sans queue ni tête, comme les divagations erratiques d’un homme malade. Ils visent la provocation gratuite, la confusion et obligent le lecteur à reprendre la lecture plusieurs fois. On se sent perdus, trahis par le bégaiement des pages.

« Il est clair que, si Marx avait suivi ses rêves de jeunesse et écrit les plus beaux romans du monde, il eût enchanté le monde », mais ne l’eût pas ébranlé, nous explique Maurice Blanchot. Et il continue : « Il faut donc écrire le Capital etnon pas Guerre et Paix. Il ne faut pas peindre le meurtre de César, il faut être

Brutus. » Pour Jean-François Lyotard, « Auschwitz n’est pas l’exclusivité du

nazisme. Il est occidental, chrétien : le travail des Églises du Nouveau Monde en

Afrique, comme celui de Hegel sur le judaïsme, c’est la destruction de l’homme

jugé non médié (sic) ». Cet Occident chrétien est, d’après Foucault, à l’origine de

l’exclusion et de l’appareillage du contrôle social. Dans le Concept du 11 septembre,

Derrida soutient que l’acte terroriste est un « concept » pas facile à expliquer.

Il faut attendre la 37e page (sur 63) pour savoir s’il reproche quelque chose

à Ben Laden (le nom est toujours mis entre guillemets) : « je me sers toujours de

ce nom comme d’une synecdoque ». Ben Laden n’est qu’une « intensité du système

du monde qui s’auto attaquerait », le résultat d’une volonté supérieure. Déjà

dans Économie libidinale, lorsqu’un Algérien tue durant la guerre contre la

France, il « tue son maître français » et il « se tue comme valet complaisant de ce

maître ».

Dans Moralités postmodernes, Lyotard présente le Saddam Hussein de la

première guerre du Golfe comme « produit des chancelleries occidentales » et qui

n’a donc pas de stratégie propre. Car Saddam s’approprie l’idée de l’Umma

comme « altérité irréductible » à l’Occident posé comme « mode de vie complètement

sécularisé ». Foucault est attiré par la révolution iranienne, seule capable de

préserver le peuple des tentations de la culture occidentale. C’est aussi l’opinion

de Jean Baudrillard pour lequel l’interdiction de la télévision et de la musique est

la meilleure chose qui puisse arriver aux gens. La négation de notre monde est

le mot d’ordre des Deleuze, Derrida, Foucault et Lyotard. Il faut tuer la vie, discréditer

l’amour, rendre le monde inintelligible. Pour cela il faut détruire la propriété

et l’individu. Et qui serait mieux placé que les Brigades Rouges ou la Fraction

Armée Rouge ? « L’immensité de l’effort à accomplir, la nécessité de remettre en

question toutes les valeurs auxquelles nous sommes attachés, d’en revenir à une

nouvelle barbarie pour rompre avec la barbarie polie et camouflée qui nous sert

de civilisation » (Blanchot). Ensuite, « la révolution bolchevique d’abord déplace le

pôle qui semble désormais sous la maîtrise du parti. Puis la révolution communiste

s’efforce, en restituant la maîtrise à la communauté sans différence, de situer le

pôle dans le mouvement et l’indifférence de l’ensemble ». Pour Bataille, « Il est

cruel de désirer l’extension d’un régime reposant sur une police secrète, le bâillonnement

de la pensée et de nombreux camps de concentration. Mais il n’y

aurait pas dans le monde de camps soviétiques si un immense mouvement de

masses humaines n’avait pas répondu à une nécessité pressante », tandis que

Derrida avoue : « Si je me méfie du terme “liberté”, ce n’est pas que je souscrive à quelque déterminisme mécaniste. Mais ce mot me paraît souvent chargé de présupposés métaphysiques qui confèrent au sujet ou à la conscience – c’est-à-dire au sujet égologique – une indépendance souveraine par rapport aux pulsions, au calcul, à l’économie, à la machine ». Rien à rajouter.

Bogdan Calinescu

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Jacques de GUENIN

LOGIQUE DU LIBÉRALISME (1)

(1) Logique du libéralisme (Morale, Vie en société, Économie), éditions de l’Institut Charles Coquelin, Paris, 2006, 118 pages, 10 euros. Email : edschcoqu@noos.fr

En bon matheux – il sort de l’École des Mines – Jacques de Guénin vient d’élaborer un « précis » du libéralisme. En exergue de chaque chapitre, mais aussi en cours de démonstration, on retrouve tous les noms des libéraux morts et vivants. Grande famille donc, réunie en bon ordre, pour expliquer, ranger, pour réorganiser en données simples et accessibles un foisonnement d’informations. Pas une Somme,

le livre n’en a pas l’ampleur, mais un guide.

Jacques de Guénin donne, dès l’introduction, une définition de deux philosophies

incompatibles : le libéralisme qui s’intéresse à l’individu et le socialisme à

la collectivité. L’auteur dégage avec conviction la supériorité du libéralisme qui

n’apparaît pas de prime abord tant le public non averti passe facilement du mot

« individu » à l’adjectif péjoratif « individualiste » bientôt synonyme d’« égoïste ». Or

le libéral au contraire ne cherche pas sa petite liberté personnelle, mais la liberté

de chacun, la liberté de l’autre. Pas de coercition, pas de violence dans une société

libérale, mais des échanges librement consentis et d’un sens moral strictement

fondé sur la notion de responsabilité. Jacques de Guénin note « simplement » que le libéralisme à ce stade incite à la vertu.

Suivent trois parties : la morale libérale, la vie en société, l’économie qui démontrent que les concepts du libéralisme se déduisent les uns des autres comme en un jeu de poupées russes pour mieux s’emboîter « en toute logique ».

Ce livre est donc un excellent argumentaire qui permettra aux timides et aux hésitants de répondre pertinemment aux contradicteurs et autres critiques du libéralisme, Dieu sait s’il y en a ! Il est à mettre en toutes les mains et surtout celles des enfants – enfin disons des adolescents – avant que les programmes d’économie de la classe de seconde ne leur délivrent les messages faussés et toxiques que l’on sait.

Notons enfin que ce précieux précis se termine par une citation lapidaire de Jacques Garello : « faisons la liberté, la liberté fera le reste ».

J. Balestier

ALEPS INFORMATIONS/ALEPS INFORMATIONS/ALEPS INFO

AIX-EN-PROVENCE LE 28 AOÛT 2006

Au cours de notre 29e édition de l’Université d’Été de la Nouvelle Économie, l’une de nos amies les plus chères et les plus fidèles, Victorie CURZON-PRICE, présidente de la Société du Mont-Pélerin, reçut, des mains du professeur Gérard BRAMOULLÉ, la médaille de la ville d’Aix qui fait d’elle une citoyenne d’honneur de la ville d’Aix.

Toutes nos félicitations.

2. Bulletin 116, juillet 2006.

AVANT-PROPOS.

Voilà dix ans, Axel ARNOUX présentait dans ce même bulletin (mai 1995, no 74) son premier écrit sur le « salaire direct », autrement dit, une fiche de paie qui ne serait plus amputée par les « mille et une » retenues et donnerait l’exacte valeur du travail de chacun.

Aujourd’hui, sous le titre « salaire complet », l’analyse d’Axel ARNOUX s’est affinée et enrichie de dix années supplémentairesd’expériences de dirigeant d’entreprise. Il nous reste à souhaiter pour vous, Français, que ce projet accroche l’attention du marchépolitique, vous le valez bien ! (p. 2).

Georges LANE s’en prend à une presse mal informée – un vrai paradoxe ! – qui dénonce une France dominée par les idées libérales (?). Cette mise au point, au ton très combatif, éclaire le mauvais procès que firent à Pascal SALIN des journalistes de Libération, du Monde et de quelques autres périodiques, et donne la parole à des étudiants jadis familiers de l’aleps qui,plutôt que « descendre dans les rues françaises » pour manifester leur malaise, préférèrent « voter avec leurs pieds ». De l’étranger, ils considèrent avec tristesse ceux d’entre eux restés au pays (p. 24).

Devant ce constat de faillite du « modèle social français » prévisible, nous attendons, à la veille des élections présidentielles, des propositions salvatrices.

Le programme des socialistes reste obstinément celui d’illusionnistes. Pascal SALIN s’en irrite (p. 45).

Bref, c’est un programme que nous ne demanderons pas.

Amis, ne vous contentez pas de lire, venez écouter les voix libérales, celles de notre Université annuelle. Le thème en sera « le futur de l’Europe » et le décor, toujours aixois (p. 62).

A bientôt donc pour notre rendez-vous de l’été !

Jacqueline Balestier

Secrétaire Général de l’ALEPS

Axel ARNOUX.

Axel Arnoux est Président de Chauvin Arnoux Group, dont le site internet est : www.chauvin-arnoux.com.

« Le salaire complet, point de vue d’un chef d’entreprise« .

Je partirai de Montaigne :

« L’Individu tout un, entier et divers »,

« Ne se donner qu’à soi même et se prêter à autrui »,

« Apprendre à se connaître et faire ce que l’on aime »,

« Que philosopher c’est apprendre à mourir ».

Et de Sénèque dans ses « Lettres à Lucilius » :

« Tu me demandes ce que tu peux faire pour les autres, je te demande ce que déjà pour toi même tu es

capable de faire. »

Je pense qu’entre le Holisme et l’Individualisme, il est temps de retrouver le goût de la liberté pleine, entière et

personnelle.

1. Un pays profondément communisé.

Il pourrait sembler surprenant de penser que la France puisse être plus ou moins assimilable à un pays proche des anciens pays de l’ex-bloc soviétique,

particulièrement quand on observe positivement la richesse de quelques cités en leurs quartiers centraux ou encore les quelques activités industrielles ou commerciales qui y existent malgré tout ! Coeur de Paris, coeur de Lyon, coeur d’Aix-en-Provence…

Ces beautés architecturales enivrent, et rendent aveugle ! Mais ce sont des constructions d’avant le XXe siècle, parfois d’avant le XIIe. Mais pour les grands voyageurs et « businessmen » intercontinentaux (et infatigables), tout cela en fin de compte n’est pas très différent de ce qui se passait dans les pays communistes plus ou moins « trosko-stalinien », et de ce que concrètement on pouvait constater avant 1989 au coeur des villes de Moscou, de Varsaw, de Berlin-est ou encore de Beijing et de quelques autres, vitrines de ce « nickel plus chrome » sous contrainte, pardon rêve, marxiste. Un luxe débordant que seule la nomenklatura locale et quelques autres pouvaient aborder.

La France n’a pas échappé à ces faux semblant.

La désinformation moderne issue des hommes des pouvoirs sur fond de scientisme macro économique, ainsi que l’influence de quelques vedettes du show bizz et des business para-publics, paritaristes (tous ces concierges républicains…) achèveront de mettre le vile sur d’autres réalités humaines et matérielles qui nous touchent tous : de quoi fausser les analyses et la perception que l’on peut avoir de la société française !

Cela malgré le réveil brutal des banlieues et après tant de grèves, de violences, d’incivilités depuis 60 ans, et d’un chômage actuel supérieur à 4 à 6 millions de personnes selon divers calculs (soit près de 20 % de la population active avec des durées supérieures à 1 an). Des banlieues devenues une nouvelle plèbe profondément touchées par la pauvreté et par la gestion dite « sociale » depuis ces mêmes 60 ans.

Car enfin l’éducation, la retraite, le travail, la famille, les contrats en tout domaines, divers monopoles, la liberté de circulation, de réunion, d’expression télévisuelle ou radiophonique et maintenant Internet, tout cela a été soumis aux hommes de l’état (des états) via divers codes, lois, prélèvements, subventions et réglementations changeant au gré de ces pouvoirs, de ces business sous influence, ou encore au gré des impératifs médiatiques et électoraux !

Ces processus ont de plus favorisé les lobbies et la corruption tant des hommes politiques, de leurs proches, que deceux de l’industrie et du commerce associés ; mais peut être s’agit-il de l’inverse : c’est le marché politique, sa corruption, et ses lobbies qui étape par étape ont installé profondément tous ces mécanismes de la recherche de rentes payées par tous les autres via les obligations et les impôts n’a jamais de fin ! Une complicité entre les pouvoirs politiques et le monde de l’économie qui a toujours été présentée comme nécessaire pour assurer l’emploi de centaines de milliers de gens.

Alors certains préfèrent chercher la rente de l’état et ses combines socialisantes, c’est plus rapide et plus juteux et tellement bon ! Mais qui étudie toutes ces lois en terme d’action humaine, en terme de perception psychologique par les individus ? Qui connaît ces obligations, qui par exemple sait ce que veut dire vivre une faillite ou encore qui connaît les montant payés pour son assurance maladie ou sa retraite : Personne… ! C’est le communisme dans sa réalité factuelle. Tout cela n’est pas libéral et ce pays ne l’a jamais été voilà pourquoi il s’enfonce dans de graves soucis.

2. L’erreur solidariste

Il est tout a fait clair que la libre coopération entre les individus sur fond de droit de propriété, de libre choix, de libre création/production, entre autre via les contrats et traditions écrites ou orales, est largement déstabilisée par ce harcèlement textuel et légal d’origine politique et son corollaire ou ayant droit du paritarisme (syndicats, patronats) et leurs conséquences sur toute la société. Un harcèlement d’une complexification incroyable et d’un niveau d’incertitude quasiinhumain au point qu’il devient difficile de créer des richesses,de vivre ses libertés pourtant seules véritables réponses positives et multiculturelles aux soucis évoqués précédemment.

Notre pays a confondu depuis très longtemps la notion de charité ou de solidarité de première urgence avec l’instauration massive d’une communisation presque généralisée. La ruine comme résultat, puisque chaque année le « système » perd en moyenne 50 milliards d’euros « compensés » par des emprunts sur les marchés financiers internationaux et déjà la dette totale dépasserait 1 200 milliards d’euros, tandis que d’autres prétendent qu’en fait elle dépasserait 2 000 milliards. T’aurais pas 100 balles ? 800 milliards d’euros d’écart ! excusez du peu ! Et si un jour lesmarchés financiers internationaux lâchaient ce pays comme semble le prouver la tendance négative de la notation par S&P de la dette de la France, alors chacun devra brutalement tout réapprendre, sueurs et paniques incluses, sous la tutelle plus ou moins bienveillante d’un euro administrateur judiciaire !

Il faudra dans la douleur une à deux générations pour s’en remettre financièrement.  Une remise en forme qui se fera après abrogation de beaucoup de lois, de faux acquis,et du paritarisme en conséquence. Nous disons abrogations et non pas réforme de diverses lois et octrois républicains, car des centaines de réformes ont déjà eu lieu et toutes ont échoué depuis 60 ans (normale dans le cadre de ce progressisme, parhélie du tout collectif ! Si tout cela continue encore alors cette étape d’évolution se fera dans l’urgence d’une trésorerie nationale OUT !

Le pire ! Évitons ce drame certain dont la date d’arrivée est toujours inconnue ! d’où le salaire complet entre autres !

Voilà pourquoi il est (a toujours été) impératif et urgent d’ouvrir quelques pistes en matière de libérations économiques et juridiques permettant cette sortie du tout « étatisme-conservatisme » en quasi faillite (le holisme moderne ou citoyen comme on dit aujourd’hui), et qui sur le fond n’est pas autre chose que du communisme ; un communisme présupposé soft mais dangereux comme chaque fois quel que soit son obédience trotskiste, stalinienne, ou maoïste (ces faux nihilismes vraiment génocideurs selon les faits historiques et leurs horribles preuves matérielles tant pour Trotski, le précurseur avec ses 2 complices Lénine et Zinoviev (entre temps repenti), que pour ses successeurs Staline et Mao :

2 autres fous ayant « seulement » ajouté quelques zéros au nombre de morts, blessés, handicapés, ruinés, et immigrés violemment par ce communisme triomphant, passion d’une tentative contre nature, mais certainement ravageuse,autoritaire, et manipulatrice. Ils se prenaient tous pour le centre du monde : Zhonguo ! En chinois le milieu de l’empire ou le centre de la planète ? Enfin et maintenant le temps est venu, car les sommes payées par les entrepreneurs, les salariés et leurs clients sont colossales et ne résisteront pas aux pressions extérieures pour une grande partie de l’industrie ou de ce qu’il en reste déjà.

3. Les chantiers d’une liberté par le travail et les revenus qu’on en obtient

Ainsi il y a de nombreuses libertés à consolider, car entre temps et malgré les apparences et les horreurs, chacun a déjà commencé à travailler profondément pour sa propre autonomie, ouverte sur les autres et sur le monde ! Le commerce, l’industrie, le téléphone, la TV et surtout Internet tout autant que les terribles leçons de l’étatisme guerrier du XXesiècle sont passés par là ! le social nationalisme n’a plus aucun avenir,et d’ailleurs il n’en a jamais eu puisque touts’est fait à crédit : c’est-à-dire, peut être payé dans le futur par les enfants et petits enfants de chacun et des autres. Les concierges de la république et leur syndicats sont des adultes irresponsables, c’est un fait acquis ! Passons ! Plusieurschantiers en matière d’économie et de droit se doivent d’être mis en oeuvre pour retrouver les fondamentaux ci-dessus présentés, et cela en y associant l’ensemble des Français dans une logique individualisante si nous souhaitons un jour accéder ou retrouver nos Harmonies économiques et existentielles. Il y en a cinq très urgents et cet article se propose de ne traiter que le cinquième au travers du concept de « salaire complet ».

Les quatre autres vous sont présentés à la fin de l’article comme sujet et réalisation à redéployer publiquement et scientifiquement, chaque point nécessitant d’autres analyses et articles de fond (et d’ailleurs souvent abordés par les différents ouvrages et travaux des intellectuels libéraux depuis de nombreuses décennies si ce n’est depuis près de 2 siècles.

Qu’est-ce donc que le Salaire complet !

Sur le fond, il s’agit de la reconnaissance juridique des droits de propriété des salariés sur la valeur complète de leur travail : soit sur leur « net payé » actuel auquel il convient d’ajouter les « parts salariales », les « parts patronales », soit uasiment le double par rapport a ce que chacun reçoit aujourd’hui. (par exemple e smic passe de 1 031 euros net payé à 2 064 euros en vision complète à fin juillet 2006 à Paris). Et le – nouveau – bulletin de « salaire complet » présentera en même temps l’ensemble des prélèvements sociaux, filière par filière (retraite, maladie, etc.) en cumulant les « charges sociales dites parts salariales et parts patronales, chaque poste étant à terme exprimé et calculé en fonction de cette valeur complète.

En complément, un calcul actuariel sur les retraites par répartition et sa comparaison avec la capitalisation sera introduit sur chaque bulletin de paie en fonction de la totalité des cotisations retraites payées concrètement au cours des 41 années de carrière en neutralisant les taux d’inflation.

De plus, il sera exigé que les caisses dites sociales soient auditées par des commissaires aux comptes et que surtout, comme toutes entreprises françaises ou européennes, des comptes soient publiés : actif, passif, recettes, dépenses,résultat net ! Eh oui, aujourd’hui, à ma connaissance, les chiffres « macro » connus correspondent à des situations de trésorerie. Aussi incroyable que cela puisse paraître, il n’y a jamais eu de comptes – dignes de ce nom – publiés dansla filière de l’état et des caisses dites sociales, et il n’y a jamais eu d’audit indépendant… le gouffre doit être un « trou noir interstellaire ». Et fidèlement les entrepreneurs et les salariés comme les clients continuent à payer comme si derien n’était ! Jusqu’à quand ?

Soit dit en passant, il y aura suppression définitive de cette notion de « salaire brut » !

C’est cela le concept « complet », juridique et économique, du salaire complet, ce qui n’a rien a voir avec l’« ovni » politico/paritariste qu’est le bulletin dit de « paie vérité ».

C’est aussi la préparation sereine d’un autre futur où sont associés tous les salariés, dirigeants et autres entrepreneurs des secteurs privés (aux environs de 15 millions de personnes) auxquelles pourraient venir ce joindre les « plus oumoins » (sic) 6 millions de personnes du secteur dénommé « public ». C’est la mission de tous, une fois mesuré l’ensemble des processus et des coûts (voire des coups…) en matière de sociale et de solidarité, ces gigantesques mensonges et spoliations républicains ou citoyens ou progressistes ! Ils ont tout caché !

4. Les prix sont des informations, les informations ont un prix : vertu des marchés !

Tous les prix et un certain nombre de services ou prestations ont été faussés depuis plus de 60 ans, tant les revenus du travail, les revenus du capital, que l’assurance maladie – de base et complémentaire –, les assurances pertes derevenus (chômage), les assurances accident au travail, la médecine dite « du travail », le système de retraite, le secteur bancaire par la réglementation, le secteur médical dans sa totalité dominé et en même temps associé à la « sécu »… Ainsi que tous les métiers et production tournant autour.

Pourquoi « faussé » ? Gestion politique, monopolistique, réglementations, et son état dans l’état qu’est la gestion paritaire (syndicat, patronat), complexification génératrice d’ignorance et d’irresponsabilités, d’absence totale ou partielle de libre choix pour les consommateurs et investisseurs que nous sommes tous, de destruction de la concurrence dans la plupart de ces secteurs ; en résumé : annihilation quasi complète des systèmes de prix et d’échange.

Dans un marché ouvert et libre, les prix s’établissent par l’expérience et les échanges où chacun mesure la ou les qualités de ce qu’il obtient de façon permanente. Le système de prix est un véritable outil révélant toutes situations de rareté, d’abondance et/ou de gabegies. Cet outil permet d’allouer les bonnes ressources au bon moment et d’anticiper.

Voilà ce qu’est le marché avant d’être une histoire de revenus et d’épargnes.

Sans marché, les voleurs légalisés (les monopoles toujours étatisés, ou socialisés et maintenant paritarisés) vous feront avaler tout ce qu’ils veulent car il n’y a plus de comparaisons et de raisons qui font que nos choix ont leur rationalité même dans l’erreur (car l’erreur est une source d’apprentissage donc de correction ultra rapide) !

Car au travers des marchés, processus permanent et innovant de découverte, nous avons la chance de pouvoir nous adapter. A l’inverse d’un état qui met parfois plusieurs siècles à corriger ses stupidités et aberrations du tout commun : notre tragédie sociale et fiscale par exemple.

Ces filières de métiers « sécu » vivent d’une façon plus ou moins équivalente à celle dont les secteurs automobiles en URSS ou en Pologne ont vécu dans le passé ».

Lada, Traban ! Souvenez vous ! Auriez vous oublié les conditions de travail dans ces pays, ou encore les retraites d’ouvrier à 50 euros par mois, les seringues infectées et tous les Tchernobyl de la vie quotidienne !

Produire une voiture ou une assurance est pourtant strictement équivalent en terme de « processus industriel » ! Malheureusement, la présentation actuelle du bulletin de paie en France fait perdurer ses errements :

BULLETIN DE PAYE LÉGAL ET OBLIGATOIRE – JUILLET 2006

5. La complexité à la source des falsifications

Vous aurez noté la complexité de ce bulletin – plus de 100 informations différentes – tandis que les softs informatiques en « charge » de ces calculs et présentations en ont plusieurs centaines d’autres – selon les secteurs, les statuts, les régions et villes –.

Un bulletin si compréhensible qu’en vérité plus personne ne le regarde, chacun attendant plus ou moins patiemment le virement bancaire figurant sur le relevé mensuel de banque… tandis que les URSSAF vous laissent seulement cinq jours pour payer les taxes – sous peine d’amende ou encore de blocage de tous vos comptes en cas de dépassement excessif (y compris pendant les périodes de grève des services publics !) –.

Le spectacle quasi guerrier et nocturne de la gestion paritaire et de ses négociateurs a alimenté les sentiments qu’il y avait une négociation entre le monde ouvrier – salarié et le monde supposé des patrons, lesquels sont rarementmembres du Medef actuel, tandis que les syndicats représentent moins de 10 % de l’ensemble des salariés.

Comparativement à d’autres pays en Europe (Allemagne, pays nordiques, la France fait partie des pays les moins syndiqués mais a les syndicats les plus hargneux et idéologiquement les plus engagés dans un marxisme haineux.

Sur le plan patronal, le moins indépendant du pouvoir politique en Europe, celui-ci a trop d’activités économiques dépendant des principaux secteurs industriels plus ou moins liés à l’État dont celui de la sécu et de tout ce qui va avec.

Enfin, via les jeux des pouvoirs monopolistiques (énergie, transport en commun, courrier, sécu., ministère des finance), les syndicats font et ont fait la pluie et le beau temps dans la rue, effrayant chaque fois tous les hommes politiques et dirigeants d’entreprises qui avaient peur de ne pas se faire réélire pour les uns ou de faire des pertes pour les autres, donc de devoir licencier… Leur chantage à la ruine ou à la réalisation du grand soir révolutionnaire a soumis la France à leurs exigences, quelle que soit la situation des parlementaires pourtant élus par presque tous les Français.

On en voudra pour simple exemple récent la mise en place de la CSG/CRDS taxant à la fois le travail, les revenus fonciers, les revenus des capitaux, taxes qui, sous un autre nom, faisaient partie des revendications et du programmedu PC et de différents syndicats dans les années 1974/1984 au nom de la solidarité socialiste (= la soumission des individus à la redistribution collective, payée par les mêmes sans qu’ils le sachent ou le comprennent, et par divers chemins fiscaux, sociaux, et réglementaires). Faut-il y ajouter l’ISF comme autre exemple ?

Cette complexité a été sciemment organisée depuis 1946 avec en plus la mise en place d’une dichotomie entre les notions de parts salariales et de parts patronales, de quoi alimenter les faux semblants de la lutte de classes. Cette luttedes classes, en vérité lutte des fromages corporatistes pour tous les permanents et business de ces filières, a été très juteuse pour certains et profondément ruineuse pour tous les autres, particulièrement pour l’industrie ouverte sur lemonde,et encore plus pour les chômeurs. Les pertes de compétitivité ou surcoûts,

estimés par certains à plus de 30 % sur les prix de revient, sans perte du « social », a fini par déstabiliser profondément l’industrie (des millions d’emplois perdus et beaucoup d’entrepreneurs ruinés). L’échec social est patent vu le nombre croissant de miséreux qui vivent en France avec très peu d’espoir de retrouver leur autonomie et dignité d’être, faute d’emplois en nombre suffisant.

Le social avait quelques noblesses de coeur. Le bilan obtenu est exactement inverse : aujourd’hui il n’y a plus que 1/3 de la population qui travaille contre la moitié dans divers pays saxons, pays toujours plus ouverts sur les marchés etmoins régulés que la France, pays pour qui la mondialisation est une opportunité de création de richesse. Dans tous les cas, cet écart correspond à plus de 5 millions de Français se trouvant hors du marché du travail et cela vient en plus des 2,5 millions de chômeurs « officiels ».

La complexité a eu pour résultat le développement de l’ignorance, du découragement, de l’irresponsabilité, en définitive un sentiment général d’incompréhension tandis que les individus ont fini par se faire domestiqué. « Un tienvaut mieux que deux tu l’auras. »

 

 

6. Réduire l’ignorance par la connaissance des prix

C’est ici que le salaire complet comme outil d’information et d’affranchissement prend toute sa vigueur et rigueur comptable.

D’abord réduire l’ignorance, faire découvrir que tous ces fameux avantages acquis sont payés à la source par l’intermédiaire d’une sorte de premier impôt sur les revenus, nommé « charges sociales » : soit « l’impôt sur la sueur » de chacun. Ci-après un tableau présentant la première étape et évolution d’un salaire complet de 1 à 8 fois le SMIC avec le détail des parts dites salariales (SAL) et patronales (PAT), puis leurs additions par filière de prélèvements :

Par principe économique, les parts salariales comme patronales n’ont aucun sens ! Imaginons nous la baguette de pain ou la voiture payé par des parts sociales… divisées en deux de surcroît. Ces deux charges sociales sont donc aussi une sorte de revenus « communisés » et plus ou moins différés dans le temps sans d’ailleurs aucun engagement juridique des caisses sur le long terme (aspect confirmé par les tribunaux). Donc un revenu non mesuré, payé par ces taxes puis plus ou moins redistribué.

A partir de ces premières informations il devient possible de déterminer un vrai salaire complet selon sa logique novatrice et bientôt libératrice (cf. tableau ci-dessous).

7. Commentaire et analyses sur cet outil de liberté.

1) Le « Net à déclarer » pour le 2e « impôt sur les revenus » (cerfa 2042) est supérieur au net payé, autrement dit, paiement d’un impôt sans les revenus correspondants… et c’est légal… On croirait une sorte d’ISF pour les salariés (des impôts sans revenu)… il fallait oser le faire !

2) Plus vous gagnez de l’argent, et plus vos assurances vous coûtent cher.

Quand vous achetez un poulet, le prix est le même pour tout le monde. Pour les filières sociales que nenni ! Pourtant manger est plus urgent que s’assurer, au moins 3 fois par jour ! Faut il un poulet en parts salariale et patronale prélevées à la source et proportionnelles aux revenus ? Là encore il fallait oser.

3) On se demande pourquoi le ticket restaurant dans ce cas ne suivrait pas la même logique, idem pour le médecin ! Le médecin en question, c’est la médecine du travail, ayant le privilège d’un monopole : 3 fois plus cher (« consultation en camion » en plus)

4) Un couple gagnant chacun deux fois le smic aura donc payé par exemple son assurance maladie 2 X 7 256 euros soit 14 512/an ! ne riez pas c’est sérieux. Cela correspond a un belle voiture… achetée chaque année ! Ouf la voiture a échappé au sort du poulet !

5) Vous gagnez deux fois plus que ce que vous croyez et le système vous prélève en moyenne la moitié de la somme : c’est donc un impôt sur le « revenu complet » du travail à près de 50 %, ce qui par rapport à l’autre impôt sur lesrevenus (cerfa 2042) vous positionne dans la tranche la plus élevée.

Que nous soyons au SMIC ou au-dessus, nous payons tous ce premier impôt, le deuxième impôt arrivant en sus, à quoi il faudra ajouter la CSG-CRDS, puis les montants de TVA chaque fois que vous achetez quelque chose. Soit au total, une moyenne de 75 % sans ISF. Il faut le dire : « touche pas à la sécu » va devenir avec le salaire complet « la sécu, combien ça me coûte ? »

6) Vous recevez des allocations familiales, logement, etc., pendant 18 ou 21 ans, regardez combien cela vous coûte pendant 41 ans de revenus complets… Osez faire un calcul actuariel sur les sommes considérées en retenant un taux de placement à 3,5 %. Essayez de l’envisager sur plusieurs générations d’épargne. Est-il logique que le smicard célibataire paye toute sa vie pour les enfants du chef ou de ses voisins, pour autant qu’il ne soit pas au chômage pourcause de sur-taxe sur son salaire ou de faillite de sa « boîte ».

7) Vous aurez noté au passage que les allégements « Fillon-Aubry » ont été neutralisés.

En effet, cette « subvention – ristourne » a été divisée par plus de deux en cinq ans et est appelée à disparaître à terme (il y a trop d’impôts sur les salaires, donc la sécu fait une ristourne jusqu’à 1,5 fois le smic pour qu’il soit encore ou potentiellement possible d’embaucher, donc de payer d’autres impôts, tandis qu’elle reçoit directement de l’état le supposé « manque à gagner »).

En définitive la mise en place des 35 heures (à l’origine de ces quelques ristournes) finira par être payée en totalité par l’industrie. Comme cela n’est pas possible, d’autant plus qu’entre temps le Smic a augmenté de plus de 30 %, cette industrie a une fois de plus bien souffert et supprimé ou pas remplacé des masses de postes de travail qui autrement auraient pu exister. « Ce qui se voit et ce qui ne se voit pas (Bastiat). »

De toutes les façons, c’est le client final qui paie, l’entreprise servant d’intermédiaire violemment et perpétuellement saignée par les autorités de la sécu !

8) Dans ce contexte de prélèvements et de redistribution obligatoires, il est strictement impossible à un marché « des sécurités » d’émerger et de pouvoir exister, car les sommes prélevées ne sont plus disponibles pour d’autres servicesconcurrentiels ! Tous les prix sont faussés et la technologie des assurances ne peut trouver véritablement son espace avec de tels processus politique, syndical et réglementaire.

Pour retrouver un chemin en matière de prix et d’échange, il faudrait d’abord changer la présentation du bulletin de paie complet tel que déjà proposé à plusieurs dizaines de milliers de personnes de façon concrète en France de 1995 à aujourd’hui.

La nouvelle présentation (2) simplifie grandement la lecture d’un bulletin de paie et permet de retrouver la réalité des revenus complets ainsi que celles de la totalité des charges prélevées, ou encore de son salaire net payé, et du salaire àdéclarer pour être taxé à nouveau avec l’impôt sur le revenu (cerfa 2042).

(2) Que nous tenons à votre disposition et que nous ne pouvons reproduire dans cet article pour des raisons de format d’édition.

Prenez un peu de temps et lisez tout au moins deux fois. C’est le prix de la nouveauté. Vous découvrirez que dans le cadre d’une retraite par capitalisation, la pension future est supérieure au salaire actuel net payé, « assurance sécu » déduite ! De plus, vous avez constitué un capital ! La répartition est une violente nuisance des systèmes sociaux et fiscaux et elle est enfin révélée !

Dans la partie « explications » de la nouvelle présentation, qui à terme ne devrait plus exister, chacun ayant tout compris, on trouve un calcul actuariel sur les retraites : celui-ci est terrible ! Dans des cas extrêmes, tel celui de Mme Calment, avec ses 123 ans et son verre de vin rouge quotidien, certains avanceront qu’est préférable, individuellement, le système par répartition. Admettons le postulat bien qu’il puisse être aisément mis à bas. Quand on sait qu’aujourd’hui, seulement 30 000 personnes sur 10 millions de retraités dépassent l’âge de 100 ans et qu’une grande majorité est loin d’avoir un niveau de vie faible, rien n’empêche de créer des fondations de diverses natures pour leur prise en charge ! En passant, vous aurez noté la bonne nouvelle : nous vivons de plus en plus longtemps et en presque bonne forme ! La répartition n’a jamais eu aucun avenir en tant que telle, mais avec le fait démographique et médical, elle explosera à terme avec des sommes colossales à payer pour pas grand chose (3).

(3) Soit dit en passant, l’industrie aura été sérieusement démontée compte tenu des additions fiscales, sociales et réglementaires, ce qui amplifiera la décomposition de quelques secteurs. Le premier scientifique du corps médical qui par une géniale innovation rajoutera 10 années d’existence à chacun, rajoutera indirectement 11 points de prélèvements supplémentaires sur vos revenus…

C’est déjà fait pour la période récente sans allongement de la durée de vie…

Pour information, il y a deux siècles la durée de vie était inférieur à 65 ans contre 85 aujourd’hui.

Même s’il faut de 15 à 20 ans pour passer d’un système à l’autre, le jeu en vaut la chandelle car, après tout, les droits de propriété sur sa propre sueur et sa propre épargne font partie des droits fondamentaux de l’individu au nom de sa souveraineté et, dans ce contexte, cela permettra à beaucoup plus de personnes de vivre décemment, et de transmettre les fruits de leur sueur épargnée comme bon leur semble.

Même s’il reste difficile de mesurer ce qui devrait être payé pour quelques aspects de solidarité en particulier vis-à-vis des personnes plantées par le système social actuel et depuis si longtemps, ou encore envers les handicapés qui n’ypeuvent strictement rien et dont les parents ont été tellement prélevés que leur capacité financière en a été très réduite, il convient de rebâtir un futur qui soit une dynamique de liberté et de croissance favorisant librement le sort de tous.

Dans l’état actuel des évènements, nous sommes dans des processus strictement inverses, vicieux et ruineux. Ne suivez pas les élections de 2007, suivez chaque année ou chaque mois le niveau d’endettement, le niveau des pertesdonc le niveau des nouvelles dettes de « big brother », et vous comprendrez assez rapidement que « les arbres ne montent pas au ciel, la dette publique (vos futurs impôts supplémentaires) non plus !

8. Les entreprises sous pression

Au niveau des personnes, et grâce au salaire complet, les vrais prix et coûts ont donc été redécouverts dans leur totalité, mais quid pour les entreprises !

Observons maintenant les sommes extraordinaires qui ont été prélevées au niveau d’un groupe de 900 personnes en France, 900 salaires complets.

Le tableau ci-après donne tout le détail d’une masse salariale complète d’un groupe industriel de cinq sociétés (ces chiffres sont issus d’un bilan et d’un audit, vérifiés deux fois…) (voir page suivante).

Ainsi le net imposable ressort à 17,5 millions d’euros tandis que le coût complet ressort à 32 millions d’euros, soit 14,5 millions d’euros de charges sociales et divers.

Cette même entreprise située au Royaume-Uni ou aux USA aurait eu une économie de coût entre 5 millions d’euros à 7 millions d’euros compte tenu par ailleurs d’une épargne à réaliser par les salariés d’environ 15 % des salaires payés.

Entre 2002 et 2006 et à effectif constant, la hausse aura été de près de 1 millions d’euros ! Baisse d’impôt avez vous dit ?

Pour le groupe en question, c’est, selon les années, la totalité des profits qui part en « sur charge » ou c’est, en d’autres termes, un taux de rentabilité extrêmement faible, en tout cas bien inférieur à ce qu’on peut trouver dans les pays saxons. Environ 5 à 8 points d’écart en matière de résultat net sans prendre en considération les questions de temps de travail annuel.

Sur ce dernier point, on peut considérer que les entreprise françaises travaillent un mois de moins (mais payé) que leurs homologues américaines ou anglaises par exemple, soit 1/12e de masse salariale en plus.

Voilà le scandale des 35 heures, ou encore de la hausse obligatoire de certaines taxes dites « sociales », ou encore de hausses de certains salaires de plus de 30 % à 40 % en moins de 7 ans, sans que jamais un seul dirigeant d’entreprise soit interrogé sur sa solvabilité. Au fur et à mesure que l’assiette fiscale sociale disparaît pour cause de destruction d’emploi, la sécu associée à la gestion paritaire et étatiste augmente les taux de prélèvements sur les salaires, ce qui conduit à la destruction de certaines activités et ainsi de suite. C’est comme cela que la France détient le record du nombre de faillites avec plus de 45 000 entreprises par an (3 fois plus qu’en UK). On ne s’étonnera donc pas de la faiblesse des investissements en France ainsi que des difficultés à financer de la recherche fondamentale et appliquée. Les dommages causées par la sécu sont donc très importants non seulement pour aujourd’hui, mais aussi pour le futur car il est difficile pour une entreprise de pouvoir mener à bien ses stratégies  de croissance interne ou externe avec de tels boulets. Certains y arriveront, mais auront sûrement perdu plusieurs années de conquêtes de marché et de croissance leur permettant de mieux rivaliser avec tous les acteurs internationaux.

Telles sont les conséquences du tout commun social :

La tragédie des communs : ce virus a trop souvent empoisonné la vie des êtres soit pour cause d’impatience, soit pour cause d’ignorance soit par la faute des pouvoirs, mais dans tous les cas il a réduit ou détruit d’autres processusvertueux de créativité et de développement, dans tous les cas de libertés ! On se croirait revenu au Xe siècle avec les champs de pâture municipalisés/collectivisés…

Vous devriez vous intéresser à la macro économie : le PIB officiel est faux, les taux de prélèvements sont faux, la vraie dette et toutes les cautions d’état ainsi que les mauvaises créances ne sont jamais présentées, le nombre de chômeurs et leur durée de chômage sont faux. Pour unique exemple : je gagne 2 500 euros, on me prélève 500 euros, on redistribue ces 500 euros en RMI, conclusion : le PIB est de 3 000 euros… et en plus on parlera de croissance. « L’interco » n’est pas neutralisé, on compte simplement les unités de consommation et de revenu alors que la vraie valeur ajoutée n’est que de 2 500. On se croirait à la belle et épouvantable époque du plan quinquennal !

Que peuvent faire les entreprises dans ce contexte, face à de telle saignées et face à ces blocages institutionnels qui font que rien n’évoluera vraiment car ce n’est pas une énième réforme qui changera quoi que se soit. Les mêmescauses produiront les mêmes effets. Réformer des lois socialistes, c’est faire dusocialisme.

Le projet du salaire complet devient ici un outil d’information et d’ouverture pour tous. Les entreprises auraient donc intérêt à le mettre en place en complément des bulletins de paie actuels dans une première étape.

En même temps, celles-ci pourraient construire une sorte de charte créant les nouvelles conditions de gestion des salaires et assurances fondamentales : cette charte pourrait être celle-ci :

La Charte de l’entreprise au service de ses clients

Le salaire complet est l’addition du net payé, des charges sociales parts salariales et parts patronales, et d’autres impôts ayant pour base le salaire. Ces éléments déterminent la valeur complète du travail individuel et son coût total pour l’entreprise, payé par les clients en dernier ressort ;

Il correspond, en fait, à un revenu direct et indirect financé par la création de richesses, et qui devrait appartenir concrètement aux salariés.

Article 1 : Les entreprises reconnaissent le principe du salaire complet, et se proposent de le faire figurer dans les contrats de travail, le jour où la loi les autorisera à le faire. C’est la reconnaissance juridique des droits de propriétédes personnes sur leurs revenus complets. La valeur complète du travail appartient à ceux qui travaillent, et la fiscalité sociale actuelle devra être présentée en fonction du salaire complet. Il sera exigé en même temps que les caisses de la « sécu » et des divers organismes paritaires adoptent le plan omptable européen pour leur gestion avec présentation publique des comptes. C’est la première étape.

Article 2 : Les entreprises se proposent, dés l’instant où l’article 1 serait réalisé, d’analyser tous les contrats de protections, d’assurance et d’épargne existant sur le marché grâce à la technologie des assurances et des contrats.

A partir du moment où ces contrats (individuels et familiaux) offriront de meilleures sécurités immédiates et futures avec un prix meilleur que les pratiques actuelles des monopoles, ils seront présentés à l’ensemble des membres del’entreprise qui conserveront le libre choix des formules. Les écarts de prix viendront augmenter le salaire net payé en vertu de l’article No 1. Cette deuxième étape tiendra compte des lois en vigueur, entre autres, des « gardefous » qui seront mis en place pendant cette période de transition et d’ouverture des monopoles, notamment pour les retraites.

Article 3 : Les entreprises reconnaissent le bien fondé de l’obligation d’assurance (maladie, pertes de revenus, accidents) et d’épargne retraite que celle-ci soit réalisée par son intermédiaire (mais au nom des personnes) oudirectement par les personnes elles-mêmes grâce au salaire complet. Ainsi les risques futurs seront limités, tandis que les processus de solidarités restant pourront être protégés ou sécurisés sans destruction des systèmes de prix dans les filières assurancielles ou médicales grâce à la mise en place de « chèque assurance et/ou de chèque santé individualisés ».

Article 4 : C’est parce que ce projet sera devenu le vôtre que les chances de le voir aboutir deviendront réelles. Les principes éthiques et philosophiques qui animent ces projets sont fondés sur la reconnaissance de la souveraineté des personnes avec une profonde limitation, voire une sortie définitive, des pouvoirs monopolistiques de l’état et de leurs ayant droits collectifs : la gestion paritaire (les corporations syndicales et patronales, sorte d’octroi moderne).

Compte tenu de la complexité des processus et des ardoises financières actuelles et futures, les entreprises et leurs salariés ne se mobiliseront spontanément et uniquement que pour l’étape no 1, la seconde étape passant entièrement par le Parlement démocratiquement élu et en aucune manière par le paritarisme ou les ministères. Seul le Parlement, dans ce contexte « républicain », est sur le fond en droit de décider de l’impôt (fiscal ou social) !

Les futures embauches sur la base de contrat libre se feront en vertu de la réalisation de tous ces articles !

9. Déréglementation généralisée et liberté assurée

Ainsi le « salaire complet » prend toute son importance pour sortir de ces mécaniques infernales. Mais voulez-vous vraiment en sortir ?

Si oui, il y a alors aussi quatre autres chapitres à explorer, à réaliser en même temps pour que tout cela ait un avenir :

1) La privatisation totale de tous les biens volés par les systèmes publics et para publics (le corporatisme et le paritarisme) en prenant comme exemple (à améliorer) les remarquables travaux et réalisations de Vaclav Klaus en Tchéquie.

Il s’agira de redistribuer gratuitement et individuellement tous ces droits de propriété collectivisés à l’ensemble de la population tenant compte par ailleurs des dettes publiques et des ardoises du système de retraite par répartition en vued’éponger l’ensemble des emprunts d’état et des autres administrations, mais surtout les faux droits issus de la filière dite sociale (les engagements politiques, syndicaux et monopolistiques en matière de sécurité et de retraite, sans garantie ni couverture par une quelconque épargne long terme et surtout sans aucune liberté de choix).

2) La suppression de tous les impôts directs et indirects sur le capital, à savoir l’ISF (autrement dit, l’impôt sur les revenus épargnés, même sans revenus de ce capital, exemple « affaire de l’île de Ré »), l’impôt sur les donations (autrement dit, taxes sur la générosité), l’impôt sur les successions (en d’autres termes, les taxes sur la mort), l’impôt sur les plus values (en d’autres termes, taxes sur les risques de gain), la taxe professionnelle, sorte d’ISF sur les entreprises.

3) Une refonte des impôts sur le revenus, sur la valeur ajoutée, la CSG, la C3S… et quelques centaines d’autres au travers d’une « flat tax » déjà pratiquée en particulier dans plusieurs pays débarrassés du communisme. Si, compte tenu des ardoises passées, il devait rester des mécanismes gouvernementaux de solidarité (donc politisés), il conviendrait de les envisager sous forme de « chèque santé » ou « -assurance » ou encore de « chèque éducation », un peu comme les « tickets restaurant » pour d’autres services tout aussi fondamentaux ! Une méthode de réapprentissage, le temps nécessaire à ce que la création de richesses, conséquence des droits de propriété et de la liberté des échanges, puissent retrouver toutes leurs couleurs, tous leurs goûts, toutes leurs harmonies même si, par certains aspects, la transition donne lieu à un ordre « chaotique ».

4) La restauration des droits de propriété et en conséquence des devoirs et obligations qui vont avec (ne pas porter préjudice à son voisin, par exemple ne pas le polluer, le voler, etc.), accompagné au passage d’une dérégulationmassive en matière de réglementations techniques (autrement dit, l’impôt non mesuré). Cette restauration conduira très logiquement à la responsabilisation des personnes. Je peux faire ce que je veux de mes droits de propriété à partir du moment où je ne porte pas préjudice aux droits équivalents des autres… car sinon mes droits n’auraient aucune valeur (Henri Lepage).

Concernant les risques divers de la vie et des activités humaines, c’est la technologie des assurances qui saura prendre les relais des multiples plans et « rantanplans » dénommés « orsec », « sociaux ou solidaristes » et autres dénominations plaisamment étatistes.

Voilà comment chacun pourra enfin, spontanément, librement, contractuellement coopérer avec autrui dans un environnement de développement pacifique et accéléré en conséquence ! Ainsi il saura favoriser la réalisation de sespropres désirs sur fond de droit de propriété, à savoir le respect d’autrui comme unique valeur humaine avec ses faiblesses et ses adaptations en conséquence.

L’ordre spontané et/ou chaotique retrouvera en même temps, et au travers d’une longue et tranquille transition libérale, toutes ces forces, richesses et qualités.

Bon courage !

Pour reprendre, en guise de conclusion, la formule du film, Le jour de l’indépendance : « le colis est déposé » !

 

 

Georges LANE (1)

(1) La lettre a été écrite de façon décentralisée par

– Drieu Godefridi,

– François Guillaumat et

– Philippe Lacoude.

– Georges Lane a monté l’ensemble en y ajoutant quelques grains de sel.

LETTRE OUVERTE À UNE CERTAINE PRESSE DE FRANCE.

« En France, le libéralisme est avant tout l’objet de fausses représentations », telle est la conclusion à quoi on parvient désormais, chaque fois qu’on prend connaissance de la dernière grande tentative d’une certaine presse de France pour le présenter pour ce qu’il n’est pas.

1. L’avant dernière grande tentative

Ce fut le cas, le 24 février 2004, quand Pascal Salin fut pris à parti par deux journalistes du quotidien Libération dans un article intitulé sans vergogne « OPA ultralibérale sur l’agrégation d’économie : polémique autour du président et des membres du jury du concours, accusés de partialité » (2).

(2) Cf. par exemple, le texte de Jacques Garello sur le sujet dans la Nouvelle Lettre du 1er mars 2004.

L’article répercutait un libelle dénué de fondement et venimeux qui circulait sur Internet depuis quelques

semaines et qui était un des effets de la nomination en juin 2003 par le Premier ministre de l’époque, de sa personne comme président du jury du concours de l’agrégation externe de l’enseignement supérieur en sciences économiques, principale voie pour devenir « professeur des universités » (3).

(3) Le concours a lieu tous les deux ans.

De fait, le propos des journalistes tendait surtout à renforcer la « pureté du venin ».

Le même jour, Le Monde, autre quotidien de France, n’était pas en reste : il menait une attaque plus ou moins feutrée, pour ne pas écrire perfide. Dans le cadre d’un article intitulé « Des universitaires jugent le jury de l’agrégation 2004 d’économie trop libéral et peu compétent », il « informait », en particulier, d’un « vote d’une motion » en décembre 2003 par le Conseil national des universités (4) à propos du jury du concours – véritable manoeuvre dilatoire menée par icelui –.

(4) Il faut savoir que ce conseil est l’autorité qui a comme mission de gérer la carrière des « enseignants-chercheurs » – comme il faut dire aujourd’hui… –.

Suivirent dans le même sens les journaux de périodicité différente mais de même couleur Charlie Hebdo, Alternatives économiques, etc.

Étant donné ce qui commençait à devenir une véritable « affaire Salin », Hervé Novelli, député de l’Assemblée Nationale, se fit un honneur, à l’occasion d’une séance hebdomadaire de questions au Gouvernement (5), d’interroger le Ministre de l’éducation nationale sur de tels agissements.

(5) Séance du mercredi 3 mars 2004.

Le ministre étant empêché, ce sera le Secrétaire d’État à l’enseignement supérieur qui lui donnera une réponse non seulement en décalage avec la question posée, mais encore en confondant le concours en question avec le « concours de l’agrégation d’économie et de sciences sociales du secondaire » (6).

(6) Lequel n’a strictement rien à voir avec le concours en question !

Il conclura sa réponse défaillante par une pirouette : « l’opposition manque de souffle aux affaires, mais ici

elle ne manque pas d’air ».

2. Le dernier travestissement

Une certaine presse de France ne manque pas d’air, non plus, en permanence ! En témoigne, toutes proportions gardées, aujourd’hui en 2006, un article récidiviste du quotidien Le Monde (7) écrit cette fois par Jean-Louis

Andréani et intitulé « France solidaire et France libérale ».

(7) 15 juin 2006, http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-783884,0.html.

Pour ceux qui constatent les ravages croissants causés par l’étatisme au pouvoir, un des traits les plus renversants de ce texte est qu’il révèle le degré élevé à quoi ses adeptes demeurent aveugles à ces destructions. Ils attribuent lesproblèmes de société au reliquat de liberté que l’étatisme concède encore à ceux qu’il asservit déjà plus qu’à moitié et non pas au fait que, par nature, il prive du pouvoir de les résoudre ceux qui ont un intérêt réel à le faire.

On remarquera aussi, en passant, qu’à ceux d’entre nous qui avaient lu ce journal à une autre époque, ou sur d’autres sujets (8), Philippe Nemo (9), spécialiste des médias en plus d’être l’historien des idées que l’on sait (10), avaitrécemment révélé que les subventions déguisées et le recrutement idéologique avaient fini par introduire au quotidienLe Monde des journalistes paresseux et incultes.

(8) Cf. par exemple http://www.amazon.fr/gp/search/403-8448434-0021251?searchalias=stripbooks&field-author=Hartmann%2C%20Florence.

(9) Cf. http://www.turgot.org/a36-Philippe_Nemo.html

(10) Cf. par exemple, Histoire des idées politiques aux temps modernes et contemporains, PUF, Coll. « Quadrige », 2002 et 2003 (Prix du livre libéral 2002) et de Histoire des idées politiques dans l’Antiquité et au Moyen Age, Coll. « Fondamental », PUF, 1998, (Prix Koenigswarter de l’Académie des Sciences Morales et Politiques, 1999).

Mais on ne savait pas qu’ils vivent dans un « univers parallèle » (cf. ci-dessous): M. Andréani ne décrit-il pas une France « dominée par les idées libérales » – c’est-à-dire sans doute une France où l’État, par exemple, aurait cessé d’appauvrir les pauvres ou de censurer les libéraux, et où, comme dans les pays véritablement démocratiques, une sauvegarde constitutionnelle contre le « conflit d’intérêts » interdirait aux fonctionnaires de faire de la politique –. C’est ce discours d’une société française qui devrait ses problèmes à « la domination libérale » qui choque le plus les libéraux en France et dans le monde entier : ils savent quels efforts sont faits pour les marginaliser (11) et, s’il a seulement cherché à s’informer, n’importe qui peut se rendre compte que la France est au contraire l’un des pays les moins libéraux au monde, l’un des les plus taxés et réglementés.

(11) Cf. interview de Bertrand Lemennicier par Le Québécois libre intitulée « L’implosion étatique et l’avenir du libéralisme en France » disponible sur http://www.quebecoislibre.org/000401-8.htm

Étant donné que l’article exprime par ailleurs une ignorance de l’économie et de l’histoire pour le moins saisissante, il a trouvé (12) et trouvera des réfutations adéquates.

(12) Cf. http://www.pageliberale.org/?p=1448.

A cet égard, en voici trois qui valent la lecture car elles proviennent respectivement de Belgique, des États-Unis et de France, et éclairent l’étendue du mal : l’une a été écrite par Drieu Godefridi, directeur de l’Institut Hayek (13), l’autre par Philippe Lacoude, Français émigré aux États-Unis (14), co-auteur en 1996 de Action ou taxation (15), et la troisième par François Guillaumat, de l’Institut Turgot (16).

(13) Cf. http://www.fahayek.org/

(14) Français qui, comme de plus en plus d’autres, a choisi de ne pas demeurer « esclave de ceux qui [avaient] décidé de vivre à [ses] dépens » – et par ailleurs « économiste qui doit savoir de quoi il parle », puisqu’en 1996, il est un des co-auteurs de Action ou taxation, (Éditions Slatkine, Paris),. Cf. http://www.lacoude.com/portal/DesktopDefault.aspx

(15) Un des livres les plus importants qui soit paru sur l’impôt au cours des dernières années. Cf. http://www.lacoude.com/docs/public/Content.aspx?Content=59

(16) Cf. http://www.turgot.org/quisommesnous.php

3. Réaction d’outre Quiévrain

Directement mis en cause par l’article du Monde, Drieu Godefridi a répondu par la réaction – non publiée par le journal – reproduite ci-dessous.

N’ayant pas trouvé le miroir qu’il fallait traverser pour accéder à la France « libérale » qu’évoque M. Andréani, il décrit celle qu’il observe depuis Bruxelles.

Cher Jean-Louis Andreani.

J’ai lu avec intérêt votre papier « France solidaire et France libérale » dans Le Monde daté du 15 juin 2006. En tant que responsable de l’institut Hayek, que vous avez la gentillesse de placer à l’avant-garde du combat pour le libéralisme, je voudrais réagir.

Je partage votre constat sur la déliquescence de la société française : absence de projet collectif, angoisse sociale, solidarité en lambeaux, etc.

Rien de très original : des libéraux aux communistes, en passant par les « Guignols de l’info », tout le monde est d’accord : la France va mal.

J’ai un peu plus de difficulté, vous l’aurez deviné, avec votre analyse des causes de la descente aux enfers, que vous imputez à la « victoire des idées néolibérales, à partir des années 1980 ». C’est une thèse intéressante, et qu’il n’est pas rare de lire.

Elle n’en est pas moins désopilante : la « victoire des idées néolibérales » en France serait ainsi concomitante de l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand.

Taxer les politiques socialo-communistes de libérales, n’est-ce pas récrire l’histoire ? Vint ensuite Jacques Chirac. De l’avis de tous ceux qui se sont intéressés à son long parcours, M. Chirac a défendu toutes les opinions et politiques possibles, sauf une : il n’a jamais été libéral. N’est-ce pas lui qui, récemment encore,

vouait aux mêmes gémonies le communisme et le libéralisme ?

Il n’y a tellement pas eu de victoire des idées libérales en France que – vous l’aurez sans doute observé – lors de la récente campagne référendaire sur le projet de traité constitutionnel européen, les partisans du « non » n’ont cessé de communier dans un même credo : l’abomination de cet « ultralibéralisme » qui, à les en croire, maintiendrait la France au fond du cul-debasse-fosse économique et social où elle semble devoir croupir pour l’éternité et dont le projet européen ne serait qu’une figure.

D’Olivier Besancenot à Jean-Marie Le Pen, en passant par MM. Fabius, Mélenchon, Emmanuelli ou Chevènement, sans oublier Villiers et les communistes, il n’y a pas un seul partisan du non qui ne se soit empressé de porter leprojet sur l’autel sacrificiel du dieu Antilibéral, au pied duquel, le fait mérite d’être relevé, les « nonistes » retrouvaient d’ailleurs leurs adversaires partisans du « oui » tentant quant à eux de convaincre les Français que la constitution européenne était le meilleur rempart contre le libéralisme. Tout cela lors même que le projet européen est, par essence, favorable aux échanges économiques : c’est assez dire que le débat était quelque peu surréaliste.

Commeje l’écrivais dans Les Échos au lendemain de la victoire du « non », cette communion fraternelle des « nonistes » et des « ouistes » dans l’antilibéralisme frénétique est révélatrice de l’invraisemblable ivresse idéologiquedes élites françaises. Quand vous déplorez, par exemple, que « seul le marché gouverne l’accès au logement », ce n’est pas sérieux. Faut-il rappeler que les banlieues françaises, désormais célèbres dans le monde entier, sont hérissées de ces logements sociaux qui firent, longtemps, la fierté de la gauche ?

Se figurer que la France doit ses 10 % de chômeurs (un jeune sur quatre), sa croissance cadavérique, l’échec lamentable de toutes ses « politiques de l’emploi » (un oxymore), la multiplication des zones de non droit,

l’hyperinflation de son appareil étatique et l’hypertaxation qui en est le corollaire nécessaire, la déliquescence de son enseignement et le caractère irréformable de tout ce qui touche aux droits acquis à un excès de libéralisme relève de la plaisanterie ou de la psychiatrie.

Sans en référer immédiatement à l’exemple du grand Satan américain (qui comme le savent tous les Français, fait payer ses succès économiques à des millions d’Américains qui vivent entre la famine et la prison), traversons la Manche, constatons des données que même le radical-socialiste Jacques

Chirac ne peut nier (4 %, de chômage et de croissance) et posons la question : les Britanniques doivent-ils ces succès à plus, ou à moins de libéralisme ?

Observez qu’en dehors des frontières, jamais personne n’aeul’idée saugrenue de qualifier la France de « libérale ». Libérale, la France meurt de ne l’être pas.

Que proposent les libéraux ? De mesurer les politiques menées depuis trente ans à l’aune de leurs résultats, et non du tourbillon de bonnes intentions qui a présidé à leur mise en oeuvre. Les politiques de l’emploi, j’en parlais, difficile de contester qu’avec trois millions de chômeurs, l’échec est cuisant.

Les politiques de relance, d’« accompagnement de la croissance », etc., jugez en : depuis une vingtaine d’années, la croissance économique française est de moitié inférieure à la croissance américaine. A ce rythme-là, le niveau de viedes ménages américains sera bientôt le double des ménages français. Les

exemples sont nombreux. Mentionnons l’école, cette autre « institution républicaine » chère à la gauche : les classements internationaux (PISA, notamment) indiquent que le niveau d’instruction des jeunes Français ne cesse derégresser. L’université française s’affaisse, les universités anglo-saxonnes

triomphent. Les cerveaux s’exilent. En fait, c’est toute une génération qui s’exile : un million de Français, en quelques années.

De ces échecs multiples et répétés, ne faut-il pas tenter de tirer les leçons ? D’autant que ces politiques ont un coût, double : d’abord, des taux d’imposition punitifs (la France est le deuxième pays le plus taxé au monde,

encore une marque de ce curieux libéralisme mitterrando-chiraquien).

Ensuite, cette ponction impitoyable des travailleurs et des entreprises détourne des circuits économiques autant de capitaux qui, sans cela, eussent été investis dans la production de richesses, de croissance, donc d’emploi.

Les pays à forte croissance sont faiblement imposés.

En somme, la France a de facto renoncé à la croissance économique pour mener de coûteuses politiques sociales qui sont autant de désastres : joli marché de dupes. Pourquoi ne pas essayer autre chose ? Pourquoi ne pas redonner un peu de liberté et de responsabilité aux citoyens, aux travailleurs et aux entreprises, en les taxant moins, en les règlementant de manière plus souple et intelligente ? Pourquoi ne pas essayer de simplifier

les réglementations existantes (comme l’ont fait par exemple, et avec succès, les socialistes néo-zélandais dans les années quatre-vingt) ? Bien sûr aucun système n’est parfait. Mais quand un système produit le contraire de cepourquoi il a été institué, n’est-il pas temps de le remettre en cause ?

Il y a urgence : non content d’échouer dans la plupart de ses politiques depuis trente ans (école, emploi, croissance…), l’État français renonce de plus en plus nettement à remplir ses missions fondamentales : la protectionde la personne et des biens, le respect du droit. Lorsque le gouvernement régale ses clientèles d’avantages légaux et pécuniaires, il se réveille bientôt avec tous les jours un nouvel intérêt catégoriel à sa porte. Si on a donné au premier, difficile de ne pas donner au second. Qu’il refuse et la « rue » se

déchaîne ; une violence à laquelle l’État n’a plus la force morale de résister.

Depuis vingt ans – le début de cette ère « libérale » que vous dénoncez – le gouvernement français n’a pas su maintenir une seule grande réforme face aux menaces et à la violence syndicales. Est-ce normal dans une démocratie ?

Ne prenons qu’un exemple : la récente affaire de la SNCM. Refusant d’assumer ses responsabilités de patron, l’État français a géré la SNCM (Société Nationale Corse Méditerranée) à coups de subventions – trente mille

euros par salarié, par an – conduisant ainsi la compagnie à une situation de faillite virtuelle. Première lâcheté.

La mission de « service public » de la SNCM étant désormais assurée, mieux et moins cher, par deux opérateurs privés, rien ne justifiait de sauver la SNCMde la faillite. Rien, sinon la peur du « conflit social ». Résultat : l’État y està nouveau allé de « sa » poche, à concurrence de plus de cent millions d’euros

cette fois, en violation manifeste des règles européennes. Deuxième lâcheté.

Mais tout cela n’a pas suffi. Les syndicalistes français vivent dans une réalité parallèle, une réalité où la loi n’existe pas. Le repreneur choisi par l’État ne leur convenant pas, les syndicalistes de la CGT et du STC entamèrent aussitôt un mouvement de grève qui prit rapidement un tour insurrectionnel (séquestrations, destructions de biens, blocus des ports…).

Résultat : l’État céda une nouvelle fois, en faisant entrer dans le capital de

la SNCM l’entreprise que les syndicats exigeaient d’y trouver, et en restant

actionnaire à concurrence de 25 %. Troisième lâcheté.

Même cela n’a pas suffi. Ayant eu l’outrecuidance d’interpeller quatre syndicalistes

coupables de crime aux yeux de la loi, l’État se vit confronté à une flambée

de violence dépassant largement le cadre de la SNCM, paralysant l’économie

corse, menaçant l’approvisionnement de l’île et de la région PACA et se donnant les couleurs de la guérilla urbaine. Nouvelle capitulation de l’État français.

Sans doute voyez-vous dans ce combat la victoire de l’« intérêt général ».

Pas moi. J’y vois le symptôme de la « poltronisation » d’un État aux abois face à des privilèges exorbitants et des méthodes syndicales criminelles que rien ne justifie.

La faillite à laquelle nous assistons est, en réalité, celle de la socialdémocratie à la française.

Une faillite morale, économique, familiale, sociale. Qu’un coup de

chaud balaie la France, et des milliers de personnes âgées meurent, seules,orphelines des solidarités familiales traditionnelles qui n’ont été remplacées que par du vent, des promesses, des « programmes ». La génération mai 68 a détruit, beaucoup, mais elle n’a finalement rien su construire. Le déni de réalité n’y changera rien.

Les deux tâches fondamentales du prochain gouvernement seront

(1) de ramener le syndicalisme français dans le giron de la légalité et de restaurer l’autorité de l’État dans les attributions qui sont sa raison d’être, et

(2) de laisser aux entreprises les moyens d’une franche croissance. La croissance économique n’est pas tout, mais elle conditionne tout le reste.

Ouvrez les yeux, Monsieur Andréani. Quittez votre haine du libéralisme, le temps, au moins, d’essayer de le comprendre. Je vous suggère deux lectures qui ne pourront qu’enrichir votre Weltanschauung :

La route de la servitude (17), par F.A. Hayek, et

(17) Cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/La_route_de_la_servitude

Le droit naturel, ses amis et ses ennemis (18), par Patrick Simon.

(18) Cf. http://www.turgot.org/a151-Le_droit_naturel_ses_amis_et_ses_ennemis.html

Je serais heureux de vous rencontrer à votre meilleure convenance pour en discuter, ou en débattre publiquement avec vous.

Votre bien dévoué,

Drieu Godefridi,

Institut Hayek.

4. Point de vue d’outre Atlantique

Si Philippe Lacoude n’a pas été mis en cause par M. Andréani, l’économiste – doublé du mathématicien qu’il est d’abord – n’a pas résisté au besoin de corriger les erreurs de faits observables et de logique qui parsèment l’article. Ils’inscrit dans la plus pure tradition des économistes français depuis Jean Baptiste Say (1767-1832) et Frédéric Bastiat (1801-1850) tant décriée par les maîtres vraisemblables de notre journaliste.

Cher Monsieur (19).

(19) Ceci est une version légèrement remaniée de la lettre envoyée au Courrier des lecteurs du Monde et non publiée.

C’est la première fois que je prends la plume pour commenter un article du journal Le Monde.

D’abord, je ne lis pas de façon suivie le journal de référence ; ensuite, je suis assez souvent en désaccord avec son contenu.

Cependant, votre articledu15 juin2006« France solidaire et France libérale » m’a beaucoup touché : d’une part, il est un parfait résumé de la crise que traverse la France ; d’autre part, il justifie les huit dernières années de mon existence.

Je me suis trouvé en plein accord sur son constat de départ. La France est bien victime d’une « angoisse sociale multiforme ». Il suffit de descendre de l’avion à Roissy-Charles de Gaulle, après une longue absence hors du pays, pour constater une vérité profonde : les Français sont déprimés, gris et râleurs. Et comme les données sont le pluriel d’une anecdote, pour reprendre le bon mot du Prix Nobel d’Économie Simon Kuznets (20), il est facile de vérifier ce fait : les Français sont les plus gros consommateurs d’anxiolytiques et se suicident à un rythme particulièrement inquiétant.

(20) http://fr.wikipedia.org/wiki/Simon_Kuznets.

Vous attribuez ce triste état à « la victoire des idées néolibérales, à partir des années 1980, [qui] a donné à l’individualisme une justification politique et économique ».

La « France [serait] acquise aux idées libérales ». « [L]’individu [serait] le concept essentiel, la concurrence le meilleur régulateur de la société, la loi du marché une règle intangible et salutaire. » Selon votre éditorial,

« [l]a défense des acquis sociaux ou le refus de la montée des inégalités, l’intervention de la puissance publique dans l’économie sont marquées du sceau de l’“archaïsme”, ou même du “crypto-communisme” ».

Je souhaiterais savoir comment entrer dans cet univers parallèle où vous vivez, parce que j’aimerais bien m’y installer.

D’après l’étude annuelle du magazine d’investissement Forbes, le «Tax Misery & Reform Index » (21), la France se classe en première position, – cocorico ! – comme le pays le plus taxé au monde (sur les cinquante pays étudiés.)

(21) Cf. http://www.forbes.com/global/2006/0522/032.html

D’après le Fraser Institute (du Canada), qui publie chaque année son « Economic Freedom of the World Annual Report » (22), la France se classait loin derrière les autres pays développés : en 38e position en 2003, à égalité avec Chypre, la Grèce, la Jamaïque, le Pérou et l’Afrique du Sud. Juste devant la France, c’est-à-dire un peu plus libres que cette dernière, se trouvent la Jordanie, l’île Maurice, la Corée du Sud, le Portugal, le Botswana et le Salvador.

(22) Cf. http://www.freetheworld.com/release.html

Bref, selon le Fraser Institute, en ce qui concerne la liberté économique, la France, c’est le Pérou.

Pays le plus imposé, la France arrive aussi en première position – recocorico ! comme le plus corrompu de tous les pays développés (23) – ceci expliquant cela – s’il faut en croire une étude publiée par l’ Institute of

Economic Affairs (du Royaume Uni), quelques jours seulement après votre éditorial. Selon la méthode mise au point par l’institut, la France a obtenu 4 médailles d’or de la corruption, loin devant le Japon et l’Italie. Ces pauvresAnglais ont dû se contenter de la quatorzième place.

(23) Cf. http://www.iea.org.uk/record.jsp?type=release&ID=111

Depuis 1998, j’ai eu l’honneur de participer chaque année, d’abord comme employé puis comme consultant, à l’élaboration de l’Index of Economic Freedom (24) de la prestigieuse Heritage Foundation (aux États-Unis).

(24) Cf. http://www.heritage.org/research/features/index/

D’année  en année, chiffres à l’appui, et selon une méthodologie mise en place par des

économistes de renom, dont plusieurs prix Nobel, le rang de la France régresse.

En clair, la France se trouve maintenant en 44e position, loin derrière

la République Tchèque (21e), la Lituanie (23e), l’Arménie (27e), ou la Pologne

(41e). La France ne se remet pas de ses années de crise et les anciens pays

de l’Est lui passent devant.

On peut donc résumer de la façon suivante le prétendu « libéralisme »

dont vous parlez :

– Si vous ne travaillez pas, vous serez payés – au nom de la « solidarité »

– Si vous voulez travailler, vous ne le pourrez pas, à cause des obstacles

tels que la réglementation du marché du travail, voire les interdictions pures

et simples de travailler comme le SMIC pour les plus pauvres, ou alors le dimanche, ou encore les 35 heures.

– Si vous voulez embaucher, vous ne le pourrez pas à cause des barrières bureaucratiques à la création d’entreprises.

– Si vous vous acharnez à passer par-dessus ces barrières, le fisc vous soumettra à ses punitions, brutales et arbitraires, du berceau jusqu’au cercueil.

Bref, en France, il faut être soit fou, soit extrêmement productif pour vouloir travailler : pour obtenir un revenu après impôt comparable à celui d’un Anglais ou d’un Allemand, un Français doit mettre les bouchées doubles.

Et le système français « que le monde entier nous envie » ne laisse aucune place aux travailleurs peu productifs, comme les jeunes ou les gens peu diplômés. Le socialisme français est impitoyable aux faibles (25).

(25) Cf. François Guillaumat sur le site http://www.liberalia.com/htm/fg_voleur_pauvres.htm

Je pense que le problème provient de l’analphabétisme économique dans lequel le monopole de l’éducation a plongé la France.

Dans son livre intitulé Great Economists Before Keynes : An Introduction to the Lives & Works of One Hundred Great Economists of the Past (26), Mark Blaug dénombre au moins deux douzaines de Français (ou de francophones).

(26) Cf. Mark Blaug, http://www.amazon.com/gp/product/1858985714/102-4373235-9832156?redirect=true&v=glance&n=283155

Dans le volume qui lui fait suite, An Introduction to the Lives and Works of Great Economists since Keynes (27), Mark Blaug ne mentionne que deux Français.

Et encore, ces deux Français-là sont singulièrement antilibéraux.

(27) Cf. http://www.amazon.fr/gp/product/1858986923/403-8448434-0021251?v=glance&n=52042011

Ces deux Français ne sont pas Georges Lane (28) ou François Guillaumat (29) que vous mettez en cause dans votre article. C’est pourquoi vous attribuez de « l’extrémisme » à leurs textes respectifs (30) qui ne défendent

guère plus que la liberté de vivre en paix dans une société où les producteurs ne seraient pas les esclaves de ceux qui ont décidé de vivre à leurs dépens.

(28) Cf. son blog : http://blog.georgeslane.fr/

(29) Cf. http://www.liberaux.org/wiki/index.php?title=Fran%C3%A7ois_Guillaumat

(30) Texte de Georges Lane intitulé « Infradéterministe ou ultralibéral », disponible sur http://www.pageliberale.org/?p=1419 et texte de François Guillaumat, que cite Lane, intitulé « Le renard libre dans le poulailler libre », disponible sur http://membres.lycos.fr/mgrunert/renard_poulailler.htm

J’ai la chance d’avoir eu le premier comme professeur et d’avoir le second comme ami. Je peux témoigner du fait que la seule chose qu’ils demandent c’est le droit pour ceux qui produisent de jouir pleinement des fruits de leurs efforts. Ah, si tous les extrémistes étaient là !

Que vous le vouliez ou non, la taille de l’État est le reflet du code moral adopté par la majorité des électeurs. Lorsqu’une majorité de votants a décidé de taxer à plus de 70 % (IR + CSG + TVA + charges sociales + TIPP + ISF)les 5 % d’individus les plus productifs, que dire de leur sens de la justice ?

Comme je vous le disais, votre article du 15 juin 2006 est un parfait résumé de la crise que traverse la France : il faut avoir passé des années au journal Le Monde ou sur les bancs des facs de sciences sociales, pour exprimer en si peu de mots toute l’incompréhension française de ces problèmes.

D’autre part, votre éditorial justifie les huit dernières années de ma vie.

J’ai émigré en 1998, en plein coeur des années Jospin, aux États-Unis. Huit ans, presque jour pour jour, avant que vous ne nous gratifiiez de votre articulet.

Avec une famille à cinq mille kilomètres, on peut avoir des doutes sur ce choix. Grâce à votre article, je sais exactement pourquoi j’ai quitté la France. Merci mille fois !

Avec mes multiples diplômes de haut niveau en mathématiques et en sciences sociales, j’avais envie de pouvoir travailler 60 heures par semaine si bon me semblait. Après des années comme chercheur en mathématiquesappliquées, pourquoi ne rentabiliser mon capital humain que 35 heures par

semaine ? Absurde ! Et pourquoi les centaines de nuits passées devant mon écran à apprendre mon futur métier devraient-elles servir à entretenir des légions de parasites ? – Ah, oui, la solidarité (à sens unique) dont vous parlez.

Après quinze jours de « recherche », un bien grand mot, j’ai décroché mon premier boulot à un salaire évidemment sans comparaison avec celui d’un enseignant-chercheur français. Deux ans plus tard, j’ai fondé ma premièreentreprise.

Si seulement c’était original ! Mais mes amis de thèse sont presque tous partis, eux aussi. Comme F. S., docteur en économie, chercheur dans une prestigieuse université de la côte est des États-Unis. Comme Y. S., docteur en finance, qui n’est pas resté en France malgré une offre de poste de Maître de Conférences, et préside maintenant une compagnie d’assurance de plus de 200 personnes. Ou S. M., doctorant en finance, qui est maintenant Vice-Président d’une grande banque d’affaires à Londres. Ou V. R., docteur en économie, analyste dans une prestigieuse organisation. Ou A. L., Master in Information Systems et Master in Business Administration, qui dirige un département « Applications Financières » pour un employeur connu qui occupe plus de 20 000 personnes.

Ces cas ne sont pas isolés. De nombreux jeunes chercheurs de ma génération ne sont plus en France. Le phénomène est si catastrophique que, peu après mon arrivée en Amérique, en parlant à l’un de mes professeurs, j’ai découvert qu’un des docteurs en mathématiques de mon ancien groupe de recherche habitait à quelques kilomètres de mon domicile ! La personne avait émigré en même temps que moi et atterri presque au même endroit !

S’il vous plaît, continuez, vous êtes sur la bonne voie ! Les Français expatriés ont besoin qu’on les amuse de temps en temps. Quant aux autres, ils pourront toujours aller prendre un peu plus d’anxiolytiques.

Très cordialement,

Philippe J. Lacoude.

5. Et en deçà des Pyrénées…

Comme Drieu Godefridi, François Guillaumat a été mis en cause par M. Andréani. Mais il n’a pas suivi la même démarche : voici ci-dessous le courriel qu’il a envoyé à M. Robert Solé, médiateur du quotidien Le Monde (31).

(31) L’adresse internet est : Mediateur@lemonde.fr (sole@lemonde.fr)

Cher M. Solé,

J’ai craint, à lire « France solidaire et France libérale » de M. Jean-Louis Andréani, (Le Monde daté du 15 juin 2006), que l’auteur ne donne une fausse impression de propos qu’il a extraits d’un de mes articles, publié en 1987, sur la différence entre le pouvoir politique et le pouvoir économique, ainsi que des réflexions récentes de M. Georges Lane sur la relation actuelle du socialisme vis-à-vis du déterminisme dont ses normes dépendent, alors que les scientifiques n’y croient plus.

L’auteur est entièrement passé à côté de ce qu’entendaient démontrer l’un comme l’autre texte, à tel point que je doute vraiment qu’il ait pris la peine de les lire, et c’est ainsi que, si les citations qu’il en tire ne sont pas falsifiées, il les présente dans le cadre d’une fausse alternative où il leur fait dire ce qu’elles n’ont jamais voulu dire.

Il y raisonneeneffetcommetousnoshommespolitiques, quinesemblent pas pouvoir imaginer d’autre « solidarité » que celle qu’ils organisent et qu’ils imposent.

Cela le conduit à nous prêter des opinions contraires aux nôtres, en particulier que nous ne reconnaîtrions ni solidarité ni bien commun entre les membres de la société. Or, le libéralisme ne consiste pas à affirmer que ceux-ci n’existent pas, mais qu’ils ne peuvent pas naître de la violation des Droits individuels.

Nous représentons donc un troisième terme à l’alternative de M. Andréani, solution qui se fonde sur la solidarité et l’organisation volontaires, non forcées, et sur un bien commun défini par le fait que tout le monde peut le reconnaître comme tel au lieu qu’il soit un concept flou et un prétexte automatique que les puissants brandissent pour s’imposer aux faibles.

Comme il paraît que votre journal prévoit, au-delà de ce que la légalité appelle « droit de réponse », de donner la parole à ceux qui souhaiteraient corriger une fausse information ou une fausse impression, je me permets de vous faire parvenir ces quelques considérations, dans l’espoir que vous puissiez en porter au moins l’essentiel à la connaissance de vos lecteurs.

En vous remerciant d’avance,

François Guillaumat

« Introduction à la solidarité libérale

 

Je peux au moins me réjouir que l’article de M. Andréani, avec ses mots de socialiste qui se pense démocrate, nous présente, Georges Lane et moi, comme représentatifs d’un libéralisme cohérent, d’autant plus que son auteur ne semble pas avoir une connaissance approfondie de la question. En effet, le libéralisme n’est pas “dominant” en France, il y est proscrit : l’État n’y permet évidemment pas à ses partisans de vivre suivant leurs convictions, et ses monopoles, notamment universitaire, y sont faits pour les empêcher de parler.

Le libéralisme n’est pas une doctrine économique inventée au XVIIIe siècle par Adam Smith fonctionnaire des douanes, mais la morale sociale du Décalogue (“tu ne voleras pas, tu ne mentiras pas, tu ne désireras pas injustement le bien d’autrui, etc.”) que tout le monde reconnaît dans sa vie quotidienne, et une

tradition politique dont les premiers écrits remontent au moins à Lao Tseu.

Cette tradition politique libérale n’oppose pas la défense des Droits individuels

à un ou plusieurs biens communs qu’elle rejetterait : elle la tient au

contraire, à partir des derniers Scolastiques, pour leur condition nécessaire :

c’est ainsi que la véritable solidarité est libérale et non étatiste. »

« Les intérêts personnels poursuivis par les êtres humains dans le respect des lois naturelles de la propriété et de la responsabilité de chacun, sont harmonieux et […] leur ensemble constitue […] l’intérêt général réel de la société »

(Georges Lane, « Infradéterministe ou ultralibéral », http://www.pageliberale. org/?p=1419, deux paragraphes en-dessous de celui que cite M Andréani).

La Déclaration des Droits de l’homme et du Citoyen du 26 août 1789

reflète, imparfaitement, ces conclusions établies plus d’un siècle auparavant,

même si ces Droits, la Révolution française les a surtout massivement violés.

Et s’il est vrai que la « solidarité » des étatistes divise la société en deux

camps, il n’y en a pas un qui serait « solidaire » et l’autre pas, et ils ne sont –

malheureusement – pas séparés : il y a un camp qui s’impose par la force à

l’autre, lequel voudrait bien échapper à ses confiscations, interdictions, et vexations

destructrices, et ne le peut pas sans fuir le pays.

Ne pouvant pas imaginer que les fausses représentations de M. Andréani

soient délibérées, j’y vois plutôt un reflet malencontreux de ce discours orwellien

des étatistes contemporains qui font tout pour qu’on ne puisse pas imaginer la

solidarité sociale en-dehors de leur redistribution politique. C’est pourquoi il peut

paraître utile de montrer comment cette redistribution détruit, alors que le libéralisme

réalise le bien commun et la solidarité sociale. […]

Le 11 mars 1984 à TF1, sur le plateau de l’émission 7 sur 7, devant les

journalistes Erik Gilbert et Jean-Louis Burgat et quelques millions de téléspectateurs,

Serge Gainsbourg brûle aux trois quarts un billet de 500 Francs pour

montrer ce qui lui reste après que le « racket des impôts » est passé, en commentant

ainsi : « Faut pas “déconner”, c’est pas pour les pauvres, c’est pour le

nucléaire. »

En 1985, lors du « Jeu de la vérité », il signera un chèque de 100 000 francs

au profit de « Médecins sans frontières ».

De ces deux gestes, qu’il renouvellera par la suite, nous tirerons quatre leçons :

1) On ne peut pas empêcher ceux à qui on prend les trois quarts des fruits

de leur travail – et cela arrive très vite : quel est le smicard qui sait que la Sécurité

sociale lui prend déjà la moitié de son salaire ? – de se juger opprimés, et asservis,

par un État qui, avec ses impôts qui ne visent qu’eux – les impôts de la haine –

en fait des Untermenschen de la République. Qu’une société politique qui persécute

une minorité et la diffame, en raison même du fait qu’elle produit plus que les autres, ne peut pas prétendre servir un quelconque bien commun. Pour qu’un bien soit véritablement commun, chacun doit pouvoir y reconnaître son bien propre, et il ne peut plus l’être, commun, à partir du moment où les uns nient le Droit, c’est-à-dire l’humanité commune des autres, sous prétexte de le réaliser.

2) Même alors que l’État vous asservit aux trois quarts sous prétexte de

« solidarité sociale », il ne réussit pas à vous rendre indifférent au bien d’autrui ;

la « solidarité » forcée ne tue pas la solidarité naturelle, malgré tout ce qu’elle fait

pour la priver de ses moyens.

3) Par définition ce sont les puissants qui imposent la redistribution politique,

et c’est aux faibles qu’ils l’infligent ; et l’on croirait moins à ses vertus

« solidaires » si l’on gardait ces axiomes-là à l’esprit. Dans « Voleurs de pauvres

» (32), j’ai énuméré quelques politiques dont l’opinion croit qu’elles profitent aux pauvres alors qu’elles leur nuisent : salaire minimum, logements sociaux, garanties de prix agricoles, subventions aux transports, retraite par répartition,subventions à la culture, « gratuité » de l’enseignement, impôts sur les sociétés et plus généralement impôts contre l’épargne.

(32) Cf. http://www.liberalia.com/htm/fg_voleur_pauvres.htm

J’y décrivais les principes et les premiers procédés de l’illusion fiscale, expliquant pourquoi les hommes publics n’ont aucune idée des effets réels de la redistribution politique et aucun intérêt à les connaître, a fortiori, l’opinion. Sur ce sujet, je publierai bientôt L’illusion fiscale, où j’expose le résultat actuel de mes recherches.

4) Parmi les effets de cette illusion fiscale figure le fait qu’on n’a pas encore tiré la quatrième leçon qui est que Serge Gainsbourg aurait bien pu brûler la

totalité du billet, pour illustrer non pas ce que la redistribution politique lui laisse

de son argent, mais ce qu’elle en fait. En effet, les puissants n’y sont solidaires

– entre eux – que pour prendre aux faibles. En revanche, pour partager ce qu’ils leur auront pris, ils se disputeront forcément ; dans « La Loi de Bitur-

Camember », nous affirmons qu’un raisonnement économique correctement

mené – tenant compte de toutes les tendances vers l’équilibre – doit conclure

qu’ils dissiperont l’équivalent de la richesse redistribuée au cours des efforts faits

pour s’en emparer.

Les lois universelles de la concurrence font donc disparaître les profits de

la redistribution politique, et cela amène à détruire l’équivalent de ce dont elle

s’empare. C’est parce que cela devient d’ailleurs trop visible que les nostalgiques du Front populaire, où l’illusion pouvait encore demeurer à ce sujet, ne croient plus aux lendemains qui chantent.

Face aux vaines destructions de la fausse solidarité forcée, demeurent les vraies solidarités, lesquelles constituent la société civile.

Dans la réalité, on est solidaire lorsqu’on a des intérêts communs. Et cette solidarité-là est inhérente à la nature humaine, parce que nous ne pouvons éviter d’affronter ensemble toutes sortes de défis, qu’on nous les impose ou que nous ayons choisi d’y participer. […]

Aucun être humain ne peut naître ni survivre si au moins une personne

n’identifie pas son bien propre avec le sien. L’humanité n’existerait pas sans

cette solidarité « par la nature », où chacun donne et reçoit à son tour en vertu

des engagements et des affections qui constituent la famille, dont chacun reconnaît

le maintien comme un véritable bien commun, à la fois parce qu’il en

dépend, et parce qu’elle sert authentiquement chacun de ses membres singuliers,

seuls êtres pour lesquels la notion de « bien » puisse avoir un sens.

Autre forme de solidarité naturelle, celle-là imposée par les circonstances

lorsque le groupe fait face à un danger commun : chacun sait que la préservation

de ses biens, voire de sa vie, dépend des engagements que chacun a pris pour

la sauvegarde commune. Les experts militaires ne doutent pas que cette solidarité-

là est inscrite dans les gènes, quand ils voient la force des obligations que

ressent vis-à-vis des autres chaque membre d’un groupe de combat. […]

Quiconque voit ses semblables dans le besoin est capable de s’imaginer

à leur place, voire de comprendre qu’il pourrait bien un jour s’y retrouver ; c’est

une raison de plus pour que, dans les groupes plus larges, des pratiques

d’entraide se développent, qui peuvent à la longue se transformer en institutions

traditionnelles : le Docteur Patrice Planté citait récemment les Hospices de

Beaune comme témoignage de cette entraide efficace et raffinée, et qui présente

en outre cet autre aspect fréquent, qu’on retrouve dans les églises, de la solidarité

sociale comme aspect annexe d’une production principale.

Cependant, on peut juger nécessaire de former des solidarités plus vastes

encore, face à des défis de plus grande ampleur. C’est alors que se développent

les contrats, engagements plus ou moins longs, plus ou moins formels, où chacun s’engage à fournir un service, et assumer avec lui une partie des aléas d’une organisation commune créée à cette fin.

Ces innovations introduisent dans la solidarité un changement moral dans la mesure où, même s’il les inspire aussi, le sentiment y est moins nécessaire pour que cette solidarité existe : on aide les autres parce qu’on s’y est engagé, parce que c’est leur Droit, et parce qu’on reconnaît que c’est l’intérêt de tous.

[…]

On pense naturellement, parce que c’est là que c’est le plus clair, aux

sociétés d’assurance mutuelle, organisées à partir du XVIIIe siècle pour mettre

en oeuvre de nouvelles techniques de définition, de diversification et de réappropriation

des risques.

On sait moins que les marchés organisés, dits « spéculatifs », jouent le même

rôle : en découpant et en recomposant les droits de propriété, ils mettent au

point des contrats ajustés aux besoins de chacun, en lui permettant de diversifier

son risque, de l’échanger et de le gérer indépendamment de l’épargne.

On reconnaît encore moins que ce sont tous les marchés qui établissent

cette solidarité entre les hommes, en les confrontant à une rareté commune,

parce qu’ils mutualisent les aléas auxquels ils sont exposés.

Turgot (1727-1781), à la suite de Cantillon (1680-1734) le plus grand

économiste du XVIIIe siècle, avait bien compris que c’est en établissant la liberté

du commerce et du stockage des grains qu’on ferait disparaître les pénuries et

les disparités de prix dans l’espace et le temps, et avec elles la faim des hommes : car le spéculateur ne peut gagner que s’il achète où et quand le grain est abondant et bon marché, et vend où et quand il est rare et cher, et il n’a intérêt às’arrêter que si les différences de prix ne reflètent plus que les coûts de transport et de stockage.

Turgot s’était heurté à l’époque à l’égoïsme criminel et stupide des monopoleurs en matière de grains ; le même égoïsme est à l’oeuvre aujourd’hui, notamment en matière d’emploi, et son masque est la « solidarité sociale »étatiste.

« Les 35 heures » constituent un exemple pédagogique de la fausse solidarité

à la place de la vraie. Pour que ceux qui ont un emploi se poussent assez

pour admettre les chômeurs en leur sein, il leur suffirait de reconnaître qu’en

tant que membres, comme eux, de l’espèce humaine, ils ont le droit de proposer

leurs services sans en demander la permission. Ils trouveraient alors un emploi

au prix d’une légère baisse générale des salaires, que l’approfondissement des

échanges et autres progrès de la productivité inverseraient rapidement.

Mais les étatistes ne veulent en aucun cas que l’on découvre une « solidarité

sociale » qui passe par la liberté personnelle, et qui réussirait parce qu’elle les

aurait déclarés, eux, inutiles et mêmes nuisibles : alors, à partir d’une glose arithmétique

indigente sur des statistiques, ils ont imposé à la place un prétendu

« partage du travail » qui n’a fait qu’aggraver les choses, en affaiblissant le zèle

des cadres et le revenu des bas salaires, c’est-à-dire la richesse totale dont dépendent

les vrais emplois. […]

En revanche, un des événements les plus encourageants de ces dernières

années est que de nombreux tiers-mondistes se sont rendu compte que le protectionnisme

des pays riches, imposé sous prétexte de protéger les « intérêts

nationaux » (tous les partis tiennent à leurs fausses solidarités infligées par la

force) interdisait aux pauvres de gagner leur vie : ils se sont mis à le dénoncer,

et l’on voit des pays pauvres s’enrichir, parce que la libre concurrence a rendu les riches solidaires des pauvres par la reconnaissance mutuelle de leurs Droits.

Ce progrès semble bien parti, il se fait par à-coups, et d’autant plus difficilement

dans les pays où les étatistes s’accrochent à leur pseudo-solidarité

imposée, et accusent cette nouvelle et vraie solidarité de provoquer des pertes

dont eux-mêmes sont la cause.

En fait, l’enrichissement y est mutuel, aussi sûrement et certainement que

la pseudo-« solidarité » forcée ne profite en fait à personne.

Si les tiers-mondistes, qui ont compté quelques fanatiques dans leurs rangs,

finissent par découvrir la solidarité vraie, celle qui passe par la reconnaissance

mutuelle des Droits, ne peut-on pas espérer que d’autres le fassent à leur tour ? »

6. Le marché médiatico-politique et les sciences

L’article de M. Andréani ne saurait cacher en définitive que, dans la perspective

des prochaines élections présidentielles (qui doivent se tenir en mai 2007

à moins que…) où, de fait, il s’inscrit, une question et une seule se pose aux

Français : veut-on que l’État de France ait pour Chef, un « (infra)déterministe »

ou un « (ultra)libéral », étant donné tout ce qui découle des actions qu’a la capacité

institutionnelle de mener le personnage en question, une fois élu ?

Il y a soixante dix ans (1936), et si la Constitution d’alors avait disposé que

le Président de la République devait être élu au « suffrage universel » comme il

l’est désormais, la question eut été : voulez-vous que la France ait un président

« socialiste » ou un président « libéral » ? On soulignera en passant qu’en 1945,

dans son ouvrage intitulé L’ordre social, Jacques Rueff (1896-1978) a donné

une réponse générale à la question : « soyez libéraux, soyez socialistes, mais ne

soyez pas menteurs » (33).

(33) Réédité dans Claassen, E.M. et Lane, G. (ed.) (1981), OEuvres Complètes de Jacques Rueff, tome 4 : L’ordre social, Plon, Paris, p. 650.

Pourquoi cette évolution implicite du libellé de la question ?

 

A cette interrogation, on répondra que ce n’est certes pas parce que le

régime institutionnel de France est passé de la IIIe à la Ve République.

C’est d’abord, et d’une part, car des scientifiques dans des disciplines autres que l’économie (34) ont porté des coups imparables au prétendu « principe universel » que serait le « déterminisme » (35).

(34) Laquelle ne sera pas considérée dans ce cas comme une science de référence.

(35) Cf. François Lurçat (1995), L’autorité de la science, Cerf, Paris, et (2003), De la science à l’ignorance, éditions du Rocher, Paris.

Il convient de citer à cet égard les travaux de James Clerk Maxwell (1831-1879) et ceux de Henri Poincaré

(1854-1912) qui en ont fait apparaître les premières limites. D’autre part, dans

la décennie 1960, quand Edward Lorenz, grand météorologue, a présenté des

travaux qui ont redécouvert les résultats de Poincaré sur l’existence des solutions

instables pour des systèmes d’équations d’intérêt physique, la situation est

devenue intenable aux déterministes. L’émergence de la théorie mathématique

dite « du chaos » venait d’avoir raison de leur totalitarisme. Après avoir été séparé

du déterminisme métaphysique, le déterminisme non métaphysique a ainsi éclaté

en plusieurs sous-déterminismes – en mathématique, en physique, etc. –, en un

« pluralisme ontologique » (36) que je dénommerai, pour ma part, « infradéterminisme

», dans le but d’insister sur la dégradation ou sur le recul… que les

prosélytes ont opéré par rapport à leur totem.

(36) Pour reprendre l’expression de François Lurçat, 2003, p. 105.

C’est ensuite parce qu’en agissant ainsi, les scientifiques en question ont

conforté, sans le savoir (37), des argumentations d’autres scientifiques, des économistes

ceux-là, tels que Frédéric Bastiat, Ludwig von Mises (1881-1973), Jacques

Rueff ou encore Friedrich von Hayek (1899-1992).

(37) Dans ses beaux livres cités, François Lurçat fait certes référence à Léo Strauss, Hannah

Arendt ou Emmanuel Levinas, mais il est muet sur les économistes dont les noms suivent…

Successivement quand ce n’était pas parallèlement, ceux-ci ont débusqué tous les maux qu’il y avait à

attendre des politiques de contrainte, d’oppression, de spoliation, ou de coercition

des hommes de l’État (38) – i.e. du dirigisme succédané du déterminisme

de ces derniers –, des maux à l’évidence contraires aux bienfaits que ces derniers

affirmaient que tout le monde tirerait de la politique qu’ils mèneraient.

(38) Rappelons en passant que, selon Bastiat (1850) :

« Au point de vue économique, la Liberté se rapporte à l’acte de produire, la Propriété aux

produits. – Et puisque la Valeur a sa raison d’être dans l’acte humain, on peut dire que la Liberté

implique et comprend la Propriété. – Il en est de même de l’Oppression à l’égard de la Spoliation. »

C’est enfin qu’aujourd’hui, un certain nombre de gens, « socialistes » dans

l’âme et fermés (39) à toutes ces évolutions, se satisfont de vouer aux gémonies

tous ceux qui ne pensent pas comme eux et estiment y avoir réussi une bonne

(39) Ils sont tellement fermés parfois qu’ils n’hésitent pas à hacher les propos qu’ils rapportent

pour, vraisemblablement, mieux parvenir à leurs fins. Cf. le sort que M. Andréani a fait au texte que

j’ai écrit sur La Page Libérale : http://www.pageliberale.org/?p=1419.

fois pour toutes en étant parvenus à instiller dans le discours quotidien, pour les

stigmatiser, le mot « ultralibéral » et non pas, curieusement, le mot « outre

liberté ». Soit dit en passant, nous écrivons « curieusement » car le simple respect de la langue française eût dû les porter à parler d’« outre liberté » (40)…

(40) L’« outre liberté » étant à la liberté ce que l’« outre tombe » est à la tombe, merci Chateaubriand…

Mais Lurçat nous offre une clé, sans le vouloir, pour comprendre leur choix quand il écrit :

« Il ne s’agit plus seulement de réfuter théoriquement la liberté, mais aussi de la détruire pratiquement par des manipulations médiatiques auxquelles de puissantes techniques, inspirées par des vraies et des fausses sciences prêtentmain-forte » (Lurçat, 2003, p. 104).

7. Conclusion : êtes-vous « (ultra)libéral » ou « (infra)déterministe » ?

Oui, aujourd’hui, en France, il n’y a qu’un seul débat à avoir et l’offre

médiatico-politique dominante refuse de le poser : c’est être « (ultra)libéral » ou

« (infra)déterministe », avoir le droit de vivre « outre liberté » ou en deçà du « déterminisme

», n’en déplaise à beaucoup de gens, à commencer par M. Andreani

qui, dans son article, s’escrime à le faire esquiver en essayant d’y substituer

maladroitement et par avance (41) le miroir d’Alice aux pays des Merveilles.

(41) Il est pourtant central dans le texte de Georges Lane à quoi il se réfère et qu’il hache.

Le débat en question est désormais beaucoup plus riche que celui qui a opposé au Ve siècle Augustin, le futur Saint, aux Donatistes et autres Pélagiens, comme le rappelle Elaine Pagels (1988) dans Adam, Eve and the Serpent (42),

citée par Lurçat.

(42) Pagels, E. (1988), Adam, Eve and the Serpent, Random House, New-York.

Le refus ou la condamnation du libre arbitre de l’être humain

se ramenait alors tout simplement à l’affirmation du déterminisme universel. Et

l’un ou l’autre a pris par la suite diverses formes au cours des âges. En particulier,

il a donné au déterminisme scientifique des oripeaux quand il a pris la forme de la mécanique classique aux XVIIe-XVIIIe siècles pour ne pas rappeler qu’il a permis à Pierre-Simon Laplace (1749-1827) d’affirmer, du haut de son déterminisme absolu, que le hasard était l’expression de l’ignorance de l’être humain.

Comme le laissait prévoir le libre arbitre de l’être humain, comme faisait s’y attendre la perfectibilité de la nature humaine qui s’en déduit et sur quoi ont tendu à insister au XIXe siècle tant Frédéric Bastiat que Alexis de Tocqueville (1805-1859) (43), le débat dans les lignes suivies jadis (44) s’est heurté un beau jour à des obstacles que les thuriféraires du déterminisme n’ont pas eu la capacité de surmonter.

(43) Cf. Lane, G. (2006), « La privatisation de la sécurité sociale », Liberté économique et progrès social, no 114, janvier, pp. 2-16.

(44) Débat qui, en particulier, a consisté à introduire en économie politique fin XIXe siècledébut XXe siècle, les notions de « perfection » ou d’« imperfection », véritables oripeaux du déterminisme.

En dépit des travaux de Maxwell et de Poincaré cités, ils sont

certes parvenus, un temps, au XXe siècle, à faire faire silence dans les rangs de

ce qu’ils ont dénommé la « communauté scientifique », au prix d’une prégnance

croissance de la distinction introduite nouvellement entre « déterminisme physique

» et « déterminisme mathématique », mais aidés aussi par l’ignorance des

totalitaires de tous poils, philosophique, politique, économique, biologique… qui

foisonnaient à leurs côtés. Seulement avec Lorenz et l’émergence de la théorie

mathématique dite « du chaos » dans la décennie 1960, le silence a cédé la place

à des harmonies, de plus en plus nombreuses, sonnant plaisamment aux oreilles

des « (ultra)libéraux ».

Dans ces conditions, et très précisément, l’enjeu du débat politique est aujourd’hui la reconnaissance, ou non, une fois pour toutes, du libre arbitre de vous et moi, du droit de choisir.

C’est par suite l’acceptation, ou non, par le marché médiatico-politique de la conséquence immédiate du libre arbitre, à savoir le refus, ou non, par le citoyen de l’esclavage (45) que lui inflige, de façon croissante, l’offre médiaticopolitique depuis, entre autres, le coup d’état de la création de l’« organisation de la sécurité sociale » obligatoire en 1945.

(45) On rappellera que Bastiat (1850) a écrit dans les Harmonies économiques :

« Et l’Esclavage, qu’est-ce autre chose que l’oppression organisée dans un but de spoliation ? »

Et il a souligné que :

« […] le génie de la spoliation n’enchaîne pas seulement le bras, mais aussi les esprits. Il sait imprimer le fer de la servitude aussi bien sur la conscience de Séide que sur le front de Spartacus, réalisant ce qui semble irréalisable : l’Esclavage Mental. »

Il a remarqué enfin que :

« […] à la longue (ainsi le veut la nature progressive de l’homme), la Spoliation développe, dans le milieu même où elle s’exerce, des résistances qui paralysent sa force et des lumières qui dévoilent ses impostures. Elle ne se rend pas pour cela : elle se fait seulement plus rusée, et, s’enveloppant dans des formes de gouvernement, des pondérations, des équilibres, elle enfante la Politique, mine longtemps féconde. »

Près de cinquante années plus tard, Pareto remarquera, pour sa part, que :

« Ce qui limite la spoliation, c’est rarement la résistance des spoliés ; c’est plutôt les pertes qu’elle inflige à tout le pays et qui retombent sur les spoliateurs. Ceux-ci peuvent, de la sorte, finir par perdre plus qu’ils ne gagnent à l’opération. Alors ils s’en abstiennent s’ils sont assez intelligents pour se rendre compte des conséquences qu’elle aurait. Mais si ce bon sens leur manque, le pays marche de plus en plus à sa ruine, comme cela s’est observé pour certaines républiques de l’Amérique du Sud, le Portugal, la Grèce moderne, etc. » (extrait de Pareto, V. (1896-97),Cours d’économie politique, 2 tomes, dans Bousquet, G.H. et Busino, G. (Éd.), OEuvres complètes de VilfredoPareto, tome 1 : Cours d’Économie politique, Librairie Droz, Genève, nouvelle édition, 1964, § 1049).

C’est, en conséquence, la dénonciation, ou non, des formes atteintes par cet esclavage et, en particulier, celle des plus récentes qui ont donné lieu à la

création du sobriquet « justice sociale » ces dernières années et du sobriquet « égalité

des chances » depuis la loi du même nom (46).

(46) Rappelons que le projet de loi pour l’« égalité des chances », no 2787, a été déposé le 11 janvier 2006 sur le bureau de l’Assemblée Nationale et renvoyé à la Commission des affaires culturelles, familiales et sociales. Ce projet a complété la loi de programmation pour la cohésion sociale du 18 janvier 2005, la loi pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées du 11 février 2005 et le projet de loi relatif à l’égalité salariale entre les femmes et les hommes en débat au Parlement qui sont jugés concourir à la reconnaissance effective du droit à l’égalité des chances. Il comprend ces fameux articles sur le CPE qui ont conduit une partie de la « jeunesse française » à manifester pour leur retrait, retrait longtemps refusé par le gouvernement avant d’être accepté par celui-ci dans des conditions rocambolesque. Il a été voté et promulgué début avril 2006.

Cf. par exemple http://blog.georgeslane.fr/category/Le-retour-de-la-societe-civile/page/15

D’ailleurs, aux yeux de l’« (ultra)libéral », la loi de 2006 sur l’« égalité des chances » ne sera jamais que

le dernier oripeau que les « (infra)déterministes » ont trouvé pour habiller leur doctrine constructiviste insoutenable (47) et tenter de la faire perdurer, i.e. pour cacher la coercition quotidienne qu’ils exercent sur leurs semblables (48) et leur refus de la perfectibilité de la nature humaine.

(47) Souvent Alan Greenspan, l’ancien Président de la Banque Fédérale de réserve des États-Unis, a été pris à dire à la suite d’une conférence que ceux qui avaient compris ce qu’il venait d’exposer étaient très forts car lui-même ne l’avait pas compris. Et maints journalistes ont glosé, « négativement » sur le propos. Ils auraient du savoir qu’en s’exprimant ainsi, il ne faisait que reprendre un leitmotiv récent des physiciens spécialisés en mécanique quantique qui consiste à dire qu’ils ont renoncé à comprendre ce qu’ils font, qu’ils sont à des limites du « déterminisme physique ».

(48) On ne saurait trop souligner qu’après avoir été centrées au XIXe siècle et dans la première partie du XXe siècle sur la « redistribution des revenus » ou sur la « redistribution du capital », les nouvelles formes tournent autour de ces derniers foyers en s’y juxtaposant, à la suite des lois qui les ont construites, en particulier la « loi Gayssot » – qui limite la liberté d’expression ! – et la loi qui a inclus dans la Constitution de la Ve République le prétendu « principe de précaution » – qui met en pièces à la fois la liberté et la responsabilité de vous et moi –.

OPINIONS/OPINIONS/OPINIONS/OPINIONS/OPINIONS/OPINI

Pascal SALIN

LE PROGRAMME SOCIALISTE : DES ILLUSIONS DESTRUCTRICES

En lisant le programme que vient de présenter le parti socialiste dans la perspective des élections présidentielles, on croit être victime d’hallucinations et l’on se trouve brutalement plongé dans le climat

d’illusions idéologiques qui a entouré la venue au pouvoir de Mitterrand. Décidément, les socialistes français n’ontrien appris, n’ont rien compris, n’ont pas vu les mutations profondes et rapides qui se produisent audelà

de nos frontières.

Le fameux modèle social français a conduit notre pays à une situation catastrophique. La croissance est faible, le chômage élevé, le déficit budgétaire et la dette accumulée font peser de lourdes charges sur les générations à venir,

les jeunes les mieux formés ou les entrepreneurs les plus doués n’ont pas d’autre

issue que de quitter leur pays, la société est fracturée entre de multiples catégories

antagonistes. Oui, vraiment, le modèle social français a fait faillite de manière

spectaculaire. Et c’est ce moment que choisissent les socialistes français pour

proposer de le développer encore plus !

Ne sachant rien faire d’autre que de dépenser de l’argent, ils proposent

tout un catalogue de mesures démagogiques et ils restent prudemment dans le

flou pour en évaluer le coût et en préciser le financement. Les premières estimations

du chiffrage de ce programme se situent entre 34 milliards d’euros pour

cinq ans (évaluation de François Hollande) et 100 milliards d’euros (évaluation

de Thierry Breton). N’ayons pas la prétention de vérifier ces chiffres qui seront

abondamment discutés par toutes sortes d’experts en comptabilité. Remarquons

simplement qu’il paraît absurde de dépenser une douzaine de milliards d’euros

pour renationaliser à 100 % EDF, probablement à seule fin de faire plaisir à la

toute-puissante CGT ; ou de construire 120 000 HLM par an, alors qu’il

conviendrait de libérer la propriété privée.

Quel que soit le chiffrage exact du programme socialiste, il représente une

augmentation spectaculaire des dépenses publiques, alors que l’urgence impliquerait

au contraire de les réduire afin de diminuer la dette publique et de faciliter

une réduction drastique de la pression fiscale qui constitue le seul moyen –

avec la déréglementation – de retrouver la prospérité ! Comment les socialistes

comptent-ils financer ces augmentations de dépenses ? Ils ont pour cela

deux bonnes recettes : la première consiste, bien entendu, à augmenter les

impôts, en particulier en taxant les revenus les plus élevés et les profits et en

rendant la CSG progressive par son intégration à l’impôt sur le revenu ! Quant

à la deuxième, elle relève de la pure incantation puisqu’on compte sur une accélération

de la croissance. Par quel miracle pourrait-elle se produire ? Les socialistes

se gardent bien de l’expliquer. Leur seule présence au pouvoir pourrait-elle

avoir un tel effet stimulant ? Ou faut-il y voir une fois de plus quelque mystique

économique d’inspiration vaguement keynésienne consistant à penser – contre

toute véritable logique – qu’il suffit de distribuer du pouvoir d’achat (le SMIC à 1 500 euros…) pour que la consommation constitue un facteur de relance économique ?

En réalité, la croissance ne peut venir que d’une restauration des incitations

à produire, à travailler, à épargner. Mais ceci implique une décrue fiscale profonde

et rapide, en particulier la diminution ou même la suppression de la progressivité

de l’impôt sur le revenu, la suppression de l’ISF et des droits de succession,

l’introduction de la concurrence dans l’assurance-maladie, etc. Même

si cela peut sembler paradoxal, c’est la baisse des impôts et non leur augmentation

qui permettrait de rééquilibrer les comptes publics, grâce à son action

positive sur l’activité économique. Comme l’écrivait déjà Frédéric Bastiat en

1849, même s’il y a un déficit, il faut diminuer les impôts car « ce n’est pas

hardiesse, c’est prudence ».

Ce programme a tout faux. Il compte sur la croissance pour équilibrer les comptes, alors que tout est fait pour la freiner ! Mais au-delà du chiffrage, il est

clair que les socialistes français ne sont pas arrivés à se débarrasser d’un mode

de pensée de type marxiste. Ils sont, en cela, des dinosaures de la pensée et de

l’action politique. Dans leur vision dichotomique et simpliste de la société française,

il y a les spoliateurs et les spoliés. A la première catégorie appartiennent évidemment les capitalistes dont les profits proviennent de l’exploitation des travailleurs. Il conviendrait donc que l’État rétablisse l’équilibre en protégeant lesseconds et en pratiquant une politique de redistribution à grande échelle. Incapables

de se renouveler – contrairement à tant d’autres – les socialistes français restent habités par les fantômes de Marx et de Keynes, ces deux auteurs à qui l’on doit certains des pires ravages du XXe siècle. Il n’y aurait pas de plus granddrame pour tous les Français que de retomber dans leurs griffes.

(Figaro Magazine du 17 juin 2006)

BONNES FEUILLES

Michael NOVAK

LA VOCATION D’ENTREPRENDRE (1)

(1) Extraits de « Business as a Calling », chapitre IV, New-York, « The free press », 1996, à paraître dans une traduction de Raoul Audouin.

La Démocratie, a dit un jour Winston Churchill, est le plus mauvais système de gouvernement, à l’exception de tous les autres. L’on peut en dire à peu près autant du capitalisme. Ce n’est pas un système en honneur auprès des poètes, des philosophes, ni des prêtres. Par moments, il a paru romantique à la jeunesse, mais peu souvent.

Le capitalisme se recommande surtout aux gens d’âge moyen, une fois qu’ils ont quelque expérience

du traitement que l’Histoire inflige aux plans humains.

Pour être reconnaissant au capitalisme, il n’est pas besoin de le célébrer exagérément.

Mes recherches se situent dans les champs de la théologie et de la philosophie.

Me plaçant dans la perspective de ces disciplines intellectuelles, je ne souhaite pas que l’on pense qu’un quelconque système au monde soit le Royaume de Dieu. Le capitalisme ne l’est pas. La Démocratie ne l’est pas. La combinaison des deux non plus. Le mieux que l’on puisse dire à leur sujet (et c’est très suffisant) est qu’un alliage de capitalisme, de démocratie et de pluralisme fournit une meilleure protection des droits, des potentialités et de la conscience des citoyens ordinaires

– de tous les citoyens – qu’aucune autre formule connue. […]

Mais qu’est-ce que le « capitalisme » ?

[…] Posez-vous la question « le capitalisme, qu’est-ce ? » et prenez cinq

minutes pour vous assurer que vous avez une réponse défendable. Si vous faites

comme la plupart des personnes à qui j’ai posé la question au long des quinze

dernières années, vous hésitez, prenez votre élan et sauvez la face en disant :

« Je sais ce qu’est le capitalisme, mais je n’arrive pas à le définir. »

Vous n’êtes pas le seul…

Dans l’histoire de l’humanité, le capitalisme est un système nouveau. Max

Weber pensait qu’il a pris corps seulement quelques générations après la

Réforme protestante, bien qu’il ait eu des précurseurs. R.H. Tawney estimait

aussi que c’est un nouveau venu. A mon avis, ces deux savants, et bien d’autres,

ne se faisaient pas une idée exacte de l’essence du capitalisme, mais ils avaient

tout à fait raison de penser que le terme récent capitalisme vise seulement un

système qui n’est apparu que dans les deux cent dernières années.

En 1848, Karl Marx s’émerveillait de la nouveauté et de l’ampleur de cette

nouvelle chose : « La bourgeoisie, pendant son règne d’à peine cent ans, a créé des

forces productives plus massives et colossales que toutes les générations antérieures

prises ensemble. » En 1848, il n’en pouvait voir que la moitié et encore !

Nombre de lecteurs sans doute ne se rendent pas compte que Karl Marx a

donné du capitalisme – système qu’il détestait passionnément – sa définition

désormais classique, que j’ai retrouvée identique à quelques mots près, dans sept

dictionnaires de la langue anglaise. Tous mentionnent trois éléments : un système

d’échanges par le marché, de propriété privée et d’accumulation privée ou de

profit. Sachant l’animosité de Marx envers le capitalisme, pourquoi devrionsnous

accepter cette définition ? Elle est contraire à l’évidence empirique.

Marché, propriété privée et profit étaient déjà présents aux temps bibliques.

A partir de 1750 environ, une masse critique d’institutions (certaines nouvelles,

d’autres anciennes) ont commencé à se catalyser en un nouveau cours.

La raison pour laquelle l’on ressentit le besoin d’un mot nouveau tel que capitalisme

(on s’en servit d’abord vers 1810) était l’apparition d’un nouvel élément

– un nouvel ingrédient qui transforma l’ancienne place de marché, somnolente,

en une quête dynamique de nouveaux articles, services, méthodes et procédés.

Comme l’ont noté Max Weber et d’autres historiens de l’Économie, une nouvelle

sorte de système économique avait émergé dans les derniers temps du dixhuitième

siècle.

Les économistes sont encore divisés sur ce qui constituait la nouveauté.

Mon sentiment, conforme à ceux de Joseph Schumpeter, Friedrich Hayek et

Israel Kirzner, mais avec mes mots à moi, est le suivant : le Capitalisme est un

système économique, dépendant d’un système politique approprié et sous-tendu

par un système moral et culturel, qui assemble une large variété d’institutions

(anciennes et nouvelles) au service de la créativité économique des hommes.

C’est le système axé sur l’esprit humain : caput (en latin : la tête), l’astuce, l’invention,

la découverte, l’entreprise. Ce faisceau apporte le socle institutionnel nécessaire

à l’inaliénable droit personnel d’initiative économique.

Un système économique constitué par des marchés relativement libres et

un régime de propriété privée n’est pas forcément capitaliste ; la plupart des

sociétés, depuis l’antiquité jusqu’à nous, présentent ces caractéristiques. Pour

ne prendre qu’un exemple, la Jérusalem biblique n’était guère plus qu’un

marché ; ce n’était pas un centre industriel ni agricole. C’était une place de

marché au carrefour de trois continents. C’était aussi un régime de propriété

privée ; sinon le commandement « Tu ne voleras pas » eût semblé inutile. Malgré

cela, il serait bizarre, et erroné, de qualifier de capitaliste la Jérusalem de la Bible.

Considérons un autre exemple. Supposons qu’après l’effondrement du

socialisme soviétique en 1989, le Parlement (Zehm) polonais ait adopté une

législation abolissant la fixation des prix par une agence centrale de planification,

afin de permettre que les prix soient établis par les marchés. Supposons aussi

qu’il ait rétabli et renforcé les lois protégeant les droits de propriété privée, ainsi

que l’accumulation des gains économiques provenant de la vente ou de l’usage

des biens possédés. Supposons enfin que le peuple polonais, après l’adoption

de telles lois, soit resté passif comme on lui avait enseigné de l’être sous le

communisme, et n’ait pratiquement rien entrepris en attendant que le gouvernement

fasse quelque chose.

Les lois établissant des droits à l’activité mercantile, à la propriété privée

et au profit auraient-elles instauré un nouveau système capitaliste ? Pas par ellesmêmes.

L’élément décisif a été un jaillissement d’entreprises économiques personnelles.

Ce fut seulement lorsque des Polonais firent preuve d’activisme économique

en créant un demi million de nouvelles entreprises en 1990, et un

autre million en 1991, que l’on a pu dire qu’un nouvel esprit animait enfin la

charpente nouvelle de la Pologne, qu’une nouvelle vertu d’entreprise y prenait

vie, et que quelque chose ressemblant au capitalisme perçait comme les bourgeons

au printemps.

La vertu d’entreprise, qu’est-ce que c’est ? Comme toutes les autres vertus,

c’est une habitude ou disposition – en ce cas une disposition tant de l’intellect

que de la volonté. C’est une disposition, d’abord, à remarquer, à s’expliquer, à

découvrir quelque chose que les autres n’aperçoivent pas quand ils passent. Une

disposition, en second lieu, à décider de prendre un risque, bien avant que soit

connu le premier facteur, parmi une vingtaine, nécessaire à un succès dans

l’avenir – et à commencer de faire arriver ce que le décideur entrevoit comme

une possibilité. L’entreprise enfin requiert le courage nécessaire à poursuivre la

réalisation d’un rêve. C’est d’abord un rêve, puis le processus résolu, persévérant,

et corrigé au fur et à mesure, de la marche vers la réalisation.

Dans l’un des meilleurs livres qui aient été écrits sur les praticiens de l’économie

The Spirit of Enterprise – George Gilder met en contraste le comportement

de celui qui entreprend, avec les habitudes bureaucratiques de ceux qui

ont déjà réussi. L’Entreprise, écrit-il, est « création de surprises ». Elle implique

que soient brisées les cloisons de verre des idées établies. Elle ne procède pas

en maîtrisant les détails des savoir-faire existants, mais en sortant du connu dans

l’inconnu, pour y créer de nouvelles réalités auxquelles les autres seront obligés

de réagir. L’Entreprise est « une démarche agressive, pas une réaction » ; elle

contraint les autres – firmes, salariés, gouvernement – à compter avec elle. Elle

est constamment en train de rénover l’ordre des choses.

L’historien socialiste britannique R.H. Tawney croyait voir la « nouveauté »

du capitalisme dans la soif d’acquérir, à savoir l’avidité. Mais ces caractères ne

sont pas neufs, ils sont aussi anciens que Midas. De plus, l’avidité n’est pas une

passion créative. Comme d’autres vices néfastes, elle introduit de l’irrationalité

dans tout ce qu’elle touche. L’avidité est un vice si stupide qu’elle instille le

désordre chez autrui, perplexe devant ses manifestations ; Comment une personne

intelligente peut-elle en être atteinte ? Comment peut-on traiter d’affaires

face à un aveuglement si médiocre ?

Gilder énumère des gens qui ont bâti de grandes affaires grâce à leur seul flair

créatif, en affrontant des tâches salissantes et rebutantes. L’un d’eux, le fondateur

de Browning-Ferris Industries, Thomas J. Fetjo, développa des notions cruciales

quant à l’utilisation des déchets ménagers, en manipulant lui-même des sacs

d’ordures dans les rues chaudes de Houston. Un autre, créateur d’une importante

compagnie agro-alimentaire, trouva ses idées directrices en triant à la main des

pommes de terre dans un sombre entrepôt. Un troisième, dont la contribution fut

capitale dans la mise au point du Micron’s 64 Kdynamic random accessmemory

trouva les siennes pendant les années où il dessinait des schémas provisoires de

montage dans de médiocres bureaux de la firme. Gilder affirme que cela est vrai

pour des milliers d’autres créateurs d’entreprises : ceux qui ont fait le « sale boulot »

à la base ont souvent les meilleures chances de percevoir des intuitions qui bouleversent

les procédés traditionnels. Les directeurs qui siègent aux sommets sont

trop occupés à maintenir en marche les méthodes éprouvées.

Gilder donne même un coup de chapeau à Carnegie, qui ne prétendit

jamais connaître toutes les technologies de la sidérurgie. « Carnegie ne faisait

pas de l’acier, il combinait des structures industrielles. » Son génie était de

composer les éléments, et particulièrement d’assembler autour de lui « des gens

plus habiles que lui ».

Par ailleurs d’allure solennelle, comme souvent les individus de petite taille,

Carnegie « avait assez d’humilité pour écouter » les voix qui viennent des ateliers

et des bureaux écartés des comptables. Il était toujours aux aguets pour déceler

les compétences authentiques et les talents inhabituels. Pour les entrepreneurs,

« la première règle est d’écouter. Ils doivent être assez modestes – et astucieux –

pour supporter l’effacement momentané de leur personnage, qui accompagne le

souci d’apprendre d’autrui des choses peu visibles ». Les créateurs se passionnent

pour le savoir ; ils ont soif d’atteindre la réalité, directe et véridique. Ils entendent

que ce qu’ils créent soit durable, puisse encaisser les rudoiements du vent et de la

mer, comme aux prises avec l’averse qui le trempe, le navire « bâti pour durer ».

Le capitalisme est un système né il y a quelques 200 ans, constitué d’ensembles

institutionnels et de pratiques qui permettent aux hommes et femmes dotés

d’un talent créateur, de trouver des procédures aisées d’association, la protection

des obligations contractuelles, un capital d’aventure, des instruments financiers,

la protection des brevets et droits d’auteur, le libre accès aux marchés, un régime

fiscal et réglementaire favorable, l’outillage analytique et les méthodes comptables,

et autres ingrédients nécessaires à la concrétisation de leurs rêves.

Mais le coeur du capitalisme n’est pas dans ces moyens externes. Il réside

dans l’imagination créatrice et la pure joie d’oeuvrer à quelque chose de solide,

substantiel, durable et digne d’y « laisser sa chemise ». La saveur de la chose est

dans l’acte de créer. L’argent qui pourra en provenir (ou non) s’apparente à

l’approbation du public plutôt qu’il n’est la fin poursuivie ; il arrive comme une

justification méritée. Pour bien des créateurs, l’argent est fastidieux. Si vous ne me croyez pas, regardez-les faire : ils préfèrent prendre de nouveaux risques, lancer de nouveaux défis. Lorsque ceux-là se tarissent, eux-mêmes se dessèchent.

Le capitalisme et les pauvres

Il y a deux arguments puissants en faveur du capitalisme, comparé à ses

alternatives historiques : il aide les pauvres à sortir de l’indigence, plus efficacement

que n’importe quel autre système ; et il est indispensable au succès de la

démocratie. Mais avant de développer ces deux propositions, il peut être utile

d’examiner les alternatives évoquées.

Actuellement, sur notre planète, il n’y a que deux alternatives réelles au

capitalisme : le socialisme que l’on trouve en Corée du Nord, à Cuba, au

Vietnam, en République de Chine et quelques autres endroits, et l’économie

étatisée traditionnelle du Tiers Monde, comprenant la majeure partie de l’Amérique

Latine, presque toute l’Afrique et de larges portions de l’Asie.

Certains considèrent que les social-démocraties, en Allemagne et dans les

Pays Scandinaves, constituent une troisième alternative. Il semble plus exact de dire que de telles formes sociales de la démocratie font partie d’un continuum

avec le capitalisme démocratique, bien qu’elles soient loin à gauche vers la frontière

du dirigisme étatique. C’est ainsi que le sociologue Peter Berger analyse les données dans La Révolution capitaliste. Un élément de preuve à l’appui de sa thèse est que les chefs socialistes de ces pays les dénoncent comme autant de « régimes capitalistes pourris, corrompus, bourgeois » (qu’ils tentent de transformer en sociétés authentiquement socialistes). Si les socialistes considèrent que ces nations sont « capitalistes », je me contente de les croire.

J’avance donc deux propositions, auxquelles des indices nombreux et significatifs apportent une évidence de vérité. Tout d’abord, mieux que les économies du Tiers Monde et mieux que les économies socialistes, le capitalisme permet pour la vaste majorité des pauvres, de briser les chaînes de la misère ; de découvrir

un large champ d’actions pour leurs initiatives personnelles, et de se hisser

parmi les classes moyennes et au-delà. Observez les foules dans les rues des

pays libres : elles marchent à l’allure des gens libres : droits, décidés et alertes.

Répétons-le : le Capitalisme est plus avantageux pour les pauvres que le

socialisme ou les régimes habituels du Tiers Monde. Une preuve valable en est

fournie par l’orientation des migrations de pauvres dans le monde. Quels sont

les pays qu’ils quittent, et les pays vers lesquels ils se dirigent ? Massivement, ils

fuient les pays socialistes et du Tiers Monde, et forment des files d’attente à

l’entrée des nations capitalistes, comme les aspirants spectateurs à un théâtre

présentant une pièce en grande vogue : souvent la « queue » fait le tour du coin

de rues.

Une deuxième façon de mettre en lumière une preuve solide est de

demander lors de n’importe quelle conférence, dans pratiquement tous les pays

d’économie capitaliste, combien de générations il leur faut remonter dans leurs

ascendants, pour en trouver qui étaient pauvres. Aux États-Unis, pour la plupart

d’entre nous, il n’est pas besoin d’aller au-delà de nos parents ou grand parents.

En 1900, une très large proportion des Américains vivaient (comme allait le

monde alors) dans une pauvreté rurale supportable. Leur niveau de vie, encore

que médiocre, était quand même supérieur à ceux de virtuellement toutes les

autres populations (d’où la marée d’immigrants vers nos rivages). Cependant,

selon nos critères d’aujourd’hui, leurs moyens de vivre, aussi bien à la campagne

que dans les quartiers d’immigrants des villes grouillantes, ne dépassaient qu’à

peine le niveau de subsistance. Ils étaient pauvres. Pourtant, ces mêmes familles

aujourd’hui sont pour la plupart classées comme aisées. Les régimes capitalistes

ont effectivement tiré vers le haut les pauvres ; nous le savons par nos propres

familles. Nous y avons le souvenir de la pauvreté.

Qu’il me soit permis de présenter ce point d’une autre façon. En l’an 1800,

les démographes estimaient à quelque 750 millions d’âmes la population terrestre.

Certains calculent que l’âge moyen des décès était voisin de dix-huit ans.

Au bout de 196 ans seulement – en 1996 – grâce principalement aux

découvertes faites en matière d’hygiène publique et privée, de médecine et pharmacie,

le nombre des humains en vie dépassait cinq milliards et demi, et l’âge

moyen au décès était monté au-dessus de 58 ans dans les pays pauvres, et audessus

de 75 dans les plus évolués. Comme davantage de gens vivent plus longtemps,

il y en a au total davantage en ce moment, et néanmoins leurs conditions

de vie sont de loin meilleures qu’il y a deux siècles. Un exemple minuscule :

beaucoup de nos Pères Fondateurs avaient quelques dents de bois, et George

Washington fut saigné à mort par son médecin.

J’ai entendu soutenir que la plupart des vivants d’aujourd’hui doivent

d’exister en si grand nombre à la technologie et non au capitalisme. Mais d’où

est venue l’impulsion à développer les techniques – et non seulement en étendant

la connaissance nécessaire, mais en la mettant encore au contact de milliards

d’utilisateurs – si ce n’est du dynamique et inventif système de marché ?

Combien d’articles pharmaceutiques avez-vous chez vous qui aient été mis

au point dans des pays communistes ou dans des États du Tiers Monde – même

ceux qui sont riches en ressources naturelles, comme l’Arabie Saoudite, le Brésil,

la Colombie, l’Indonésie, le Nigeria ?

Des firmes entreprenantes, rivalisant pour apporter au marché une invention

après l’autre, apprennent par expérience à identifier d’autres possibilités

techniques. Au fil des ans, elles acquièrent la capacité de présenter ces nouveautés

au consommateur sous les formes les plus attrayantes et les moins coûteuses.

Si elles n’en faisaient pas l’effort, leurs concurrents – actuels ou potentiels

– le feraient.

L’ex-Union Soviétique avait sans doute formé le corps le plus fourni de

savants et d’experts en technologie qui ait jamais été créé dans l’histoire. Pourtant,

tous ces cerveaux ne tirèrent de leur savoir qu’un apport dérisoire au service

du bien-être de l’humanité. Ils n’étaient guère incités à le faire, et manquaient

pour cela d’un système de marché. Pour autant que l’on sache par la commune

expérience, la connaissance, sans un système de marché, demeure stérile et

inemployée, comme la carcasse d’un autobus accidenté.

Le capitalisme et les régimes démocratiques

Le deuxième argument puissant est que le capitalisme est une condition

nécessaire au succès de la démocratie, mais une condition non suffisante. C’est

là une assertion empirique, fondée sur des situations qui se sont présentées à

notre vue. Il y a, ou il y eut, des régimes capitalistes et non démocratiques. Le

fait qu’un pays soit capitaliste n’est pas suffisant pour qu’il devienne démocratique.

Cependant, le cas de la Grèce, du Portugal, de l’Espagne, du Chili (après

Pinochet), de la Corée du Sud, et d’autres pays, nous permet de prédire qu’une

fois que le système capitaliste a engendré une classe moyenne suffisamment

nombreuse et prospère, les pressions pour orienter le pays vers la démocratie

deviennent très fortes. La raison en est que des entrepreneurs qui réussissent

prennent vite conscience qu’ils sont plus ingénieux et plus capables que les généraux

et les commissaires. Ils réclament le pouvoir pour le peuple. Comme on

l’avait constaté dans les temps anciens, la classe moyenne est la serre chaude

de l’esprit républicain.

Aussi bien pour la démocratie que pour le capitalisme, la souveraineté de

la Loi est une exigence fondamentale. Le « gouvernement limité » est un principe

crucial, ainsi que la protection des droits des individus et des minorités.

Bien que capitalisme et démocratie n’aillent pas nécessairement de concert,

du moins dans le monde de la théorie, dans le monde concret des événements

historiques, ils sont conduits à un mariage en quelque sorte prédestiné, à la fois

par leur dynamisme interne et par leur instinct de survie ; « capitalisme » et

« démocratie » vont ensemble comme « économie » et « politique ». Le « système

de la liberté naturelle » cherche par nature à s’exprimer à la fois en politique et

en économie, dans les formes républicaines de gouvernement et dans les formes

capitalistes de production et d’échange.

Sur cette base, l’on peut prédire que, dans la mesure où l’esprit d’entreprise se développe dans la République Populaire de Chine, particulièrement dans ses provinces méridionales, une marée d’aspirations à des institutions démocratiques s’enflera au pied des structures gouvernementales actuelles. L’économie libre libérera des forces poussant la Chine vers les libertés civiques.

LIRE LIBÉRAL

Frédéric BASTIAT

HARMONIES ÉCONOMIQUES

Éditions du Trident (1)

(1) 39, rue du Cherche-Midi, 75006 Paris, tél. 06 72 87 31 59 : vente par correspondance

ou par internet sur le site http://www.editions-du-trident.fr

La dernière édition de ce livre remontait à la publication des « OEuvres complètes » en 7 volumes au XIXe siècle (2). Il réapparaît – avec quelques mois de retard – à un moment qu’il est permis de considérer comme crucial.

(2) L’édition des OEuvres complètes de 1862 (Guillaumin préfacée par Fontenay) compte un

7e volume rassemblant sa correspondance.

Car le libre-échange, et singulièrement la libre circulation des services, sont au coeur du débat civique actuel.

En effet, comme on le verra, Bastiat découvre que la loi fondamentale de

l’échange social, et donc de l’économie, ce n’est pas « les produits s’échangent

contre les produits » : cette dernière formulation est appelée loi de Jean-Baptiste

Say, elle se révèle en fait encore entachée d’une conception matérialiste de la

production, commune aux libéraux classiques et aux marxistes.

La véritable loi, celle que Georges Lane dans sa préface propose d’appeler

Loi de Bastiat, c’est donc, de façon plus complexe et plus élaborée : « Les services

s’échangent contre des services. » Bastiat fut probablement l’économiste

français le plus important et le plus génial des deux derniers siècles.

De nombreux textes dont il est l’auteur ont été traduits en anglais ou en

d’autres langues, et ils circulent à des centaines de milliers d’exemplaires.

Ceux-ci, comme les excellentes anthologies disponibles (3), constituent la

réfutation la plus cinglante des erreurs à la mode.

(3) Rappelons l’indispensable volume des OEuvres économiques choisies et présentées par

Florin Aftalion (216 pages, PUF, Paris, 1983). Les Belles Lettres ont également publié un recueil

des Sophismes économiques présenté par Michel Leter (290 pages, Paris, 2005).

Car les modes actuelles ressemblent terriblement à celles d’hier. Dans certains quotidiens de la pensée

unique, il n’y a guère que la date qui change.

Aujourd’hui cependant, Frédéric Bastiat est encore tenu pour quantité négligeable dans son propre pays. On ne voit en lui que le pamphlétaire certes spirituel, mais on le considère comme dénué d’importance puisqu’il ose défendre les libertés.

Le principal homme politique de son département natal des Landes,

M. Henri Emmanuelli (!) honore, certes courtoisement, de son discours inaugural

les rencontres d’économistes ou les pèlerinages d’esprits libres qui viennent du

monde entier rendre hommage à Frédéric Bastiat, mais il s’esquive discrètement

dès qu’il est question de gérer son message et son enseignement.

Frédéric Bastiat : voilà donc un homme dont on veut réduire l’oeuvre à

quelques brillants pamphlets, réfutant par avance les sottises et les méfaits du

socialisme, du communisme, du protectionnisme et plus largement encore de

l’étatisme.

Certes on lui reconnaît le droit à une gentille statue dans sa ville natale et

à une petite rue discrète à Paris. Pas plus. Pourtant ses « Harmonies économiques

» couronnent son oeuvre, explicitent sa pensée et contribuent radicalement

à son originalité. Non seulement ses « Harmonies économiques » tendent à

réfuter les conceptions marxistes naissantes – le livre est écrit en 1850 ! – déjà

perceptibles, mais elles corrigent aussi certaines conceptions fausses de l’économie

politique dite « classique », celle du libéralisme anglais de son temps. Ces

erreurs sont imputables principalement à Adam Smith (1723-1790) et à David

Ricardo (1772-1823) sur la théorie de la valeur. Certes Bastiat voit en Smith,

Ricardo et J.-B. Say (1767-1832) de grands économistes, mais il annonce, plus

de 15 ans avant la publication du Livre Ier du « Capital » de Marx (en 1867), que

cette théorie « libérale » de la valeur deviendra bientôt la théorie communiste.

Jacques Garello est, dans la France actuelle, l’un des principaux continuateurs

de l’oeuvre de Bastiat. Il va ainsi jusqu’à le présenter comme un économiste

de la véritable « troisième voie » des deux familles d’erreurs politiques, le socialisme

et le conservatisme (4).

(4) Dans Les Échos du 19 septembre 2001, cette tribune est reproduite, en page 72, dans

le livre Aimez-vous Bastiat présenté par Jacques Garello aux Éditions Romillat.

La « troisième voie » selon Frédéric Bastiat est ainsi repensée de manière

pertinente, et non comme un slogan chèvre-chou à la Tony Blair ou Michel

Rocard.

On va découvrir avec « Harmonies économiques » qu’elle se fonde aussi sur

une réfutation, par un grand économiste, des erreurs communes aux deux systèmes

de pensée – le marxisme et son précurseur « classique » – découlant de la

conception matérialiste de la production.

Face à ces erreurs, Georges Lane dans sa préface aux « Harmonies économiques

» rééditée par nos éditions du Trident, souligne le statut scientifique

de l’économiste Bastiat.

Nous aimerions indiquer plus particulièrement aussi sa dimension éthique.

Au-delà de l’ironie, au-delà de l’usage de cette arme douce, avec laquelle

il détruit impitoyablement les sophismes adverses, Bastiat professe une vision

élevée de l’harmonie du monde : les intérêts légitimes ne sont pas faits pour

s’entrechoquer mais au contraire pour converger, pour s’harmoniser. « Les intérêts

légitimes, écrit-il, sont harmoniques et non antagoniques. » Les seuls affrontements

inexpiables sont ceux résultant des pratiques de prédation.

Oui, Bastiat est insupportable à la fois aux marxistes et aux spoliateurs

puisqu’il défend la propriété privée, la liberté et la collaboration des classes,

contre le vol, contre la contrainte étatique et contre le communisme.

On comprend pourquoi tant de voix apparemment cacophoniques se sont

accordées pour couvrir la sienne.

On comprend aussi qu’il nous tienne à coeur de faire écho à ses idées.

Vouloir l’emprisonner dans des étiquetages philosophiques ou religieux me

semble vain. C’était un homme libre (5).

(5) Le fait bien réel est qu’il appartint dans sa jeunesse à une loge maçonnique aux temps de la Restauration. C’était à une époque où la franc-maçonnerie française n’était pas encore le nid d’utopistes socialistes qu’elle devint dans les années 1840, ni la force militante au service de l’athéisme qu’elle se proclama en 1877, ni l’instrument de la répression sectaire qu’elle se révéla en 1904, ni la machine à recycler les trotskistes qu’est devenu le Grand-Orient depuis 1981.

Plus tard, Frédéric Bastiat mourut réconcilié avec l’Église romaine, dont il reçut les derniers sacrements, dans la Ville éternelle, en 1850.

Il appartenait de la sorte à la catégorie la plus haute, hélas pas toujours la plus nombreuse, chez les Européens.

Jean-Gilles Malliarakis

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Vladimir BOUKOVSKY

L’UNION DES RÉPUBLIQUES SOCIALISTES EUROPÉENNES

Les coups de colère de l’un des plus célèbres dissidents soviétiques sont connus. Dans L’Union européenne, une nouvelle URSS ?, Éditions du Rocher, 2005 Vladimir Boukovsky dénonce le lent mais sûr glissement de l’Europe vers le socialisme.

Quel est ce monstre bureaucratique qui a pris corps à Bruxelles ?

D’après Valdimir Boukovsky, ce n’est rien d’autre qu’une nouvelle URSS, différente de

l’ancienne, plus soft mais aussi adepte d’un système liberticide. Comme l’avait

très bien montré Revel dans La Grande Parade, la plupart des communistes et

socialistes européens, surtout français, n’ont pas tiré les leçons de l’écroulement

du mur de Berlin et de l’échec de l’économie planifiée. Ils continuent à croire

au Grand Soir en s’opposant systématiquement à l’économie libérale et aux

valeurs de liberté individuelle. Leur aveuglement les a poussé à soutenir l’URSS

jusqu’au bout et à croire en la perestroïka en l’arrosant de milliards de dollars :

au cours de ses sept dernières années d’existence, l’URSS a reçu 45 milliards

de dollars (à titre de comparaison, l’aide du FMI et de la Banque mondiale à la

Russie entre 1991 et 1999 s’est élevée à 23 milliards de dollars). Ceux qui furent

déçus de la chute de l’URSS font aussi partie des bâtisseurs de l’Europe communautaire

et les « experts » du communisme (comprendre les admirateurs de cette

idéologie) sont devenus des analystes incontournables de la société russe

d’aujourd’hui.

La mauvaise compréhension de cet échec les a rendus nostalgiques d’un

ordre bureaucratique dont les défauts ne pouvaient que cacher une réalité bien

plus agréable et « malheureusement » décrite par les thuriféraires de la société

libérale. C’est pourquoi ils ont essayé d’imaginer cette Europe comme un

ensemble d’États soumis à un centre administratif basé à Bruxelles. Pour l’instant,

ils n’ont réussi que partiellement et, comme le dit Boukovsky, l’Europe

« souffre aujourd’hui d’un syndrome brejnévien ». Dès qu’un pays réfute le socialisme

ambiant, il est voué aux gémonies. On a pu le voir avec l’arrivée au pouvoir

en Autriche, en 2000, d’une coalition de droite dirigée par l’ÖVP, le parti populaire

de Wolfgang Schüssel (cette coalition est à l’origine de nombreuses réformes

libérales qui expliquent l’impressionnant décollage économique de ce pays). Cela

a été le cas avec l’élection de George W. Bush en 2004 lorsque de nombreuses

« personnalités » européennes, en s’appuyant sur des organisations « progressistes

», ont contesté la légitimité du président américain.

Tout comme au Politburo on virait ceux qui s’écartaient de la ligne du parti,

les commissaires européens ont poussé vers la sortie Rocco Buttiglione, l’intellectuel

catholique dont les prises de position sur le mariage étaient trop loin du

moule « politiquement correct ». Toujours comme au sein de l’ancienne URSS,

certains sont « plus égaux que d’autres ». La preuve, le non-respect des critères

de stabilité par l’Allemagne et la France alors que les pays plus petits sont obligés

de s’en tenir au Pacte sous peine de sanctions. Autres ressemblances : l’absence

de limites, de frontières, à cette Europe, ses leaders veulent aller le plus loin

possible ; la corruption étatiste qui la ronge (la France étant la plus touchée) ainsi

que l’idéologie socialisante soutenue par les « conseillers » français mais heureusement

combattue par les représentants anglo-saxons.

Cette Europe s’est bâtie durant la période de la détente, euphémisme correspondant

en fait aux phases qui permettaient aux Soviétiques de reprendre

des forces et de consolider leurs « acquis » afin de mieux préparer de nouveaux

coups. Seuls Reagan et Thatcher ne sont pas tombés dans ce piège. Plus tard,

au temps de Gorbatchev, les Européens ont aveuglement soutenu son idée de

« maison commune », une façon habile d’intégrer l’URSS moribonde dans un

ensemble d’États « partageant les mêmes valeurs » de… paix, protection sociale,

de respect des frontières, des droits collectifs. C’est-à-dire une Europe intégrant

l’Empire soviétique avec ses caractéristiques les plus déplorables. Boukovsky livre au lecteur des citations des archives russes qui en disent beaucoup sur le penchant des dirigeants de plusieurs pays démocratiques vers le socialisme économique et politique. Très instructives les déclarations de Mitterrand et de son

« conseiller idéologique », Jacques Attali, sur cette « maison européenne » : « une grande idée pour faire converger les deux mondes socialistes » (Mitterrand). Cette « construction » s’est heureusement interrompue après l’écroulement de l’empire soviétique ce qui n’empêche pas le dissident Boukovsky de nous mettre en garde contre ses futures dérives.

Bogdan Calinescu

Le 12 mai 2006

ALEPS INFORMATIONS/ALEPS INFORMATIONS/ALEPS INFO

LE JOUR DE LIBÉRATION FISCALE ANNUELLE EST ARRIVÉ !

Benoite TAFFIN*

* Porte-parole de « Contribuables associés ».

Chaque année, depuis 1999, Contribuables Associés fête « Le Jour de Libération Fiscale », jour à partir duquel

les Français cessent de travailler à seule fin de payer les dépenses de l’état.

Depuis trois ans, malgré les promesses de baisses d’impôts, cette date tombe le 16 juillet.

En effet, la dépense publique absorbe en France 53,6 % de la richesse créée par les Français. Convertie en jours de travail, cela fait 196 jours en moyenne, pour couvrir les dépenses de l’État, de la Sécu et des Collectivités locales.

C’est donc le 16 juillet que nous commençons enfin à travailler pour nous !

Si nous regardons nos voisins européens, les Italiens sont libérés le 27 juin,

les Britanniques et les Allemands le 17 juin, les Polonais et les Tchèques le 7 juin, les Slovaques le 27 mai, les Espagnols le 22 mai, les Suisses le 15 mai ; quant aux Irlandais ils sont libérés le 10 mai, deux mois avant nous.

Trop de dépenses publiques c’est trop d’impôts, moins de croissance et plus de chômage.

Le no 14 du Cri du Contribuable, mensuel vendu en kiosque dès le samedi 8 et affiché à travers toute la France, fait la promotion de cette journée soutenue par des spots radios sur Europe 1, RMC et BFM.

ALEPS INFORMATIONS/ALEPS INFORMATIONS/ALEPS INFO

XXIXe UNIVERSITÉ D’ÉTÉ DE LA NOUVELLE ÉCONOMIE

Aix en Provence,

27-30 août 2006

LE FUTUR DE L’EUROPE : HARMONISATION OU CONCURRENCE ?

Le débat sur le futur de l’Europe est toujours ouvert. Europe resserrée

ou Europe élargie ? Europe pouvoir ou Europe espace ? Jacobinisme

ou fédéralisme ?

La plupart de ces choix reviennent à souhaiter tantôt une Europe unifiée

autour d’institutions et de règles harmonisées tantôt une Europe diversifiée où

existe une concurrence entre États. Les préférences s’expriment pour l’instant

au niveau des gouvernements et des parlements. Européistes, souverainistes et

eurosceptiques s’observent sans qu’une doctrine dominante semble aujourd’hui

s’imposer. Peut-être parce qu’ils sont déjà impliqués dans la mondialisation de

l’économie et de la culture, les jeunes Européens, les chefs d’entreprises et les

universitaires regardent plutôt du côté de la concurrence. Syndicalistes, agriculteurs

et fonctionnaires ont au contraire tendance à dénoncer le « dumping fiscal »

et le « dumping social » et souhaitent une solide organisation des marchés, voire

même une planification sociale.

Au cours de cette université, des responsables et des témoignages de nombreux

pays européens, mais aussi étrangers à l’Europe, éclaireront le débat. Ils

nous conduiront à juger des perspectives d’une harmonisation généralisée ou

d’une concurrence institutionnelle, fiscale et sociale.

Dimanche 27 août au soir

« L’Europe à l’heure des choix »

« L’Europe, un paradis fiscal ? »

Le lancement de l’Université se fera, comme d’habitude, au cours du dîner

d’ouverture dimanche soir 27 août. Deux orateurs se partageront la vedette de

cette soirée, l’un s’exprimera en français, l’autre en anglais, et une traduction

écrite sera fournie. Sous réserve de sa confirmation c’est le Président de la

République Tchèque, Vaclav KLAUS, qui parlera des choix qui s’offrent à

l’Europe aujourd’hui, tandis que c’est Maître Jean-Philippe DELSOL, délégué

général de l’IREF, qui évoquera le rêve d’un paradis fiscal européen.

Lundi 28 août

L’Europe de la diversité : concurrence institutionnelle ?

Le Lundi sera consacré principalement à la Concurrence Institutionnelle.

Cela signifie que l’Europe a le choix entre se donner des institutions communes

à tous les pays, et accepter la diversité des règles sociales, juridiques et politiques

de chaque pays de l’Union – mais avec la liberté pour tout Européen de se

réclamer des règles qu’il estime les plus avantageuses pour lui : il met les États

en concurrence. Ce thème sera illustré par des conférences et séminaires animés

par des spécialistes de l’histoire européenne (Chantal DELSOL, Leonard

LIGGIO), ou de la concurrence (Gerald O’DRISCOLL), ou du fédéralisme,

notamment américain (Jean-Philippe FELDMANN, Georges CAREY). La

journée du lundi se terminera par la traditionnelle réception à la mairie d’Aix

(Pavillon Vendôme).

Mardi 29 août

L’Europe des contribuables : concurrence fiscale ?

Le Mardi, journée organisée en partenariat avec l’IREF (Institut de Recherches

Économiques et Fiscales), nous conduira à examiner la concurrence fiscale,

que certains voient comme une menace de « dumping ». C’est la journée des

experts, acteurs ou observateurs des réformes de l’impôt en Europe aujourd’hui :

Mart LAAR, ancien Premier Ministre d’Estonie, apôtre de la « flat tax », Antonio

MARTINO, économiste, ancien Président de la Mont Pèlerin Society, ancien

ministre de la République Italienne, Victoria CURZON PRICE, Présidente

actuelle de la Mont Pèlerin, spécialiste du fédéralisme fiscal des cantons suisses,

Lars FELD pour l’Allemagne et Martin RICKETTS pour l’Angleterre, et finalement

beaucoup d’autres intervenants pour cette journée.

Mercredi 30 août

L’Europe des entreprises : concurrence sociale ?

Le Mercredi fera monter la température d’un degré avec un sujet brûlant :

le « dumping social ». Peut-on envisager un marché du travail et de la sécurité

sociale régis par la concurrence, au mépris de la « charte sociale » imposée

naguère par les syndicats ? Il faudra rappeler l’état de délabrement des différents

systèmes de protection sociale et les réformes en cours : Georges LANE et Jacques

GARELLO en parleront. Il faudra aussi faire du droit du travail comparé,

les entrepreneurs présents s’y emploieront avec les juristes français.

Au cours de la journée, le déjeuner (sur inscription) permettra sans doute

de présenter les grandes lignes du « programme libéral » évoqué plus haut. Pierre GARELLO et Jean Yves NAUDET tireront les leçons de cette Université, avant le cocktail de clôture.

A noter une nouveauté dans l’organisation de cette Université : elle s’enrichit du partenariat avec l’IREF (Institut européen de Recherches Économiques et Fiscales), permettant ainsi la contribution scientifique des meilleurs expertseuropéens et américains dans le domaine de la fiscalité internationale et du fédéralisme fiscal.

Vous pouvez demander plus d’informations et vous inscrire en téléphonant au secrétariat de l’Université d’Été 04 42 90 85 29 (fax 04 42 90 85 35) ou en consultant le site www.libres.org

3. Bulletin n°115, avril 2006.

AVANT-PROPOS

Lors du colloque organisé par l’AEC (association des économistes catholiques), présidée par Jean-Yves NAUDET, et par la Fondation de Service Politique présidée par Philippe de

SAINT-GERMAIN, sur l’actualité de la doctrine sociale de l’Église, une des interventions les plus remarquées fut celle du professeur Jacques GARELLO.

En ce début d’après-midi du 4 février dernier, il traitait de « Développement et Commerce International ».

La doctrine sociale de l’Église, bâtie sur la liberté et la dignité de la personne humaine couvre un immense domaine entre l’actuel et l’éternel, le contingent et l’immanent. Aucun « programme » n’est plus vaste et donc plus difficile à appréhender. Mais la réflexion de JacquesGARELLO nous conduit fermement vers une définition du bien commun universel qui doit promouvoir TOUT l’homme et concerner TOUS les hommes et à un éclairage optimiste de la « mondialisation » qui est l’élargissement de l’espace des échanges (page 2).

Pour illustrer cette théorie par un exemple pratique, qui mieux que Xavier FONTANET pouvait intervenir ? Il nous fait part de l’expérience d’une entreprise telle qu’Essilor qui en « relocalisant » ses usines a amélioré le sort de tous : employés, actionnaires, clients ; ce résultat ademandé trente ans, le temps qu’il faut à un ouvrier pour faire de son fils un ingénieur (p. 13).

Fred AFTALION est un observateur ironique du monde de la sémantique contemporaine. Il n’a pas son pareil pour débusquer les déguisements dont se parent les idées ambiguës : les médias sont friands des substantifs en « isme » des préfixes en « alter » ou « anti » et fabriquent ainsi de nouveaux mots incongrus qui masquent la parfaite vacuité des pensées. Mais Fred AFTALION ne s’en laisse pas conter et vous le prouve page 19.

Ambroise COUSIN nous propose ce trimestre une rubrique de « critiques» particulièrement fournie. Vous ferez donc votre choix entre les livres de Philippe SIMONNOT, Patrick SIMON, Bertrand LEMENNICIER ou Alain LAURENT. Il n’est d’ailleurs pas interdit de les achetertous.

 

Jacqueline Balestier

Secrétaire Général de l’ALEPS

Jacques GARELLO

LE DÉVELOPPEMENT ET LE COMMERCE INTERNATIONAL

Exposer en un document synthétique la doctrine sociale de l’Église catholique, doctrine faite d’apports successifs si riches, n’était pas une tâche facile. Il ne fallait pas attendre du Compendium un autre résultat que celui que nous avons aujourd’hui : une oeuvre qui nous aide à améliorer notre connaissance et à approfondir notre réflexion, bien plus qu’un catéchisme social à usage immédiat des clercs et des laïcs. Les « scientifiques et les hommes de culture » sont donc invités par les inspirateurs et les auteurs du compendium à prolonger le travail (1) et, sur sa base, à donner une lecture plus dépouillée et plus accessible de la DSE.

(1) Cn # 320.

Je m’y risquerai pour ma part, s’agissant de la mondialisation et du développement, en proposant deux clés de lecture, qui permettent à mon sens de tirer parti de toute la richesse du compendium mais de la mettre aussi à la disposition d’un large public, d’un monde en quête de message d’espoir, de justice et de paix.

La première clé pourrait s’appeler « Rerum Novarum », la deuxième le « bien commun universel ».

Rerum Novarum :

L’Église s’intéresse aux souffrances et aux progrès des hommes dans un monde en mutation permanente. Elle s’intéresse aux « choses nouvelles ». Comme les choses nouvelles se renouvellent sans arrêt, la DSE est évolutive : la thématique de Léon XIII et les idées de la fin du XIXe siècle ne sont pas celles prises en

compte par Jean Paul II en ce début de millénaire. Ainsi, plusieurs chapitres du Compendium se terminent-ils par un appendice, une mise à jour, baptisée « Res Novae » (2).

(2) Pp. 176-179 pour le « monde du travail » et pp. 202-210 pour « l’économie ».

La DSE se veut actuelle.

Mais la dimension et l’inspiration de la DSE traversent les temps, parce que cette doctrine est bâtie autour de la liberté et de la dignité de la personne humaine, et qu’elle trouve nécessairement la solution aux problèmes de la sociétéhumaine dans le message du Christ. La DSE se veut évangélique.

Ainsi la Doctrine Sociale de l’Église balance-t-elle entre l’actuel et l’éternel, entre le contingent et l’immanent.

Actuelle et contingente l’analyse de la mondialisation

Éternelle et immanente la référence au bien commun universel

1. La mondialisation

La conclusion que je crois pouvoir tirer des textes du Compendium qui concernent la mondialisation est que l’Église nous demande de l’accepter, de nous y adapter, mais aussi de l’accompagner.

Accepter la mondialisation

Oui, l’Église accepte aujourd’hui la mondialisation comme un fait inéluctable et positif. Elle a sans doute mis du temps à cerner le problème, mais il faut dire que les « savants », et notamment les économistes, ne l’ont guère aidée. Être de son temps c’est souvent épouser les idées de son temps. Pendant des années, la pensée dominante en science économique a dénoncé les méfaits du commerce mondial et du marché, Gunnar Myrdal écrivait « Planifier pour développer » (3),

(3) Titre de son ouvrage écrit en 1965, Gunar Myrdal a reçu le prix Nobel en 1974 (en même temps que Friedrich A. von Hayek, le plus grand philosophe du libéralisme économique duXXe siècle !).

et la recommandation quasi-unanime était le développement auto-centré, que les uns voyaient dans l’agriculture, les autres dans l’industrie lourde, suivant que l’on se référait au modèle chinois ou soviétique. Même après l’échec patent de la planification dans ses patries d’origine, certains continuaient à soutenir que

ce qui avait échoué au Nord pouvait réussir au Sud, et il a fallu attendre encore quelques années avant que les économistes se rangent du côté du libre échange et de la libre entreprise comme principes du progrès économique, aussi bien au Sud qu’au Nord.

L’affaire est définitivement tranchée avec Centesimus Annus : l’Église se

rend à l’évidence que la mondialisation est une chance pour les pays pauvres.

« Il n’y a pas très longtemps on soutenait que le développement supposait,

pour les pays les plus pauvres, qu’ils restent isolés du marché mondial et ne

comptent que sur leurs propres forces. L’expérience de ces dernières années

a montré que les pays qui se sont exclus des échanges généraux de l’activité

économique sur le plan international ont connu la stagnation et la régression,

et que le développement a bénéficié aux pays qui ont pu y entrer. Il

semble donc que le problème essentiel soit d’obtenir un accès équitable au marché international, fondé non sur le principe unilatéral des ressources naturelles mais sur la valorisation des ressources humaines (4). »

(4) Cn # 447, repris de CA # 33 cf. aussi Cn # 364 sur le rôle positif du commerce international.

Comment le marché parvient-il à une gestion satisfaisante de l’économie universelle ?

Pour les mêmes raisons qu’il adapte les ressources aux besoins au niveau micro-économique, comme l’a expliqué Jean Yves Naudet. Le marché n’est pas une entité abstraite, ni une institution, c’est un processus. Un processusd’information, un processus de coordination. À travers le système des prix, le

marché transcrit l’état actuel des ressources et des besoins. La lecture du marché

est faite par des entrepreneurs dont les seules chances de succès consistent à

satisfaire des besoins non ou mal satisfaits. Aujourd’hui la mondialisation apporte

une information de meilleure qualité, parce qu’elle circule presque instantanément

sans frontière et sans coût, elle permet de mieux connaître ce dont on

dispose et ce que l’on devrait faire. L’inventaire des ressources planétaires, et

notamment des talents humains, est donc de plus en plus complet, comme la

liste des besoins humains à satisfaire par priorité. Les entrepreneurs ont donc

l’obligation de se mettre au service de l’humanité entière pour assurer leurs

profits.

Il y a convergence entre la recherche du profit par la libre entreprise d’une

part, et la répartition de toutes les ressources au niveau planétaire, que la DSE

appelle à juste titre de ses voeux « L’enseignement social de l’Église exhorte

à reconnaître la fonction sociale de toute forme de propriété privée…L’homme ne doit jamais tenir les choses qu’il possède légitimement comme n’appartenant qu’à lui, mais les regarder aussi comme communes, en ce sens qu’elles puissent profiter non seulement à lui mais aussi aux autres (5). »

(5) Cn # 178, repris de MM # 53 et GS # 69.

Mais ce point de la convergence entre profit personnel et destination

commune n’apparaît pas encore assez clairement dans le texte du compendium,

qui donne parfois l’impression que la mondialisation étant source de

complexité, il est besoin d’institutionnaliser une coopération économique au

niveau mondial (6).

(6) Cn # 371 : « Plus le système économique et financier mondial atteint des niveaux

élevés de complexité fonctionnelle et d’organisation, plus le devoir de réguler ces processus

apparaît prioritaire, pour les finaliser à al poursuite du bien commun de la famille humaine. »

Il est vrai que cette opinion ne se réfère à aucun texte de la DSE.

Je soutiendrai plus volontiers que la complexité appelle la décentralisation, et non la centralisation, et que les organisations internationales, ONU en tête, ont fait plus souvent la preuve de leur incompétence, voire de leurnocivité, que de leur contribution au développement des pays pauvres. Le constructivisme mondialiste devrait nous inciter à la prudence.

S’adapter à la mondialisation

L’Église a si bien compris le sens de la mondialisation qu’elle nous en

rappelle toutes les exigences. La mondialisation nous demande de nous adapter

au nouvel espace économique. La mondialisation s’est accompagnée d’un profond changement des formes de l’activité économique. « La mondialisation de l’économie, avec la libération des marchés, l’accentuation de la concurrence et l’augmentation d’entreprises spécialisées dans la fourniture de produits et de services, requiert une plus grande flexibilité sur le marché du travail et dans l’organisation et la gestion des processus de production (7). »

(7) Cn # 312.

L’élévation des revenus, due elle-même aux échanges qu’ont su multiplier les pays les plus avancés, a fait naître un besoin pour des produits qui ne sont plus seulement ceux de l’agriculture ou de l’industrie. « Le travail, surtout àl’intérieur des systèmes économiques des pays les plus développés, traverse une phase qui marque le passage d’une économie de type industriel à une économie essentiellement centrée sur les services et sur l’innovation technologique(8). »

(8) Cn # 313.

Passant de l’industrie aux services, les structures de l’entreprise

et les formes du travail se sont modifiées « Grâce aux innovations technologiques,

le monde du travail s’enrichit de professions nouvelles, tandis que

d’autres disparaissent (9). »

(9) Ibid.

Les liens durables entre l’usine et l’ouvrier ont disparu,

l’heure est à la mobilité, à la polyvalence, à la qualification. La taille

moyenne des entreprises, loin de s’élargir, s’est réduite. « La décentralisation de la production,qui assigne aux multiples entreprises de multiples tâches, précédemment concentrées dans les grandes unités de production, renforceles petites et moyennes entreprises et leur imprime un nouvel élan » (10)

(10) Cn # 315.

La dispersion succède à la concentration. La concentration avait ses coûts : l’agglomération

de l’habitat, la massification. La dispersion en a d’autres.

Notamment, dans la Nouvelle Économie Mondialisée, la localisation n’est

plus qu’une variable parmi d’autres. À la différence du monde agricole ou industriel,

la production n’est plus tributaire du territoire. L’économie est de moins en moins « géonomique », comme disait François Perroux ». Elle est plus universelle que jamais.

Devant l’ampleur et le coût des adaptations exigées par la mondialisation,

il est normal que certains cherchent à retarder les échéances, voire même à se protéger contre la mondialisation.

Les gouvernements entrent facilement dans ce jeu, et prétendent défendre les intérêts nationalistes contre le libre-échange généralisé.

Il ne manque pas de prétextes aux gouvernements pour imposer leurs décrets contre la concurrence, et contre les règles de bonne conduite qui doivent

régner dans les contrats entre particuliers. Cela est vrai des barrières à la libre

circulation des produits et des services mis en place aussi bien par les pays

« riches » que par les « pauvres ». On ne peut accepter l’idée d’un « double standard

de moralité » longtemps défendu par la CNUCED, conduisant à tout permettre

aux pays moins développés et tout exiger des autres, pas plus qu’on ne

peut admettre les subventions et le protectionnisme réglementaire mis en place

par les pays les plus développés.

Il est paradoxal que ceux-là même qui font de grands discours pour l’aide aux

plus pauvres souhaitent en même temps protéger les plus riches. Le libre échange

serait donc à sens unique : un article d’exportation, mais pas d’importation ! À

l’heure actuelle cela est assez visible dans les « négociations de Doha », grand jeu

diplomatique, stratégique, entre gouvernements, qui n’a évidemment rien à voir

avec le jeu économique qui se déroule dans le cadre d’un marché ouvert. La DSE condamne de tels comportements : « il faut rompre les barrières et les monopoles qui maintiennent de nombreux peuples en marge du développement,assurer à tous les individus et à toutes les nations les conditions élémentaires qui permettent de participer au développement » (11).

(11) Cn # 179 repris de CA 35.

Accompagner la mondialisation

Mais il y a une autre exigence de la mondialisation, morale et humaine

celle-ci : l’Église nous demande d’accompagner la mondialisation par une vigilance

permanente, et par une éducation plus poussée.

Vigilance permanente : il y a d’abord des risques de débordements, qui ne

sont pas imputables au principe même du libre échange ou de la libre entreprise,

mais au cadre institutionnel dans lequel ils s’exercent.

Il n’y a pas de liberté sans droit, et l’état de droit est le complément indispensable de l’ouverture économique « Les droits de l’homme doivent être respectés non seulement singulièrement, mais dans leur ensemble…Ils correspondentaux exigences de la dignité humaine (12). »

(12) Cn # 154.

De la même façon que dans les relations économique internationales la règle du jeu économique, qui

est celle de la concurrence, de l’ouverture et de la non-discrimination, doit être

respectée, le développement des peuples ne peut se faire sans un cadre juridique

approprié à la libre action humaine. Or il existe dans certains pays ou dans

certaines situations des atteintes inadmissibles aux droits fondamentaux de la

personne humaine. Les gouvernements en ont théoriquement la responsabilité, mais ils sont les premiers à les négliger, voire à les effacer. Ils empêchent les

hommes de développer leurs talents personnels, ils entretiennent la grégarisation

et l’ignorance. Ils poussent les élites à la prison ou à l’exil. Ce sont les fameuses « structures de péché » (13), que la doctrine sociale de l’Église n’a cessé de dénoncer, et dont Jacques Bichot nous a entretenus.

(13) Cn # 193.

À un plus haut niveau de démocratie doit correspondre aussi une éducation

plus poussée. Non pas seulement une instruction de meilleure qualité, mais aussi

et surtout un apprentissage de la vie en commun, du respect des autres, et une

culture morale et religieuse qui permette à l’homme de ne pas devenir l’esclave

du progrès économique dont il est l’artisan.

Voici qui permet de comprendre que pour la DSE il n’y a de salut que par

l’homme, pour l’homme et pour tous les hommes. C’est le sens qu’on peut

donner, me semble-t-il, au « bien commun universel ».

2. Le bien commun universel

Le bien commun n’est pas l’intérêt général, ce n’est pas une sorte

d’optimum économique que les société humaines devraient atteindre. Ce n’est

pas non plus un bien, un avoir, possédé en commun. De ce point de vue, Jean

Yves Naudet a relevé l’erreur qui consiste à voir dans la « destination universelle

des biens » une négation, voire même une restriction des droits de propriété

individuelle. Tout au contraire la propriété privée est sans doute le chemin le

plus court vers la Destination Universelle des Biens. La définition du Bien

Commun a été clairement donnée par Jean XXIII comme « l’ensemble des conditions sociales permettant à la personne d’atteindre mieux et plus facilement son plein épanouissement » (14).

(14) MM.

Ainsi le Bien Commun a-t-il pour première raison d’être la possibilité de

donner à chacun l’occasion d’épanouir sa personnalité, et de se mettre au service

des autres. Le Bien Commun, c’est la personne humaine épanouie et reconnue

dans sa communauté. C’est ce qui fait que l’homme est « tout l’homme ».

Or, il se trouve que cette heureuse conjoncture est aussi aux yeux des

économistes celle qui est à la base de la croissance économique aussi bien que

de l’harmonie sociale.

Mais si le bien commun se rencontre – non sans difficulté – au sein de

communautés restreintes, comme la famille, ou l’entreprise, peut-on l’imaginer

au niveau universel ? L’Église ne perd pas de vue que la solidarité doit s’exercer

« entre tous les hommes ». Le bien commun universel, qui passe par des échanges

et un développement réalisés à travers « tout l’homme » doit aussi concerner

« tous les hommes ».

Le développement de tout l’homme

Il fut un temps où la théorie économique expliquait la croissance et le

développement (qu’elle ne savait pas distinguer d’ailleurs) à partir de deux variables

macro-économiques : le capital investi et l’importance de la population. La

plupart des politiques nationales, mais aussi des aides internationales ont donc

orienté leurs efforts vers l’investissement massif, faisant de la croissance le seul

produit du capital investi par tête d’habitant. De plus, au prétexte (fallacieux)

que les investisseurs privés étaient défaillants dans les pays pauvres, on a confié

la charge du développement aux capitaux publics.

Aujourd’hui on a découvert – après quelques décennies perdues – que la

solution à la pauvreté n’était pas de ce côté-là. Des pays ont englouti des milliards

de dollars d’aide publique internationale sans progresser (15).

(15) Cf. Brian T. JOHNSON Chapitre II pp. 21-24 Index of Economic Freedom 1999, The

Heritage Foundation, Washington, D.C.

Par contraste, des pays sans ressources naturelles ni énergie, comme la Corée du Sud ou Taïwan,

ont été capables d’atteindre en moins d’une génération le niveau de performance

et de revenu des pays les plus anciennement développés.

Les économistes ont fait du « capital humain » (16) le moteur le plus important

du développement économique : la qualité des hommes, leur niveau d’instruction

et de qualification, leur ardeur au travail, leur esprit d’équipe permettent d’aller plus loin et plus vite dans le progrès économique.

(16) Un concept imaginé par Milton FRIEDMAN, et développé notamment par Gary BECKER en ce qui concerne l’éducation et la famille dans les pays du Tiers Monde. Le Compendium

utilise avec réticence l’expression (Cn # 276).

Encore faut-il évidemment que ce capital puisse se constituer et, une fois constitué, s’exprimer.

Le rôle déterminant de l’éducation, et notamment de l’éducation familiale, a été mis en évidence. Ces pays sont ceux où l’on investit beaucoup dans l’enfant.

Il faut enfin, et non le moindre, que le capital humain puisse s’exprimer dans l’innovation, dans l’esprit d’entreprise, et que le puissant stimulant du profit et de la promotion sociale existe réellement. Par contraste, il existe de nombreuxpays ayant une élite de grande qualité mais qui la condamne à s’expatrier parce que le système politique et juridique ne laisse aucune place à l’initiative ni à la réussite personnelle.

On oppose souvent à ces réalités la situation de « dumping social » dans laquelle se trouveraient les pays émergents. Les bas salaires, les horaires doublés ou triplés, les conditions de travail présentent tous les symptômes d’une exploitation (17).

(17) Cn # 303.

Mais d’une part ce travail n’est pas forcé, il est même recherché et accepté parce qu’il est préférable à la misère, voire à la mort (comment pourrait- on entretenir à coups d’indemnités sociales des millions de chômeurs ?) d’autre part il faut inscrire ces pratiques en dynamique. Si faibles soient les rémunérations, elles permettent d’acquérir progressivement une qualification et de meilleures conditions, et elles permettent aussi de financer l’éducation desenfants, qui aborderont ainsi le marché du travail avec de véritables atouts. Après deux générations, et parfois même une seule, on voit ainsi apparaître une classe moyenne, et peu à peu les niveaux de rémunérations et les conditions de travail se rapprochent de ceux des pays « riches ». D’ailleurs, n’est-ce pas cette évolution qu’ont connue les Européens après la Révolution Industrielle ? Il leur a fallu

presque un siècle et demi pour atteindre leur niveau de vie actuel. Fort heureusement

les Asiatiques, Latino Américains ou Africains peuvent espérer y parvenir

en un demi-siècle. Certaines des erreurs qui ont été commises, et certaines

des agressions contre la dignité de la personne humaine qui ont accompagné le

progrès économique en Europe auront sans doute servi de leçon, et la DSE a

raison de souligner qu’elles peuvent et qu’elles doivent disparaître. L’attention

porté à l’homme dans son éducation, dans sa formation, dans l’entreprise, est

bien plus grande aujourd’hui qu’elle ne l’était au XIXe siècle, parce qu’aujourd’hui

on a compris que l’apport de l’homme n’est pas sa force ou sa mécanique

physique, mais son talent, le sens qu’il est capable de donner à son oeuvre, sa

créativité et son souci des autres. Dans l’entreprise on a pris conscience de

l’importance de la motivation, et de ce que l’on peut gagner (en harmonie, mais

aussi en argent) en permettant au personnel de mieux s’exprimer et mieux se réaliser dans son emploi, en assurant, comme dit le Compendium, « la promotion du développement intégral de la personne » (18).

(18) Cn # 131 et Cn # 132, citant GS § 26.

Il faut donc prendre le développement par le bon bout : entourer l’homme de toute la protection et de toute la liberté dont il a besoin pour donner sa pleine mesure. Si des programmes de développement doivent exister, ils doivent êtreprioritairement destinés à la santé, à la famille, à l’enseignement et à l’apprentissage.

L’Église a raison d’appeler à cette tâche toutes les communautés qui peuvent y concourir : les familles, les entreprises, les communautés locales et nationales (à titre subsidiaire), enfin et non le moindre les « communautés internationales» « Une des tâches fondamentales des acteurs de l’économie internationale est d’atteindre un développement intégral et solidaire pour l’humanité, c’est-à-dire de promouvoir tout homme et tout l’homme (19). »

(19) Cn # 372, citant PP§ 14.

Le développement de tous les hommes

Mais les lois de la concurrence sur le marché mondial n’imposent-elles pas

des choix et des comportements à l’opposé de ce qui est souhaitable pour l’épanouissement

des hommes dans les pays pauvres ? La mondialisation ne

condamne-t-elle pas le Sud à un esclavage économique au profit du Nord ?

Le Compendium évoque à plusieurs reprises ce risque, et s’inquiète de l’écart qui se creuse entre les peuples « De très fortes disparités persistent dans le monde entier entre pays développés et pays en voie de développement, lesquelles sont alimentées par différentes formes d’exploitation, d’oppression et de corruption qui influent de manière négative sur la vie interne et internationale de nombreux États (20). »

(20) Cn # 192 voir aussi Cn # 362.

Mais il y a, de mon point de vue, une imprécision sur la nature et l’origine de cet écart. Que l’écart se creuse entre des pays stagnants voire en décroissance et des pays en croissance modérée ou forte est une évidence statistique. Que cet écart, en termes humains, soit de plus en plus intolérable, c’est une évidence psychologique parce la pauvreté estd’autant plus ressentie ici que la richesse s’étale ailleurs. Mais l’origine de cet écart n’est pas dans la pauvreté elle-même : contrairement à ce que certains économistes ont pu soutenir dans le passé on ne s’appauvrit pas parce que l’onest pauvre (21).

(21) « À celui qui a on donnera et il connaîtra l’abondance, à celui qui n’a pas on ôtera même

ce qu’il n’a pas. » Ce passage de Matthieu a été abondamment cité pour dénoncer les « cercles

vicieux du développement » (Gannagé, Myrdal, Perroux). Il y a sans doute une mauvaise lecture de

ce texte de l’Évangile, qui ne concerne certainement pas les richesses matérielles.

La preuve en est que des pauvres d’hier ou d’avant-hier sont

souvent devenus riches. L’écart a son origine dans la place qui est reconnue à

la personne dans l’activité économique, et dans le degré de liberté économique

dont elle jouit. Les mesures de l’indice de liberté économique faites maintenant

depuis quinze ans (22) ne trompent pas : ce sont les pays les plus libres qui ont

la plus forte croissance (et c’est vrai aussi bien pour le Nord que pour le Sud).

(22) Il s’agit des Index of Economic Freedom publiés annuellement par The Pacific Institute,

Vancouver BC, Canada et Heritage Foundation, Washington, DC.

Donc s’il y a des pays qui sont de plus en plus pauvres, c’est qu’ils ne se sont jamais donnés les institutions à la base de la liberté d’entreprendre et d’échanger, comme la propriété privé et le contrat, ils ont au contraire misé sur l’étatisation et l’isolement économiques. Voici donc où est l’écart : entre peuples libres et peuples asservis par leur système politique (23).

(23) Brian JOHNSON, Kim R. HOLMES & Melanie KIRKPATRICK Executive Summary Index of Economic Friedom 2005, The Heritage Foundation, Washington D.C.

Sur une période de dix ans, les pays les plus libres avaient eu une croissance annuelle moyenne réelle de 2,88 %, les moins libres une décroissance de 1,44 % Situations intermédiaires : 0,97 % et – 0,32 %.

Loin de creuser l’écart entre les peuples, la mondialisation est source de solidarité universelle. L’initiative personnelle est le meilleur moyen de créer cette solidarité quand elle prend le chemin du libre échange. L’échange marchand doit être considéré sous un angle peu connu aujourd’hui, alors qu’il avait été bien analysé par un économiste français duXIXe siècle pour lequel Léon XIII a eu beaucoup d’admiration : Frédéric Bastiat (24).

(24) Frédéric BASTIAT : « La valeur est la relation existante entre deux services qui ont été échangés » (Harmonies Économiques, Chapitre VIII De la Valeur), Bastiat cite la fable de Florian : l’Aveugle et le Paralytique.

L’homme est créateur parce qu’il est serviteur. L’échange repose sur la complémentarité entre les besoins des échangistes. Chacun ne peut satisfaire ses besoins s’il ne va pas au devant des besoins des autres : il n’y a rien de plusextraverti que le marché. Seul l’échange donne de la valeur à notre activité. La

mondialisation n’est jamais que l’élargissement de l’espace des échanges, elle

met en jeu des complémentarités plus nombreuses, des occasions de « servir » jusque là insoupçonnées. Elle est une découverte de la différence et, derrière la

différence, de la mutualité.

Refuser l’échange, fuir la concurrence, c’est refuser de mettre son initiative

au service de la famille humaine.

Le défi, et il est bien souligné par la DSE c’est de rendre l’universalité

intelligible et acceptable par les acteurs de la vie économique.

L’homme a besoin d’enracinement, et se trouver projeté dans un univers

qu’il ne connaît pas, qui ne paraît plus à sa dimension, représente un danger

pour son équilibre personnel, familial et communautaire. Il n’y a, semble-t-il que

deux façons de relever ce défi : c’est de remplacer les liens communautaires nés

du territoire par d’autres liens associatifs, culturels, c’est aussi de compenser

l’enracinement dans le sol par l’enracinement dans la foi. Après tout, des millions

de personnes ont accepté de quitter leurs terres pour aller « ailleurs » : vers la

ville, vers l’étranger. Ce sont souvent ces personnes et ces familles « déracinées »,

ces minorités déplacées, qui ont été à l’origine du progrès économique et qui

ont fondé de grandes nations, comme les États-Unis. La France n’est-elle pas

« terre d’accueil » ? Elle a à ce titre le devoir de continuer, comme elle l’a fait

pendant des siècles, d’enraciner les nouveaux venus dans des valeurs morales

et religieuses sans lesquelles les hommes ne peuvent vivre dans l’harmonie ni

avec les autres ni avec eux-mêmes.

Une civilisation de l’amour

« La mondialisation a priori n’est ni bonne ni mauvaise en soi, mais

dépend de l’usage que l’homme en fait (25). »

(25) Cn # 310 citant Jean-Paul II Discours à l’Académie Pontificale des Sciences Sociales,

2001.

La mondialisation ne peut porter ses bienfaits que dans la perspective d’une

« civilisation de l’amour ». Écoutons Jean-Paul II dans Centesimus Annus « Le

principe de solidarité, comme on dit aujourd’hui, a été énoncé à plusieurs

reprises par Léon XIII sous le nom “d’amitié”. Pie XI le désigna par le terme

non moins significatif de « charité sociale », tandis que Paul VI, élargissant

le concept en fonction des multiples dimensions modernes de la question

sociale, parlait de « civilisation de l’amour », et le Compendium de commenter

L’enseignement social de l’Église suit l’axe de la réciprocité entre Dieu et

l’homme : reconnaître Dieu en chaque homme et chaque homme en Dieu

est la condition d’un développement humain authentique (26).

(26) Cn # 103, citant CA § 10.

Le rôle que nous assigne la DSE c’est d’être les acteurs de cette civilisation, et de participer

à l’évangélisation du monde contemporain.

J’évoquerai encore quelques phrases de Son Éminence le Cardinal Martino, qui a veillé à l’ultime rédaction du texte du Compendium. Dans une conférence

consacrée à l’actualité de la pensée de Léon XIII en décembre 2003, il disait

qu’il faut « unifier l’humanité en mettant l’homme au centre de la mondialisation.

C’est une mondialisation de la solidarité, c’est un code éthique commun qu’il

faut mettre en oeuvre. L’humanité ne peut plus se passer d’une éthique

commune. Il ne s’agit pas d’un système unique ou d’une culture particulière.

C’est dans l’homme qu’il faut chercher les normes de la vie sociale ». Et la transition

entre Jean-Paul II et Benoit XVI est toute naturelle : elle se fait à travers

la charité : « Seule la charité peut changer complètement l’homme » (27).

(27) Cn # 583 citant Novo Millenio Ineunte, lettre apostolique de JP II.

Xavier FONTANET

LE PROGRÈS DE TOUS LES PEUPLES PASSE PAR LA RELOCALISATION DES ACTIVITÉS HUMAINES

Délocalisation… Voilà encore un mot craint et incompris sur lequel se concentre énormément de peur et qui révèle à quel point la culture économique de nos concitoyens doit être renforcée.

La vision de l’opinion publique sur la délocalisation : rapacitédel’employeur,drames pour les employés… la réalité…ce qu’on ne dit pas assez : la délocalisation c’est nous tous en tant que consommateurs qui la

provoquons par nos achats personnels quotidiens

On parle presque tout le temps de la délocalisation dans un contexte négatif et en rendant généralement

l’entreprise responsable :

– soit l’entreprise délocalise pour faire plus de profits,

– soit elle délocalise pour faire plaisir à la bourse,

– soit encore elle délocalise en catastrophe parce que, surprise, elle doit faire face à des concurrents déjà délocalisés.

Avidité ou brutalité, manque d’anticipation, en aucun cas l’entreprise ne sort grandie de cette

affaire. Ceci permet, au passage, de mettre le doigt sur les prétendues contradictions de l’économie concurrentielle et de démontrer en particulier que le bonheur des actionnaires fait nécessairement le malheur des travailleurs.

Tous ceux qui tiennent ces raisonnements ou qui donnent ces explications n’ont pas compris l’économie ou ne veulent pas la faire comprendre à leurs concitoyens, ce qui est une autre possibilité…

En vérité, la délocalisation ce n’est pas l’entreprise qui en est responsable, c’est chacun de nous ! Et cela, on se garde bien de l’expliquer ! Chacun de nous, en tant qu’acheteur la favorise quotidiennement, en remplissant son caddie deproduits dont la production est délocalisée.

Nous n’avons pas appris à mesurer la portée de nos gestes les plus simples et les plus répétitifs.

Quand nous achetons un produit (nous sommes, en France, libres de choisir notre fournisseur et c’est très bien comme cela puisque nous avons là un champ de liberté), nous mettons systématiquement nos fournisseurs en concurrence. Àce que je sache, nous n’avons pas l’habitude de dire au commerçant en sortant du magasin : « Cher ami, je trouve que vos produits sont trop bon marché, voici un billet de vingt euros que je tiens à vous donner parce que vous ne vendez pas assez cher à mon goût ! » Non ! Nous cherchons en général, en faisant jouer la concurrence, à acheter le moins cher possible ; et ceci est bien car la concurrence c’est aussi le reflet de la liberté donnée aux producteurs.

Apprenons la cohérence

L’économie c’est simple… mais c’est aussi l’apprentissage de la cohérence.

On ne peut pas vouloir la liberté pour notre main gauche, celle qui achète, et se plaindre des conséquences de ses actes sur notre main droite, celle qui produit. Nous sommes, chacun de nous, indissociablement, acheteurs et producteurs.

Il est évident que si un concurrent a commencé à fabriquer un produit dans

un pays à main d’oeuvre moins chère (on ne voit pas ce qu’il y a de mal à cela),

et si ce même concurrent réussit à le vendre (son produit aura de bonnes chances

de s’acheter s’il est de bonne qualité et moins cher !) chaque acheteur aura

participé au mécanisme de la globalisation.

Je serais même tenté de lui dire que chacun de nous, en tant qu’acheteur,

va bénéficier du phénomène de délocalisation. Il ne peut pas s’en plaindre ou

alors il doit se restreindre lui-même dans ses achats !

En fait comme nous n’avons pas été suffisamment formés pour

comprendre la base même de l’économie, c’est-à-dire l’échange libre, nous

avons une attitude paradoxale. On veut la liberté et la mise en concurrence quand

on achète, mais on veut aussi le monopole et la tranquillité quand on produit. Le

Français a été abondamment pourvu d’esprit critique et c’est pour moi un mystère

que son indépendance d’esprit se perde dès que l’on parle d’économie.

Une des explications de cet autisme tient à ce qu’en France, probablement

trop de gens ont des revenus obtenus hors marché, et ne peuvent faire naturellement

le lien. Les intellectuels ont trop de poids dans la communication et de

ce fait dans la formation de l’opinion.

Cette méconnaissance de l’économie génère aussi des idées fausses du

même ordre, du type : « C’est le patron qui fait la paye » ou encore « L’entreprise

doit accepter de faire un peu moins de bénéfice pour garder son usine en France ».

Mais si on réfléchit bien, ce n’est pas le « patron/l’entreprise » mais le client

qui fait la paye ! Le « patron/l’entreprise » ne sont que des intermédiaires entre

la demande et la production. Le « patron/l’entreprise » n’ont que l’argent que

leur verse le client. Le « patron/l’entreprise » n’ont pas de pouvoir. La liberté

d’achat qui engendre la concurrence, en fait de simples intermédiaires.

Le phénomène de délocalisation est beaucoup mieux compris partout ailleurs

qu’en France.

Pour tous les employés d’une entreprise très globalisée comme Essilor, elle

est devenue un phénomène naturel.

L’expérience d’Essilor sur trente ans

Nous avons commencé à relocaliser (expression que nous préférons à la délocalisation) nos usines il y a maintenant presque trente ans.

À l’époque nous étions attaqués par un de nos concurrents les plus dynamiques, Hoya, une entreprise japonaise qui avait monté une usine en Thaïlande et qui délivrait ses produits en Europe à des prix que nous ne pouvions plusatteindre. La direction du Groupe a décidé de faire comme eux.

Que n’a-t-on pas entendu alors, en provenance de toutes les forces politiques,

intellectuelles et morales de l’époque ? « Essilor peut très bien financer le

différentiel de coût avec ses profits »… « Pourquoi mettre tout ce monde dans

l’embarras en allant construire des usines aux Philippines ? »

Heureusement nos anciens n’ont pas écouté ces sirènes et ont enclenché

très tôt le processus. L’entreprise a pris son temps pour bien faire les choses,

c’est-à-dire expliquer aux employés et former les ouvriers à de nouvelles tâches.

Comme le problème était pris à temps et très en amont, le résultat a été de ne

pas faire baisser l’emploi mais de le transformer complètement. Le point fondamental…

le facteur temps !

Sur trente ans, l’effectif français a légèrement crû (0,5 % l’an), mais il s’est

complètement transformé en passant d’une population essentiellement ouvrière

à une population principalement constituée de cadres et d’agents de maîtrise.

La transformation a été facilitée car l’entreprise a pu conserver de bons résultats

qui ont permis de financer d’importants efforts de recherche assurant eux-mêmes

le succès de produits sophistiqués et rentables.

Contrairement à ce que l’on imagine, la tenue des résultats a été donc été rendue possible en partie grâce à ces délocalisations. Si nous ne les avions pas

réalisées à temps, l’emploi aurait chuté sur la durée ! Pour Essilor la délocalisation

a été créatrice d’emplois sophistiqués en France et a renforcé l’entreprise

dans son ensemble.

La relocalisation a amélioré le sort de tout le monde, absolument tout le

monde : les employés, les actionnaires et les clients.

Bien sûr cela a demandé des efforts à tous : aux ouvriers qui ont accepté

de se remettre en cause, aux expatriés partis avec leurs familles monter les usines

dans des conditions parfois difficiles ; on ne leur rendra jamais assez hommage

ainsi qu’à leurs épouses. Mais, à mon avis, faire croire à ses concitoyens que

tout peut se réaliser sans efforts n’est pas leur rendre service !

On n’insistera jamais assez dans cette affaire sur la nécessité de disposer d’un système éducatif performant (il faudrait même dire plus performant que celui de ses voisins) car c’est lui qui forme les enfants d’ouvriers pour que ceux-cideviennent ingénieurs à la génération suivante.

Pour une entreprise comme Essilor, le processus continue actuellement…

mais sur d’autres territoires. Il y a deux ans c’étaient les États-Unis d’Amérique, l’an

dernier, nous avons relocalisé les productions d’une usine de Corée vers la Chine (la

Corée n’étant plus compétitive pour certaines catégories de produits). C’est d’ailleurs,

en un sens, un bon point pour la Corée car cela démontre que le pouvoir

d’achat est vraiment en train de progresser rapidement ! Il faut ajouter que les cent

cinquante ouvriers dont nous nous sommes séparés ont retrouvé du travail en moins

d’une semaine ! Il faut savoir que le taux de chômage en Corée est de… 3,2 %.

Généralement, la compréhension par les peuples, des vertus de la délocalisation

va de pair avec la fluidité du marché du travail (Corée et États-Unis sont

des exemples à étudier) qui fait que les employés se replacent très rapidement

et ne souffrent pas des évolutions de l’appareil de production. Ces mêmes pays

ont en général de bons systèmes éducatifs qui font progresser le savoir faire de

la population d’une génération sur l’autre.

Dans les pays où le marché du travail fonctionne correctement, le phénomène

de délocalisation que l’on appelle relocalisation, est une formidable source

d’enrichissement.

Nous avons énormément de progrès à faire en France sur ces deux plans !

La clef dans cette affaire

c’est la durée, l’anticipation permet

d’accompagner les changements

On ne parle jamais du facteur temps, pourtant il est « clef ». Trente ans, l’horizon sur lequel nous avons vécu ce phénomène, c’est considérable.

Trente ans c’est le temps de former l’enfant d’un ouvrier pour l’aider à devenir ingénieur ou agent de maîtrise. Avec de l’anticipation et un bon système éducatif il n’y a absolument aucune raison d’avoir peur.

Cela dit, l’anticipation n’est pas chose aisée et n’est guère facilitée en France. Le Français est un des peuples les plus conservateurs de la terre ; on parle de spécificité française mais cet usage impropre des mots est une façon de masquer la réalité : le conservatisme.

Jean Monnet avait une jolie expression : « Les Français ne bougent que

dans la nécessité et ne voient la nécessité que dans la crise. »

Anticiper est difficile, il faut lutter contre la démagogie, les raisonnements

au premier degré et l’opinion ; en pratique il faut souvent passer outre et braver

les vents contraires le temps que la décision produise son effet.

La délocalisation c’est aussi

une forme de générosité

pour les pays d’accueil

Entre une ONG caritative agissant à Manille et une entreprise qui délocalise,

dans des conditions correctes et respectueuses de ses employés, une production

aux Philippines, la différence, au fond, est-elle si grande ?

Jean-Paul II avait une intuition sublime, parlant des Polonais, il a dit à un

de mes amis qui le visitait : « Surtout, ne leur faites pas de dons, achetez leur des

produits ! »

Je regrette toujours de ne pas pouvoir emmener plus de monde prendre

conscience sur le terrain, de la réalité de la délocalisation, surtout sur la durée.

Sur trente ans nous avons réellement pu aider des villes à se développer ; grâce

aux salaires versés et aux métiers appris, les ouvriers ont vécu beaucoup mieux que

si nous ne nous étions pas installés. Certains ont pris des cours après le travail, ils ont

progressé dans leur métier. Aujourd’hui, nous avons des enfants d’ouvriers de nos

usines de Thaïlande et des Philippines qui sont traders à New York !

La délocalisation c’est une affaire

déjà ancienne

La première délocalisation s’est à vrai dire produite le jour où le premier

paysan a acheté sa faux à un artisan spécialisé du village au lieu de la fabriquer

lui-même…. Depuis que le commerce existe, depuis que l’autoproduction s’est

éteinte, le phénomène de délocalisation s’est mis en marche ; le champ géographique

s’est entendu progressivement entraînant la baisse des coûts et l’augmentation

générale du niveau de vie.

Évidemment ceci demande à chacun de changer ses habitudes de travail.

Il faut accepter une certaine flexibilité ou évolution dans son métier. Mais la fixité

du travail, la répétition quotidienne des mêmes gestes, est-ce vraiment un idéal

vers lequel tendre ? La flexibilité engendre le progrès.

La délocalisation permet de baisser les prix, libérant ainsi des ressources

vers d’autres consommations. La délocalisation participe à la croissance.

Dans cette affaire tout le monde

y gagne sauf ceux qui ont peur

du changement !

À vrai dire, on devrait expliquer que la délocalisation est une des manifestations

de la mondialisation où tout le monde peut gagner. Dans les pays développés,

les enfants des ouvriers deviennent contremaîtres ou ingénieurs, les

consommateurs français voient les prix des produits chuter, ce qui leur permet

de porter leur consommation sur d’autres biens et services. Les pays d’accueil

sortent du sous-développement, les actionnaires, qui sont en général des

retraités, voient leurs retraites assurées.

Cette vision peut sembler basse ou trop optimiste. Il faut simplement savoir

que c’est ce mouvement profond qui est à l’oeuvre et qui transforme nos économies

depuis longtemps. C’est un des ingrédients de la croissance.

Pour ceux qui n’ont pas peur, et qui sont prêts à bouger, nous vivons une

période unique ; nous vivons, sans le savoir, l’époque où le taux de croissance

de l’économie a été le plus rapide de toute l’histoire de l’humanité.

Devant nous, la montée en puissance de la Chine puis de l’Inde, nous

permet d’envisager encore vingt ou trente ans de croissance rapide au niveau

mondial (bien sûr s’il n’y a pas de crise politique majeure), ce qui permettra aux

peuples audacieux une forte montée de leur niveau de vie.

Si vous êtes arrivés au bout de ces quelques lignes, vous avez compris que pour bien vivre et bénéficier des relocalisations, nous avons devant nous deux immenses chantiers : l’amélioration de notre marché du travail et le perfectionnement de l’éducation de nos enfants.

Fred AFTALION

UNE GAGEURE : EXPRIMER DES IDÉES CLAIRES AVEC DES MOTS OBSCURS

« Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement

Et les mots pour le dire arrivent aisément »

Boileau

Des termes barbares et rébarbatifs

Depuis quelque temps déjà notre vocabulaire s’est enrichi, si l’on peut ainsi dire, de néologismes aussi déplaisants à entendre que difficiles à prononcer et dont on se doute qu’ils recouvrent une pensée un peu floue.

Qu’il s’agisse de multilatéralisme, de multiculturalisme ou d’altermondialisme pour ne pas parler de souverainisme,de communautarisme ou de consumérisme, ces mots nouveaux en « ismes » parce qu’ils sont propagés par les médias, risquent de devenir d’un emploi courant et méritent donc qu’on s’interroge sur leur signification.

Êtes-vous multilatéraliste ?

Le multilatéralisme a connu une vogue récente pour la raison qu’il s’opposait à « l’unilatéralisme » des États-Unis à propos de l’Irak.

La France a été à la pointe de ce combat, ce qui peut surprendre lorsque

l’on étudie son passé.

On ne se souvient pas en effet que Napoléon, gloire nationale s’il en fut,

ait consulté quiconque avant de répandre à flots le sang français sur les champs

de bataille pour laisser finalement son pays plus petit qu’il ne l’avait trouvé.

Plus près de nous et dans un cadre nécessairement plus restreint, de Gaulle

n’aurait toléré aucune opposition lorsqu’il s’est agi de régler de la manière que

l’on sait le problème algérien ou encore de quitter les structures du commandement

intégré de l’OTAN.

Certes il est irritant, pour une ancienne grande puissance, de constater

que, depuis la chute du Mur de Berlin et en raison des sacrifices financiers

consentis par les contribuables américains, les États-Unis sont devenus la seule Nation qui compte dans le Monde sur le plan militaire.

Si encore l’arsenal dont ils se sont dotés conservait un caractère purement dissuasif et n’était pas utilisé à des fins belliqueuses, personne n’y trouverait à redire.

Pendant longtemps du reste, il a été extrêmement difficile d’entraîner les

États-Unis dans des entreprises guerrières et on sait qu’à l’occasion des deux

grandes tueries mondiales de 14-18 et de 39-45, ils ont quelque peu tardé avant

d’envoyer leur fils se faire tuer sur des théâtres d’opération extérieurs pour mettre

fin à des guerres qu’ils n’avaient pas provoquées.

Plus récemment, c’est à la demande expresse de ses partenaires de l’OTAN

qui s’épargnèrent la peine de consulter l’ONU à cette occasion, que le Président

Clinton, s’agissant du Kosovo fit entrer son aviation en action, faisant de cette

province historiquement Serbe et orthodoxe une annexe de l’Albanie

musulmane.

Les évènements du 11 septembre 2001 ont modifié, il est vrai, l’attitude

des États-Unis, les incitant à s’en prendre à ceux qu’ils considèrent comme leurs

ennemis, avec l’aide de leurs alliés si possible et sans eux si nécessaire.

C’est cette tendance unilatéraliste qui heurte nos multilatéralistes et même

les inquiète car le Président Bush est un Texan qui n’a pas suivi les cours de

géopolitique de l’ENA et pourrait s’en remettre aux conseils de ses experts au

lieu d’écouter ceux des nôtres. D’où sa décision de s’en prendre à Saddam

Hussein comme s’il s’agissait d’un autre Milosévic et son désir un peu fou de

vouloir remettre de l’ordre dans le bourbier irakien.

Or la France comme l’Allemagne se sont converties au multilatéralisme au

moins dans le cas de l’Irak et ont considéré que l’ONU dans sa sagesse, à condition

d’être dûment consultée, saurait trouver les moyens de résoudre les problèmes

liés au terrorisme.

Plutôt que de dépendre d’une Amérique devenue par trop fougueuse, mieux

aurait donc valu se conformer au vote des Nations Unies où se seraient mêlées

les voix de pays plus kleptocratiques que démocratiques avec celles de puissances

que les erreurs passées et l’absence de capacité militaire semblent avoir convaincues

de la nécessité de recourir en toutes circonstances au dialogue.

Les multilaréralistes vivent certainement des temps difficiles, ne serait-ce

que parce qu’en certaines circonstances leurs intérêts les conduisent eux aussi

à l’unilatéralisme.

Essayez, par exemple, lors de négociations dans le cadre de l’Organisation

du Commerce International à Doha ou à Cancùn, de faire comprendre aux pays

riches de la Planète que pour promouvoir le libre-échange qu’ils réclament, il

leur faudrait renoncer aux aides qu’ils distribuent si généreusement à leurs agriculteurs,

ce qui permettrait aux pays pauvres de commercer davantage avec eux.

Ainsi sous la bannière du multiculturalisme se cachent bien des sousentendus,

eux-mêmes à l’origine de nombreux malentendus.

Une nouvelle idéologie : le multiculturalisme

On a longtemps appris dans nos écoles qu’il existait différentes cultures et

que les civilisations auxquelles elles se rattachaient avaient connu des fortunes

diverses.

Certaines ayant brillé d’un vif éclat avaient fini par stagner puis par disparaître

tandis que d’autres prenaient leur essor et enrichissaient le monde des

trésors de leur Art et de leur Littérature.

Tel, pensait-on, était le cas de la civilisation occidentale qui en outre se

distingua par sa maîtrise incontestée dans le domaine des sciences et des techniques,

domaine en principe accessible à toute personne douée de raison quelle

que soit son origine.

De là à établir un jugement de valeur entre les cultures, il n’y avait qu’un

pas que certains occidentaux présomptueux n’hésitaient pas à franchir comme

si le fait d’avoir, un temps, dominé la Planète était un signe de supériorité. Le

multiculturalisme entend remettre de l’ordre dans ces divagations en se fondant

sur le relativisme culturel et en refusant d’admettre qu’une culture particulière

puisse être meilleure ou moins bonne qu’une autre.

Le principe d’égalité habituellement appliqué aux hommes en termes de

Droits est ainsi étendu aux cultures en termes de valeur.

La méthode la plus sûre pour respecter ce principe est de réduire les prétentions

de l’homme blanc « machiste » et d’exalter la valeur de cultures dont

l’apport est trop souvent déprécié par ceux qui se croient supérieurs.

Ainsi on a trop longtemps pensé que Christophe Colomb avait découvert

l’Amérique, ce qui voudrait dire qu’en tant que représentant de la culture occidentale,

il avait pour but précis d’explorer et d’évangéliser le Nouveau Monde.

Si vous supposez en revanche que ce navigateur est tombé par hasard sur l’île d’Hispaniola en cherchant tout autre chose, vous minimisez son rôle et vous

permettez d’imaginer que les Indiens d’Amérique auraient pu tout aussi bien

découvrir l’Europe.

Les mots ont donc une signification très importante aux yeux des multiculturalistes.

L’adjectif « primitif », par exemple, a un sens trop péjoratif pour désigner des peuplades qui auraient pu connaître un développement culturel plus intense

si elles ne s’étaient heurtées au fait colonial dont on peut dire qu’il a empêché

les aborigènes de sortir de leur réserve. Aussi désigne-t-on désormais par « Arts

premiers » les productions artistiques d’Afrique Noire ou d’ailleurs, autrefois qualifiées

de primitives, créant ainsi pour elles une expression plus flatteuse qui

justifiait à la fois la construction de musées pour les exposer et l’engouement

d’un public n’ayant que trop tardé à en apprécier la valeur.

Désormais, seuls les primitifs italiens pourront être qualifiés de la sorte, ce

qui ne saurait, on l’espère, diminuer en rien notre appréciation des oeuvres qu’ils

ont créées avant que n’apparaisse l’Art de la Renaissance.

Quoi qu’il en soit cependant, les multiculturalistes se trouvent amenés

malgré eux à accorder à la culture occidentale un rôle particulier sinon on ne

voit pas pourquoi ils exigeraient de ceux qui s’en réclament qu’ils assument des

responsabilités qui ne sont plus les leurs.

Comment concilier, en effet, le respect que l’on doit aux adeptes d’autres

cultures avec l’aide technique et financière que l’Occident devrait leur accorder

pour qu’ils rejoignent précisément le niveau de vie occidental et en quoi peut-on

à la fois dire que toutes les cultures se valent et prendre comme référence celle

dont on prétend qu’elle n’a rien de supérieur ?

Les partisans de l’idéologie multiculturelle devraient s’intéresser aux peuples

ayant leur culture propre comme le font les structuralistes du Professeur

Lévy-Strauss ou d’autres ethnologues à l’esprit curieux qui se bornent à étudier

leurs moeurs et leurs coutumes et, pensant qu’ils sont heureux ainsi, ne cherchent pas à leur faire quitter leur pagne et leurs sagaies pour les voir se perdre dans les affres d’un monde matérialiste et jouisseur où il ne fait plus si bon vivre.

Ainsi personne n’ambitionnerait de s’égaler à l’autre et chacun restant fier de son appartenance, éviterait, comme le souhaitent les multiculturalistes euxmêmes, d’établir des comparaisons oiseuses entre les différentes cultures.

L’altermondialisme et le renouveau

de la pensée économique

On rattache généralement les grandes créations de la pensée et des Arts

à des personnalités qui y ont pris une part prépondérante : la Relativité à Albert

Einstein, le Positivisme à Auguste Comte, le Cubisme à Pablo Picasso.

Aussi serait-il juste d’attribuer l’Altermondialisme à José Bové, le pâtre du

Larzac.

Certes ce terme d’altermondialisme, est d’un emploi très récent et la doctrine

à laquelle il s’applique paraît encore mal définie. Mais le préfixe « alter »

accolé à mondialisme est de loin préférable à « anti », préfixe à connotation

négative qui l’avait précédé et donne de plus, phonétiquement au moins, du poids aux idées que la nouvelle doctrine pourrait véhiculer.

Il est vrai qu’occupé à détruire des champs de cultures transgéniques quand

ce n’est pas à « démonter » des restaurants fournissant une nourriture bon

marché mais non « bio », le chantre de l’altermondialisme qui doit en outre

répondre à des interviews et assister à de multiples colloques et rassemblements,

n’a pas eu le temps jusqu’ici de nous dire quelle autre forme de mondialisme il propose pour remplacer celle qu’il accuse de tous les méfaits.

S’agit-il dans son esprit de revenir au bon vieux temps où chaque pays se

suffisait à lui-même sans craindre la concurrence de fournisseurs étrangers

enclins à pratiquer des prix de « dumping » pour écouler leur production ?

Ou bien si, de fait, les nouvelles technologies ont rendu instantanée la

communication à travers le monde, faudrait-il au moins, par des barrières douanières

élevées et des taxes punitives, ralentir le flux des marchandises et des

capitaux qui se déversent d’une région à l’autre sans le moindre contrôle ? Sur

ces points les altermondialistes n’ont pas encore eu le temps de proposer des

solutions précises.

Ils ont certes défini leur bête noire, la multinationale, surtout lorsqu’elle est

américaine et à plus forte raison quand elle prétend introduire dans la vieille

Europe qui veille à la santé de ses habitants, des organismes génétiquement

modifiés dont on ne sait quels ravages ils pourraient provoquer si on n’en bannissait

l’usage au nom du principe de précaution.

Ils pensent aussi que le mondialisme qui a pour corollaire la libre concurrence

laisse la part trop belle aux nations où l’État s’est fait modeste et où les

entreprises conservent le goût de la performance et du travail bien fait, alors

que, comme ils en sont eux-mêmes la preuve vivante, on peut fort bien subsister

en allant d’un rassemblement à un autre grâce aux aides dispensées par des

associations généreuses financées par la puissance publique.

Par ailleurs les altermondialistes comme du reste les trotskystes, les écologistes

et les archéo-communistes de leur entourage sont convaincus, non seulement

qu’il existe un abîme qui sépare les pauvres des riches, ce qui est une

évidence, mais encore que la richesse des uns s’acquière aux dépens de la misère

des autres comme s’il s’agissait d’un jeu à somme nulle.

Certes, comme on l’a vu, les aides généreuses et les protections douanières

que les États-Unis, l’Europe de l’Ouest et le Japon accordent à leurs agriculteurs

sont un obstacle majeur au développement des pays pauvres, mais à aucun

moment nos altermondialistes n’ont proposé qu’elles soient supprimées.

Si du reste leurs pérégrinations de Seattle, à Gênes et à Cancun leur avaient

laissé le temps d’acquérir quelques notions d’économie comparée, ils auraient

appris que les peuples pauvres sont victimes non de quelques multinationales

trop performantes mais de l’absence dans l’espace qu’ils occupent de trois éléments

indispensables à tout progrès matériel : le droit de propriété, le respect

des Lois et la possibilité de commercer librement à l’échelle mondiale.

Peut-être dans leur for intérieur les amis de José Bové se rendent-ils compte

qu’il sera bien difficile de réunir ces trois éléments dans bien des régions du Monde

puis d’y ajouter l’ardeur au travail et l’envie de se surpasser qui restent l’apanage

de ceux qui apportent son dynamisme à l’économie des pays les plus riches.

Et c’est sans doute pourquoi ils s’abstiennent dans l’immédiat de proposer

des solutions à un problème qui dépasse les esprits les mieux intentionnés de

leur mouvance.

Un peu de sémantique

De ce qui précède, on aura compris que bien des néologismes servent

d’habillage à des idées ambiguës.

Dans un certain sens les adjectifs peuvent avoir une signification plus claire

que nombre de substantifs en « ismes ».

Ainsi, s’agissant du Commerce International, il est évident que les négociations

multilatérales sont préférables aux bilatérales car elles concernent un

plus grand nombre de parties prenantes et parviennent en cas de réussite à

accroître la prospérité des participants.

Le multilatéralisme, par contre, n’est bien souvent que le cache-misère des

nations qui n’ayant plus les moyens de pratiquer l’unilatéralisme cherchent par

des alliances plus ou moins contre-nature à paralyser l’action de la puissance

dominante.

De même il peut être fort bénéfique de participer à un colloque multiculturel

où chaque représentant d’une culture particulière compare ses vues avec

celles de ses homologues de cultures différentes.

Mais ce que l’on appelle multiculturalisme n’est en fait qu’une idéologie

visant à nier toute supériorité à une culture, l’occidentale en l’occurrence, et à en vanter d’autres que seuls des contempteurs passéistes considèrent comme n’apportant pas aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui les valeurs nécessaires à leur épanouissement.

Dans le même ordre d’idées, mondial veut dire qui intéresse le monde

entier mais mondialisme désigne plus particulièrement des transactions libres à

travers la planète. Dès lors les antimondialistes se caractérisaient jusqu’ici par

leur opposition à de telles transactions, une attitude difficile à défendre dans le

contexte actuel.

D’où le recours au terme d’altermondialisme qui a l’avantage de ne plus rien signifier et de se prêter par là-même à toutes les interprétations. La langue française est assez riche pour pouvoir se passer de ces néologismes

à moins qu’on ne veuille précisément en faire usage pour révéler des arrières pensées ou, plus grave encore, pour cacher une absence totale de pensée.

BONNES FEUILLES

Guy MILLIÈRE

LE FUTUR SELON GEORGE W. BUSH (1)

(1) Édition Page après page 269 p., 15 €.

Si nous sommes en retard pour présenter le dernier ouvrage de Guy MILLIÈRE, c’est que celui-ci écrit plus de livresdans l’année que nous éditons de bulletins ! Qu’il nous pardonne !

Voici donc quelques extraits du « Futur selon George W. Bush ».

Vous comprendrez que devant la multitude de livres anti-Bush et anti-Amérique il aille de temps en temps contrer des informations délétères. C’est la préoccupation constante de Guy MILLIÈRE qui pose ici la question : « Que serait le monde sans l’Amérique ? »

Le monde sans l’Amérique

La meilleure façon de discerner ce qu’est l’Amérique, écrivait Paul Johnson est d’imaginer, pour un instant, ce que serait le monde sans l’Amérique.

Comment, sans l’Amérique, la Première Guerre mondiale se serait-elle achevée ?

Hitler, cette émanation de pathologies européennes, aurait-il pu parvenir à ses

fins ? Aurait-il achevé le génocide entrepris ? Peut-être le vainqueur eût-il été

Staline ? Aurions-nous connu une soviétisation planétaire ? Que se serait-il passé

si l’Union Soviétique avait eu, un temps, le monopole de l’arme atomique ?

Aujourd’hui encore : sans l’Amérique, sommes-nous certains que l’islam radical

ne tisserait pas ses réseaux sur la planète ? Le wahhabisme n’est pas né il y a

trente ans, mais il y a plus de deux siècles. Le ressentiment anti-occidental dans

le monde arabe s’est trouvé alimenté au vingtième siècle par la colonisation

française et anglaise. L’Amérique est détestée par les islamistes simplement

parce qu’elle est l’ennemi principal, et les islamistes savent que si l’ennemi principal

tombait, le reste suivrait rapidement.

Imaginer un monde sans l’Amérique entraîne immédiatement dans une

succession presque infinie de suppositions et de spéculations qui reconduisent

toutes au risque du chaos ou à celui, symétrique et mortifère, de l’ordre totalitaire.

Imaginer un monde sans l’Amérique poursuivait Paul Johnson, c’est imaginer

un monde sans l’accomplissement de la civilisation occidentale en ce qu’elle

a eu de plus fécond. C’est d’ailleurs ce que ne lui pardonnent pas ses ennemis.

L’Amérique c’est une idée et un idéal qui ne cessent de se concrétiser et

de se trouver portés plus loin. C’est un espoir pour ceux qui rêvent d’émancipation

et une menace permanente pour tous les détenteurs de privilèges, pour

ceux qui rêvent d’arbitraire, de dictature, d’oppression.

L’Amérique n’a pas décidé d’avoir des ennemis, mais elle en a de par ce qu’elle incarne, et parce que ceux qui sont l’antithèse de l’Amérique ne peuvent que vouloir détruire, quitte à se détruire eux-mêmes.

L’Amérique a toujours eu des ennemis, puissances coloniales au dix-neuvième siècle, régimes autoritaires et totalitaires au vingtième siècle, néo-totalitarisme islamique au vingt-et-unième siècle.

Force révolutionnaire

L’Amérique reste une force révolutionnaire. Elle est, de facto, matrice d’innovation, d’invention, elle a vu naître la micro-information et internet, la connectivité qui est au coeur de la mondialisation accélérée qui se déroule

aujourd’hui. Elle place toutes les forces de réaction sur la défensive, tant elles

discernent qu’elles pourraient bien tout perdre.

Loin des pusillanimités intellectuelles qui nous agitent et qu’on retrouve quelquefois sur les campus universitaires aux États-Unis, l’Amérique reste fidèle à ses principes fondateurs. Si elle s’en écarte, ce n’est jamais de beaucoup etjamais pour très longtemps.

Chaque matin dans les écoles, on prête serment devant le drapeau. « C’est du patriotisme », m’a dit David, « Mais le patriotisme américain est un patriotisme bien particulier, c’est incontestable, il soude les gens autour de l’idéal et les incite à ne jamais oublier. »

C’est parce qu’on n’oublie pas qu’on connaît toujours en Amérique la différence entre le bien et le mal. C’est parce que cette différence est au coeur de l’idéal. C’est aussi parce que les Américains, pour la plupart, savent clairement au fond d’eux-mêmes ce que c’est que le mal. La plupart d’entre eux ont émigré vers l’Amérique pour échapper à la servitude, à la misère, à l’oppression et pour vivre libres. Le mal ? C’est ce qu’ils ont fui. C’est ce dont les préservent les fondements de l’Amérique, et ces fondements seront toujours vivants : chaque nouvelle vague d’immigrants leur apporte un souffle nouveau.

Le sens de l’Amérique

Les néo-conservateurs en ce contexte ?Des gens comme David Horowitz qui ont retrouvé le sens de l’Amérique, l’idée et l’idéal. Des gens qui se sont adonnés au travail intellectuel et qui, pour la plupart d’entre eux, se sont trompésdans leur jeunesse : comme moi, à l’époque où je fréquentais la City Lights

Bookstore à San Francisco. Des idéalistes actifs dans la lignée de Ralph Waldo

Emerson. Des problem solvers. Des reaganiens du vingt-et-unième siècle.

Des hommes et des femmes qui sont sûrs de leurs droits et de leurs devoirs.

Des hommes et des femmes qui savent ce que c’est que l’Amérique et qui veulent

que l’Amérique reste l’Amérique, parce qu’ils ont compris que le sort du monde

en dépend très vraisemblablement. Des hommes et des femmes qui, comme

Paul Johnson, l’Anglais, ne peuvent imaginer un monde sans l’Amérique que

comme un cauchemar. Des hommes et des femmes qui pensent que le bien

droit triompher du mal, même (ou peut-être surtout) si c’est un combat toujours

recommencé.

[…] Pourquoi la nouvelle révolution américaine qui est en marche fait-elle peur à tant d’Européens ?

Parce que « les Européens de façon générale n’aiment pas s’avouer qu’ils n’incarnent plus vraiment la fécondité, le dynamisme et la liberté, ou plus autant qu’avant, et qu’ils aiment encore moins que ce soient les États-Unis qui jouentce rôle sur la planète désormais », répond Bennett. Parce qu’aussi peut-être, « l’Europe vieillit et perd son dynamisme ».

LIRE LIBÉRAL

Philippe SIMONNOT

LES PAPES, L’ÉGLISE ET L’ARGENT, HISTOIRE ÉCONOMIQUE DU CHRISTIANISME – DES ORIGINES À NOS JOURS.

(Bayard – 810 pages)

« Tout est réductible au calcul, il s’étend jusqu’aux choses purement morales »

écrivait en 1734 le parlementaire bordelais Jean-François Melon, cité par Philippe

Simonnot en exergue de l’ouvrage magistral qu’il livre sur l’histoire économique

du christianisme.

Tout ? Peut-être, mais l’Église catholique ? Les préventions sont faciles à

deviner, même chez les esprits les mieux disposés. Ils objecteront qu’on ne peut

réduire la religion à une question financière, soupçonneront quelque survivance de

la vulgate marxiste, quand ils ne redouteront pas de voir une nouvelle fois aligner

d’affligeantes banalités sur la richesse de l’Église catholique opposée à celle de ses

fidèles. À moins que, sur un plan plus méthodologique, ils ne haussent les épaules

à l’idée de vouloir embrasser deux mille ans d’une histoire protéiforme.

Ils auront tort. Philippe Simonnot se montre aussi respectueux de son objet

que de la méthode pour l’étudier. Ce faisant il apporte une pierre importante à

l’histoire économique des institutions. Il montre ce que la grille économique peut

avoir de fécond quand elle n’est pas dogmatique. Ici, point de courbes ou de

statistiques. Un discours d’abord fondé sur l’histoire elle-même, laquelle est vue

sous le prisme des relations d’un organisme avec son environnement financier.

Le livre refermé, le lecteur, s’il est demeuré fidèle à son baptême dans la

foi catholique apostolique et romaine n’aura aucune raison de manifester sa

désapprobation. Au contraire, il admirera davantage encore le fonctionnement

du trône de Pierre tout comme il comprendra d’où vient et ce que signifie son

modeste don à la quête dominicale. Le lecteur le plus agnostique ne sera pas

moins satisfait. Ce qui pourrait lui apparaître comme une énigme, la survivance

de l’Église catholique, n’en sera plus tout à fait une. Il aura mieux compris pourquoi l’un, parmi les nombreux courants réformateurs du judaïsme ancien,

a réussi à s’imposer parmi les autres, à durer contre l’adversité des siècles et

continue d’être en expansion (mais oui, il l’est) deux mille ans plus tard. Le même

lecteur agnostique comprendra aussi les raisons pour lesquelles cette monarchie

élective unique au monde a très peu de raison de liquider les raisons qui ont fait

son succès, fût-ce sous les terribles objurgations de la société moderne, et notamment

l’abstinence des prêtres et la continence prônée aux laïcs.

Une fresque passionnante

Tous les deux, celui qui croit au Ciel et celui qui n’y croit pas, auront

beaucoup appris dans le décryptage historique. Au fil de huit cents pages narratives,

des épisodes-clef comme la « donation » de Constantin, le couronnement

de Charlemagne, Canossa, l’exil d’Avignon, le sac de Rome, les accords du

Latran et mille autres événements prennent un tout autre relief sortis de leur relation convenue.

Car le livre de Philippe Simonnot n’est pas qu’une grille d’analyse pour

expliquer les soubassements économiques du succès du christianisme romain,

c’est toute une histoire de la papauté qui défile sous nos yeux. Depuis les temps

les plus obscurs, jusqu’à aujourd’hui, rien ne semble avoir échappé à l’auteur.

Avec cette synthèse exceptionnelle, jamais simplificatrice, tour de force d’érudition

maîtrisée, un pan capital de l’histoire occidentale s’éclaire soudain.

Quelle est la base de l’analyse économique ? l’analyse des comportements

vis-à-vis de la rareté dans un monde concurrentiel. Le monde religieux de l’Antiquité

romaine n’échappe pas à ce schéma. L’offre religieuse y est très segmentée,

avec des avantages somme toute très faibles proposés à ceux qui adhèrent.

Le monothéisme est d’emblée plus attirant, avec son universalisme, ses

clefs du monde et ses perspectives de vie future. L’empire est au zénith quand

s’affrontent une poignée de propositions majeures, parmi lesquelles, une fois

évincé le culte de Mithra, ne subsistent plus guère que le judaïsme synagogal et

le judaïsme chrétien. Les deux sont prosélytes, mais les deux n’offrent pas la

même séduction quant à l’offre religieuse. Au passage, dans la très vieille querelle

propagée par Edward Gibbon sur les responsabilités du christianisme dans la

chute de l’empire romain d’occident, Philippe Simonnot se range résolument

du côté de ceux qui exonèrent totalement la religion nouvelle.

Produit par la supériorité du principe concurrentiel

Parti deux ou trois siècles auparavant, Philippe Simonnot commence par

retracer les débuts du christianisme en Palestine puis son expansion dans tout l’Empire. Chaque fois le grand principe concurrentiel sera d’offrir davantage

tout en cassant les prix d’entrée. À rebours de la conception étroite du judéochristianisme

(le seul cas où l’on devrait employer cette expression) prônée par

Jacques, fondée sur un retour au judaïsme royal, Paul, abolit toutes les frontières

et ouvre un immense marché : celui des gentils. L’offre comporte le partage

d’une généalogie prestigieuse, qui fait descendre les Chrétiens en droite ligne

d’Abraham, une possibilité d’être accepté en échange de sacrifices réels mais

avantageux au regard d’une promesse d’immortalité. Face à son rival pharisien,

le judaïsme chrétien peut l’emporter.

Comme chacun le sait, l’heure du triomphe sera proche de celle de la plus

grande menace : à peine (aux yeux de l’histoire) le christianisme a-t-il réalisé son

rêve, régner à Rome, en devenant religion d’État, la partie occidentale de l’Empire

s’effondre. Du moins, sous sa forme politique. Comme le plus souvent dans

l’histoire de l’Église, cette apparente catastrophe se révèlera une chance : elle

reste seule en lice. Ces ruses se renouvelleront durant toute son histoire au point

d’en faire la trame et l’un des attraits du livre de Philippe Simonnot. Mille cinq cents

ans plus tard, lorsque les armées italiennes de Victor Emmanuel conquerront les

États pontificaux, beaucoup penseront que l’Église n’y survivrait pas. Ce fut une

nouvelle chance qui s’offrait à elle, se retrouver délivrée d’un pouvoir temporel qui

la lestait plutôt qu’il ne la soutenait. « À la longue, le soutien étatique » ruine « la

position éthique » écrit Philippe Simonnot. Même les spoliations dont l’Église sera

régulièrement victime au cours des siècles finiront par la servir en lui permettant de

retourner à ses fondamentaux. « La barque de Pierre est dirigée avec une gaffe »

disait spirituellement Monseigneur Duchêne. Même les erreurs deviennent des

atouts. Une fois encore, rien que pour cette vue cavalière et paradoxale de l’histoire

de la Papauté, le livre de Philippe Simonnot mérite la lecture.

Cependant, une simple analyse historique fondée sur un modèle concurrentiel

ne serait pas suffisante, si ne s’y ajoutait l’élément financier. Là aussi, le

livre de Philippe Simonnot est simple, dense, pénétrant. Le modèle est celui du

Temple de Jérusalem, financé par la diaspora, dont l’économie innerve le monde

romain. Fidèle serviteur d’une économie de prédation, Titus fait disparaître le

Temple, mais pas son modèle économique, fait de dons et de contraintes qui

relient le centre à sa périphérie. Dès lors commence, pour l’Église, toute l’histoire

de ce que Philippe Simonnot nomme, en clin d’oeil à la « part maudite »

de Georges Bataille, « la part bénite » autrement dit la part du revenu global

fléché vers la sphère ecclésiastique.

Ressorts et ressources de la « part bénite »

C’est ici que Philippe Simonnot ajoute un élément essentiel à l’analyse,

dans la mesure où il fait du célibat de l’ordre sacerdotal le motif justificateur du

versement de la part bénite et – c’est la surprise du livre – le ferment non seulement

de la prospérité de l’Église catholique mais encore de son exceptionnelle

capacité de maintien. Le célibat, et les formes d’exaltation qui l’entourent, va

permettre de faire la différence avec le judaïsme pharisien, puis de faire refluer

l’Islam, enfin de contenir la réformation luthérienne. Plus encore, l’entretien

d’un clergé célibataire loin d’être seulement une charge, constitue le moyen de

résoudre le paradoxe permanent que constitue l’enrichissement d’une structure

dont le récit fondateur prône la pauvreté comme vertu suprême. Pour être un

truchement efficace vers le salut éternel le clergé doit être dégagé d’un certain

nombre d’obligations matérielles, tout comme il doit être financé pour être l’outil

temporel de la réalisation sur terre d’un certain nombre de préceptes évangéliques.

Car si la pauvreté est sainte, elle n’en doit pas moins être combattue, et

par conséquent l’aide aux pauvres est un devoir. Celle-ci ne peut se résumer à

quelques bonnes paroles. Il y faut du concret. Cela viendra vite. Dès Grégoire

le Grand, l’Église a repris à son compte l’État providence des Gracques. Dès

lors tous les ingrédients sont rassemblés pour attendre le retour du Messie. Grâce

au célibat, l’Église n’a pas de difficultés de succession, c’est une monarchie élective

qui a toujours un successeur disponible (parfois deux ou trois, mais l’ordre

se rétablit assez rapidement). Elle peut ainsi voir s’écrouler sans être entraînée

dans leur chute les empires et les royaumes dont, de Constantin à Gorbatchev

en passant par Pépin et les Ottoniens, elle aura su tirer parti. Héritière de la

Rome antique à maints égards, en particulier dans les catégories juridiques dont

elle fait son miel (par exemple avec le droit testamentaire), elle rhabille, pour les

transmettre aux civilisations qui viennent, les catégories juridiques et mentales

qui leur permettront de prospérer et de prendre leur autonomie.

Le modèle est-il épuisé ? Au moins pour ce qui concerne l’Europe, appliqué à l’Église catholique, il paraît difficile d’en masquer les signes d’essoufflement.

Le célibat et la chasteté peuvent difficilement être présentés comme des valeurs

porteuses dans le monde contemporain. D’ailleurs ce dernier, au fond nourri

d’un antichristianisme si répandu qu’on ne le remarque même plus, ne tolère

l’Église qu’ à la seule condition de ne pas l’entendre. Cela n’empêche pas Philippe

Simonnot de penser encore et toujours que le modèle concurrentiel réserve

des possibilités insoupçonnées en faveur du catholicisme romain. Ce qui l’incite

à terminer son livre en écrivant que l’Église « et par là même la papauté, ne sont certainement pas privées d’avenir ». C’est ce que nous verrons.

Ambroise COUSIN

ambroise.cousin@gmail.com

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Patrick SIMON

LE DROIT NATUREL, SES AMIS ET SES ENNEMIS

(F.X. de GUIBERT – 234 pages)

« Droit naturel » versus « droit positif » ? Qui mieux qu’un avocat pouvait présenter les termes de ce débat, si obscurs aux yeux des Français ? Un philosophe ?

Mais Patrick Simon est frotté de culture philosophique, ses précédents ouvrages nous l’ont montré. Un observateur engagé ? Il l’est aussi. Or, sous des allures très théoriques, un retour sur la notion de « droit naturel » montre qu’il y a là un pivot essentiel pour juger de la défense des libertés, les libertés personnelles comme les libertés publiques.

La notion de droit naturel a contre elle d’avoir été rejetée dans les limbes depuis plus de deux siècles. Mais quel est le résultat ? Il faut laisser la parole au préfacier du livre, Philippe Némo, car il résume excellemment les termes del’alternative, et l’originalité à la fois de la thèse et de son auteur.

« La France des années 2000, écrit Philippe Némo, est caractérisée par le

poids désormais insensé de l’État et de la fonction publique. La société civile y

est écrasée par les prélèvements obligatoires et paralysée par les réglementations

qui interdisent ou entravent les initiatives individuelles, décourageant l’effort, le

travail et les démarches créatives dans ce pays jadis si inventif…

Cette situation déprimée est, pour une grande part, le fruit d’idéologies profondément

ancrées dans les mentalités collectives… d’où la nécessité d’une critique

intellectuelle approfondie. Cette démarche est entamée depuis de nombreuses

années dans le monde intellectuel français, et elle progresse lentement mais sûrement

dans les esprits, même si c’est encore de façon largement souterraine.

Je crois que le livre de Patrick Simon constitue, à sa manière, une contribution

originale à ce processus critique. D’abord par son sujet même, le droit,

terrain particulièrement sensible, puisque la paralysie de la France tient largement

au droit pléthorique et perverti qui émane continuellement de nos bureaucraties.

Ensuite, par sa méthode et son style : Patrick Simon pense et écrit en

avocat, c’est-à-dire en praticien du droit, placé en première ligne pour connaître

in concreto les dérives du droit moderne, ce qui n’est pas fréquent dans la

production intellectuelle ordinaire où les théoriciens sont nombreux mais coupés

de la pratique, et où les praticiens qui écrivent sont rares. Enfin, par son ambition : l’auteur ne pense pas seulement en juriste, mais aussi en philosophe du droit, soucieux de remonter aux principes.

Or, Patrick Simon soutient une idée-force. La loi est l’ennemie du droit. Le légal est l’ennemi du légitime. Le positivisme juridique est l’ennemi de la justice.

Le droit, qui a pour mission essentielle de permettre la coopération pacifique et

féconde entre les hommes, en protégeant la propriété et les contrats, a été

détourné de cette mission, dans les décennies récentes, par un faux droit qui

fonctionne comme un instrument de volonté politique – non seulement celle des

majorités, ce qui serait déjà tyrannique, mais de plus en plus, celle des oligarchies

et des groupes de pression qui se sont emparés de facto du pouvoir d’État.

Le propos du livre de Patrick Simon est de montrer qu’il existe un remède à

ces dérives, qui consiste à ramener le droit à sa source légitime, le “droit naturel”. »

Ce que PhilippeNémomontre bien dans cette présentation du livre de Patrick

Simon, c’est son aspect pratique et concret. En veut-on un exemple ? Pour une fois,

il ne viendra pas de France mais des États-Unis, ce qui montre que la France n’a pas

le monopole des errements positifs. Il s’agit de l’affaire Enron. Comment l’entreprise

aurait-elle été gérée selon les usages et comment l’a-t-elle été selon le droit

positif en vigueur.

Le tableau dressé par Patrick Simon est édifiant :

CONTRAIRE À LA LOI CONTRAIRE AUX USAGÉS

Multiplication des activités hors-bilan (opération Whitewing) Non Oui

Comptabilité à haut-risque (ex. Raptors, IJM)                          Non Oui

Conclusion de contrats avec des sociétés contrôlées par le directeur financier d’Enron, révélateurs de conflit d’ntérêts                                                                                     Non Oui

Rémunérations supplémentaires des dirigeants au détriment des actionnaires d’une société en difficulté

                                                                                                  Non Oui

Passivité et faiblesse du contrôle du Conseil d’administration Non Oui

Manque d’indépendance du conseil d’administration              Non Oui

Fausses informations pour percevoir des primes                     Non Oui

Manipulation du marché visant à faire monter la demande et baisser l’offre Oui Oui

Actions lésant les actionnaires                                                 Oui Oui

Information insuffisante des actionnaires                                Non Oui

Blanchiment d’argent                                                               Oui Oui

Confusion entre contrôle des comptes et conseil de stratégie Non Non

Total des défaillances                                                                 9     1

Mais ce à quoi Philippe Némo, auteur d’une Histoire des idées politiques

n’a pas non plus été insensible, c’est à la vaste culture de Patrick Simon. Au

travers de trois auteurs, Hobbes, Rousseau et Hayek « sauveur du droit naturel »,

Patrick Simon montre bien les enjeux philosophiques autour de la notion. Et dès lors ce n’est pas un hasard s’il peut, aussi, étudier ce qu’ont donné ces penseurs dans les pays où ils ont été le mieux reçus (pas forcément leur pays d’origine…).

Un pays est à l’image de sa tradition juridico philosophique.

ambroise.cousin@gmail.com

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Bertrand LEMENNICIER

LA MORALE FACE À L’ÉCONOMIE

(Éditions d’Organisation)

Si c’était un conte voltairien, il s’intitulerait « le philosophe et l’économiste » et l’on y verrait deux sorbonnicoles échanger leurs arguments agonistiques à coups de citations.

Mais ici, l’économiste – Bertrand Lemennicier – a décidé de jouer les deux

rôles et de montrer que l’économie peut très bien servir de science auxiliaire à

la philosophie lorsque celle-ci bute sur certains arguments moraux.

Jusqu’où iront ainsi les économistes dans leur explication des comportements

humains ? Avant même que la réponse ne soit donnée, la réponse

dégoûtée est déjà connue. Trop loin. Qui n’a déjà entendu l’antienne ? Une

sorte de pathologie « économistique » aurait envahi toutes les sphères de la

société, jusqu’aux plus intimes. Toute la société serait livrée aux lois du marché.

Quelques économistes, au service de capitalistes cachés, dicteraient leurs lois

implacables à des gouvernements tétanisés. Cette vision – en fait la bonne vieille

haine des libertés économiques – est charriée tous les jours par la vulgate simplificatrice

des médias faite du méat des éditorialistes en mal d’idées : nous

vivrions dans un monde sans cesse gagné par la « marchandisation ». En conséquence,

et tout particulièrement en France, beaucoup pensent que l’économie

serait foncièrement immorale, parce qu’elle ne s’intéresserait qu’à l’argent dont

elle ferait le but de l’existence. La dignité humaine serait niée au profit d’une

réduction au « tout économique » avec sa vision de l’homoncule connu sous le

nom de « homo economicus ».

La révolte contre l’économie n’est pas neuve. Elle est née avec les premiers

énoncés théoriques de l’économie. Elle a été précédée par le rejet immémorial

des rapports d’argent et la pose dédaigneuse qui l’accompagne.

« Il en coûte à qui vous réclame

« médecins du corps et de l’âme

« O temps O moeurs, j’ai beau crier

« Tout le monde se fait payer »

Trouve-t-on déjà chez La Fontaine dans Le Cerf malade.

Si le livre de Bertrand Lemennicier La morale face à l’économie tombe

dans les mains de ces éternels contempteurs – lesquels vivent sans doute de l’air

du temps et sans la moindre contingence matérielle – ils seront certains de tenir

la preuve avouée, voire revendiquée, de cette malfaisance à la fois obscure et

tentaculaire lancée à l’assaut du Bien, du Bon et du Désintéressé.

Pour se disculper de n’être au service que de bas instincts ou d’intérêts

matériels inavouables, beaucoup d’économistes universitaires ont mis leurs

connaissances, ou supposées telles, au service de conceptions politiques hostiles

au marché et ils ont choisi de justifier toutes les interventions publiques possibles

et imaginables. D’autres ont pensé s’en tirer en affirmant que l’économie serait

« a-morale », c’est-à-dire qu’elle ferait montre d’une vraie neutralité scientifique,

comme les sciences naturelles.

Ce ne sont pas les chemins choisis par Bertrand Lemennicier. Depuis bien

longtemps il a décidé de montrer, tout au contraire, que l’économie traite des

questions morales parce qu’elle s’occupe des questions qui intéressent l’homme,

et que c’est l’objet même de la morale. On peut se rendre compte de tout ce

qu’implique cette démarche intellectuelle, de sa diversité et de son originalité en

consultant le site particulièrement riche de Bertrand Lemennicier : http://lemennicier.

bwm-mediasoft.com. Ses réflexions roboratives lui ont déjà valu pas mal

d’inimitiés, signe de leur intérêt. Pour lui l’économie n’a pas de frontières.

Dans ce livre, Bertrand Lemennicier fait donc le point sur quelques-unes

des questions les plus brûlantes agitées par le débat public. Il le fait en reprenant

des articles, plus ou moins récents, parus dans des revues plus ou moins diffusées.

Il a tout réécrit et actualisé, pour parvenir à un livre homogène. Quelquesunes

des questions abordées donnent le ton : l’économie est-elle pertinente pour

déterminer, en ce qui concerne l’avortement, sur quels critères repose le choix

entre les Pro Life et les Pro Choice ? Pourrait-on sauver des vies humaines s’il existait un marché des organes ? La privatisation des trottoirs ferait-il de la ville une jungle ou serait-elle un outil efficace contre la prostitution ? Quels seraient les inconvénients d’un marché libre de la drogue ?

Selon Bertrand Lemennicier, l’économie peut apporter à ces question des réponses plus simples qu’on ne l’imagine à condition de reposer sur un socle déterminé. Lequel ? Le droit de propriété appliqué dans toutes ses conséquencesjusqu’à son propre corps. On voit la convergence avec la philosophie. Il ne lui est pas opposé ici une économie faite de tableaux et de chiffres mais une façon de penser avec quelques matériaux économiques de très vieilles questions philosophiques.

Il n’est pas sûr qu’Aristote ou Kant auraient rejeté un apport qui leur aura finalement manqué.

ambroise.cousin@gmail.com

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Alain LAURENT (1)

(1) Son « dernier né » est la publication, toujours aux Belles Lettres, dans sa collection Les classiques de la liberté, du livre de Bruno Leoni (1913/1967) la liberté et le droit, dont nous rendrons compte dans le prochain numéro du bulletin de l’ALEPS.

LE LIBÉRALISME AMÉRICAIN, HISTOIRE D’UN DÉTOURNEMENT

(Les Belles Lettres – 330 pages)

Disons-le tout de suite, le titre du dernier livre d’Alain Laurent correspond bien à la thèse qu’il contient mais en réduit quelque peu la portée. Le contenu va beaucoup plus loin que le titre. La réflexion d’Alain Laurent est partie du paradoxe que le mot et l’usage américains de « liberal » désignent tout le contraire de ce que le reste du monde appelle un « libéral » mais que, en même temps, c’est bien des États-Unis – sinon d’Américains eux-mêmes – qu’est venue la renaissance du libéralisme dans le sens européen du terme.

Dans la mesure où il conte les avatars du mot « libéralisme » en Grande-Bretagne, aux États-Unis et en France, de John Stuart Mill à Murray Rothbard, où se déploie le récit d’un double chassé-croisé, entre deux mondes et deuxconceptions antinomiques, le titre aurait pu être Histoire des variations du mot libéralisme et des efforts pour lui faire dire le contraire de ce qu’il signifie, que cela soit en France ou dans le monde anglo-saxon, aller et retour sur près de deux siècles. Mais cela aurait été un peu long. Alain Laurent aurait pu aussi appeler son livre l’histoire d’un « coucou idéologique », tant le « liberal » américain dévore ce dont il porte l’étiquette pour finir par en représenter l’inverse.

Tout le monde le sait plus ou moins, « liberal » aux États-Unis veut dire à peu près le contraire de ce qu’il signifie en France (sous réserve qu’il ait conservé en France sa signification d’origine). En 1957, Raymond Aron, cité par AlainLaurent, notait déjà que (aux États-Unis) « le mot ne désigne ni les défenseurs des institutions représentatives ou des libertés personnelles, ni les partisans des mécanismes du marché. Les libéraux américains constituent l’équivalent de la gauche française ». Avant d’ajouter, de façon d’ailleurs maladroite, « ils souhaitent des réformes économiques et sociales dans un sens favorable aux masses »

au lieu d’écrire qu’ils souhaitent une intervention publique redistributive autoritaire, donc un appauvrissement général à l’arrivée. Aujourd’hui, non seulement il serait possible à Raymond Aron de corriger son interprétation fautive, mais il pourrait aussi allonger la définition de ce qu’est un « liberal » américain. Les

« liberals » américains sont d’abord des défenseurs des minorités de toutes sortes.

Au nom de l’égalité des droits, ils prônent la discrimination positive, c’est à dire l’inégalité juridique. De la même façon, entre un individu et une entreprise, ils estiment que l’entreprise a toujours tort. Ils sont donc favorables à une taxation massive des profits, aussi bien des personnes privées que des entreprises et,

pour ces dernières, ils sont adeptes de la réglementation environnementale à tout crin. Si cela ne suffit pas, ils se réjouissent de voir ressortir chez certains dirigeants l’idée de nationalisation. Car ils sont persuadés que les multinationales ne tirent leurs profits que de la surexploitation des habitants des pays émergents et plus particulièrement en faisant travailler les enfants. Ils croient par conséquent que la mondialisation est un leurre, en ce qu’elle appauvrirait les pays du Tiers Monde lesquels sont, pour eux, souvent, leurs voisins d’Amérique latine.

Chavez et consorts ont donc tous leurs voeux. Pour résumer, le « liberal » américain est un ennemi déclaré du « laissez-faire » et de l’économie de marché. On comprend que cela ne soit pas sans poser quelques difficultés aux Américains eux-mêmes. Face à cette dérive sémantique, certains segments intellectuels et

politiques proches des Républicains ont réagi de deux façons, en discréditant le « liberal », transformé en une sorte de « bobo » malfaisant, et en prônant les expressions « conservative », voire « neo-cons », qui ont connu la fortune que l’on sait.

Dans la mesure où il est l’un des meilleurs connaisseurs de l’histoire des idées libérales, nul n’était mieux placé qu’Alain Laurent pour tracer la genèse de ce détournement sémantique et des façons plus ou moins heureuses qu’onttrouvées certains pour lui résister. On rappellera qu’Alain Laurent, grâce au soutien sans faille d’un courageux éditeur, Les Belles Lettres, ne cesse d’exhumer les textes les plus rares d’auteurs libéraux passés (1) en parallèle à son propretravail d’historien des idées.

Apparu fortuitement au début du XIXe siècle, alors que le corpus doctrinal est presque tout entier établi avant même la Révolution française, les mots « libéral » puis « libéralisme » semblent à peine nés qu’ils sont déjà l’objet d’unrepentir qui paraît ne jamais devoir finir. Le lamento contre le libéralisme économique

semble constitutif des succès de ce dernier. Il prend un certain relief quand il est entonné par ceux là même qui renient ce qu’ils ont adoré. C’est donc très tôt, dès les années 1880, qu’apparaît, en Angleterre, le « new liberalism » se proposant de régénérer un « old liberalism » voué aux poubelles de l’histoire. La Première Guerre mondiale, puis la grande dépression, toutes deux censées être les fruits méphitiques d’un capitalisme aussi vorace que débridé,accentueront le discrédit non seulement du mot mais des concepts liés à l’expression

« libéralisme ». On voit même émerger un oxymore de la plus belle eau le « socialisme libéral ». En France, c’est dès avant la première guerre, que les personnalités et les écrits singuliers d’un Émile Faguet puis d’un Yves Guyot, ouencore de l’inattendu philosophe Alain, ont signalé que la notion de libéralisme était déjà bien partie pour vivre de dévoiements conceptuels en chaos d’idées contradictoires.

Pour exprimer l’aboutissement de la crise et les prémisses de la refondation, Alain Laurent a choisi deux réunions internationales, liées l’une à l’autre par un certain nombre de participants communs, le colloque Walter Lippmann, qui se tint à Paris en 1938 et le premier rassemblement de la Mont Pèlerin en

1947, situé en Suisse à deux pas de Coppet, la patrie de Germaine de Staël et Benjamin Constant.

Le premier colloque, organisé par Louis Rougier, auquel participaient aussi bien Jacques Rueff que Louis Baudin, Hayek que Mises, avait pour secrétaire de séance, un certain Raymond Aron, alors tout à fait épris de socialisme normalien.

Ce sera le colloque de l’ambiguïté, avec le souhait tantôt d’oublier le mot libéralisme, tantôt de promouvoir la conception de « néo-libéralisme », dangereux pendant au « néo-socialisme », dont les dissidents de la SFIO, menés par Marcel Déat, faisaient leurs choux gras. La guerre résoudra vite la question. Et c’est au sortir de celle-ci que Hayek et Mises, chacun avec ses spécificités, établiront les bases d’un retour au socle libéral, dégagé de toute compromission avec les dirigismes, planistes et keynésiens, qui se mettaient en place.

Un homme, remarque Alain Laurent, aurait pu être l’artisan de cette refondation : Jacques Rueff.

Ses premiers écrits, de 1925, établissant une corrélation entre la montée du chômage et son indemnisation en Grande-Bretagne, sa forte prestation au groupe X Crise en 1934, sur le thème « pourquoi je reste libéral », ses liens avec Mises, son Épître aux dirigistes au lendemain de la guerre, le plaçaient en pole position. Mais Alain Laurent estime que sa vision du libéralisme comme « simple technique gouvernementale » et son éventuelle appétence pour une taxation généralisée l’auraient disqualifié. C’est un fait que le combat sera mené, et remporté par Mises et Hayek dans le monde anglo-saxon, avec cette particularité qu’ils ne pourront jamais se dire « libéraux » au sens plein du termepuisque, aux États-Unis, retour à la raison du livre, le mot « liberal » avait pris la place.

Le livre d’Alain Laurent est une mine sur l’histoire de ces chassés-croisés.

Il révèle, par exemple, l’existence d’une école libérale italienne d’après-guerre dont les auteurs sont d’autant plus méconnus que nul n’a jamais pris la peine de traduire leurs livres. C’est ainsi que des personnalités comme Luigi Einaudi sortent de l’ombre. Tandis que la France des années soixante-dix verra surgir les « nouveaux économistes », aux États-Unis le camp libertarien connaîtra un certain succès, à propos duquel Alain Laurent fait la part entre ce qu’il doit au libéralisme de facture traditionnelle et ce qu’il ajoute de son crû, avec plus ou

moins de bonheur.

Une seule chose est rassurante, le chassé-croisé est loin d’être fini. Aux États-Unis, les « liberals » sont toujours à l’affût tandis qu’en France le discrédit du mot « libéralisme », généralement utilisé sous le vocable « ultra-libéralisme », a atteint des prodiges. Plus la doctrine s’est purifiée, plus les esprits hostiles se sont échauffés. Aujourd’hui, « libéral » ou « ultra-libéral » est l’insulte la plus courante du vocabulaire politique. On l’a vu encore lors du débat sur le traité constitutionnel européen, tandis que le « camp du non » expliquait que ledit traité faisait le jeu du libéralisme « le camp du oui » le présentait comme le meilleur des boucliers contre ce même libéralisme honni. Ce serait un autre livre que de conter comment des politiques toutes marquées par leur refus de mener quelque politique libérale que ce soit a pu aboutir à ce que l’étiquette « libéralisme » devienne la caisse de Faradet du débat public.

Ne doutons pas que ce livre, dont Alain Laurent donne les premiers éléments, ne manquera pas de survenir.

ambroise.cousin@gmail.com

ALEPS INFORMATIONS/ALEPS INFORMATIONS/ALEPS INFO

ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE L’ALEPS : RÉSISTANCE

L’assemblée générale annuelle de l’ALEPS s’est déroulée ce 4 avril 2006 dans le grand Amphithéâtre du GIM (Groupe des Industries Métallurgiques) à Neuilly-sur-Seine

Après la présentation et l’approbation des comptes de l’exercice écoulé par Georges LANE, trésorier de l’ALEPS, Jacques GARELLO rappelait les activités principales de l’Association au

cours de cette année, mais faisait également le point sur la situation présente et

les perspectives d’ici à 2007. En l’absence (pour l’instant, mais cela changerat-

il ?) de candidat ou de parti se réclamant ouvertement de la pensée libérale,

l’ALEPS pourrait être condamnée au silence. Certes Jacques GARELLO a rendu

hommage aux jeunes créateurs du parti « Alternative Libérale », mais n’a pas

caché son scepticisme sur leurs chances de réussite, compte tenu de la législation

sur le financement des partis et sur les modes de scrutin. Dans ces conditions, que faire ?

Les propos du Président de l’ALEPS ont été dominés par deux idées force :

ignorance économique et résistance. La « France ignorante » était le thème

de son dernier éditorial. Tout ce qui se produit aujourd’hui est le fruit de la désinformation et des mensonges de la classe politique. La mission de l’ALEPS sera donc, comme par le passé, mais avec peut-être plus de chances d’êtreentendue aujourd’hui, de dire la vérité aux Français et de les sortir de leur conditionnement.

Leur rappeler :

– que la liberté économique est le plus court chemin vers le progrès social,

– qu’une société ouverte est plus harmonieuse et plus performante qu’une société protectionniste,

– que la société civile doit être restaurée pour prendre le relais d’une société politique défaillante.

Ces principes élémentaires doivent être rappelés à l’opinion publique, dans un document qui est en cours, à l’issue d’un travail en collaboration avec de nombreux partenaires, dont Contribuables Associés, l’IFRAP, Liberté Chérie,l’IREF, Europe Libre, et tous ceux qui désirent s’associer librement à une réflexion sur six thèmes : Chômage, Protection Sociale, Finances publiques, Éducation Nationale, Réforme de l’État, Libre échange. Un manifeste et un « Guide du Candidat » permettront d’interroger ceux qui se présentent à nos suffrages sur leurs analyses et propositions (s’ils en ont).

Ce programme et son exploitation constitueront l’essentiel de l’activité de l’ALEPS en 2006. De nombreuses conférences publiques seront organisées (la prochaine, avec Contribuables Associés et l’IREF se déroulera à Lyon le 1er juin sur le thème des Finances Locales et de la Décentralisation). Mais le point d’orgue, comme toujours, sera la29e Université d’Été à Aix-en-Provence, du 17 au 30 août, sur le thème : « Le futur de l’Europe : concurrence ou harmonisation ? ».

C’est dire que les libéraux, à l’image des premiers résistants, estiment que l’avenir de la France est en danger. Ce qui menace le pays, c’est une autre résistance : la résistance au changement, l’immobilisme, la « tyrannie du statu quo » qui avantage tellement de privilégiés, qui vivent au détriment des autres : les « enrayeurs » dénoncés jadis par Bastiat, ceux qui empêchent les autres de progresser, de travailler, de s’adapter et d’entreprendre. Comme dans la Résistance,un noyau d’hommes et de femmes déterminés est suffisant pour changer les mentalités et les comportements. Il faut se présenter comme des pionniers, capables d’offrir une « utopie réaliste » comme le dit Pascal SALIN, président du jury qui a décerné le grand prix du Livre Libéral.

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Nicolas LECAUSSIN, lauréat du prix du Livre Libéral (au centre), à sa droite Erik SVANE et à sa gauche

Philippe NATAF, qui représente Gérard MINART

De gauche à droite : Ivan RIOUFOL, lauréat du prix de la Chronique Économique, Jacques GARELLO

et Pascal SALIN

NICOLAS LECAUSSIN et IVAN RIOUFOL COURONNÉS PAR L’ALEPS

Pour son ouvrage « Cet État qui tue la France », édité chez Plon, le jeune Nicolas LECAUSSIN a reçu le Grand Prix du Livre Libéral 2005, doté de 1 500 euros. C’est le verdict rendu par le jury présidé par le Professeur Pascal SALIN, un jury composé de tous les membres du Collège Présidentiel de l’ALEPS, du président et des vice-présidents de l’ALEPS et des anciens lauréats.

Nous avons eu l’occasion de présenter le livre de Nicolas, qui est une analyse rigoureuse des gaspillages et des scandales qui caractérisent les rouages de l’État français aujourd’hui. Il dénonce non seulement les malversations financières, mais aussi la double manie française : d’une part multiplier les « machins » et croire que la création d’un comité, d’un conseil, d’un observatoire permet de cerner et de résoudre les problèmes de la nation alors qu’elle n’aboutit qu’à créer des « fromages » et multiplier les rapports que personne ne lit ; d’autre part ignorer volontairement tout ce qui se fait à l’étranger, surcharger de textes, d’impôts et de fonctionnaires alors qu’on allège partout ailleurs. Le chômage, la dégradation de la protection sociale, la faillite du système scolaire, la suffisance des hommes de l’État, la bureaucratie, n’ont d’autre origine que ces maux

français.

Ce livre est très documenté, c’est une véritable enquête, où l’on retrouve avec plaisir le talent du rédacteur en chef de la revue « Société Civile » et du collaborateur de l’Institut Français de Recherche sur les Administrations Publiques (IFRAP). La plume est aussi celle du chroniqueur de la rubrique Livres dans notre site « libres.org » (Bogdan Calinescu).

Une innovation cette année, et prometteuse : le Conseil d’Administration de l’ALEPS avait demandé au jury d’adjoindre au Prix du Livre Libéral un Prix de la Chronique Économique. Le jury a décerné cette distinction à Ivan RIOUFOL pour ses « Chroniques d’une Résistance », ouvrage paru aux Éditions du Rocher. Dans sa présentation Ivan RIOUFOL (du Figaro), comme d’ailleurs Éric LE BOUCHER (du Monde), a souligné le devoir d’indépendance intellectuelle des journalistes : il faut entrer en résistance contre la « pensée unique », qui n’est pas « ultra-libérale » (une expression qui fait que le procès est déjà entendu avant même que l’on écoute on qu’on ne lise), mais bien conservatrice, résistante à toute adaptation, à toute réalité, à toute raison.

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Jean-Yves NAUDET nous prie d’annoncer le prochain colloque d’Éthique économique qui se tiendra

à l’Université Paul Cézanne (Aix-Marseille III)

Faculté de Droit et de Science politique

Centre de Recherche en Éthique Économique et des Affaires et Déontologie Professionnelle

– AIX-EN-PROVENCE 29/30 juin 2006 –

sur le thème :

ÉTHIQUE ET DÉVELOPPEMENT

(Treizième colloque d’Éthique économique)

RENSEIGNEMENTS ET INSCRIPTIONS :

Secrétariat du Centre de Recherches en Éthique économique et des Affaires et déontologie professionnelle

Université Paul Cézanne (Aix-Marseille III)

Faculté de Droit et de Science Politique

3, avenue Robert-Schuman

13628 AIX-EN-PROVENCE cedex 1

Tél. : 04 42 17 28 73 – Télécopie : 04 42 17 28 59

centre.éthique@univ.u-3mrs.fr

Bulletin 114, janvier 2006.

 

AVANT-PROPOS

 

Saviez-vous que l’on peut qualifier la Sécurité Sociale d’« aristocratique » car elle est un système de privilèges qui nie la perfectibilité de l’être humain et dédaigne le juste prix de son travail ? Dès lors, sa privatisation équivaudrait à une « démocratisation ».

 

Cette démonstration pour le moins inattendue est celle que mène à bien Georges LANE dans une étude revue et corrigée à la lumière

des écrits d’Alexis de TOCQUEVILLE. D’une manière plus concrète, ce qui retiendra l’attention du lecteur de ce bulletin c’est l’exemple du SMIC : si le smicard reçoit sur son compte 1 034,61 euros et qu’il juge son travail «sous payé», sait-il que l’employeur a acheté ce même travail 1 900,16 euros ? Où sont donc passés les 865,55 euros que méritait cet homme en colère et qui étaient l’exacte rémunération de sa tâche ? (réponse p. 2).

 

Friedrich von HAYEK est l’un des plus grands économistes « libéraux ». Le mot est entre guillemets car, employé à tort et à travers – à tort surtout – il pose un vrai problème de sémantique. HAYEK lui-même était à la recherche d’un vocable nouveau qui évoquerait « le parti de la vie, le parti qui défend la croissance libre ». Hélas ! il est mort avant de nous livrer ce dernier mot. Dans ces pages, Yvan BLOT analyse un volet très précis de la pensée d’HAYEK : sa critique de la démocratie. Pour notre prix NOBEL, la démocratie est une règle de procédure contre le despotisme et la tyrannie, donc créée pour des raisons négatives, elle est une « construction » qui s’oppose à l’idéal de liberté individuelle (p. 17).

 

Loin des évocations de TOCQUEVILLE et d’HAYEK, passons à la réalité de la démocratie aujourd’hui en France : elle est tout simplement paralysée par un vrai terrorisme intellectuel qui interdit toute action aux pouvoirs publics face aux explosions de violence. Jacques GARELLO remonte aux causes de l’échec et dénonce les malheurs engendrés par l’Etat-Providence (p. 33).

 

Cet « Etat qui tue la France » est justement le titre même du récent ouvrage de Nicolas LECAUSSIN. Quelques bonnes feuilles (p. 36) vous inciteront certainement à lire plus complètement ce réquisitoire dont le chapitre V se termine par un tableau comparatif entre la brochure de l’Union de la Jeunesse Communiste Soviétique (BREJNEV 1974) et la Charte du Conseil Permanent de la Jeunesse (CDJ 2005 en France).

Ressemblance troublante. Qu’en pensez-vous ?

Jacqueline Balestier

Secrétaire Général de F ALEPS

 

Georges LANE

 

LA PRIVATISATION DE LA SÉCURITÉ SOCIALE (1)

(1) Texte écrit à l’occasion de la XXVIIIe Université de la Nouvelle Économie : Tocqueville, société civile et démocratie (Aix-en-Provence 28 août-31 août 2005).

 

 

La Sécurité sociale est en France une vaste organisation paraétatique qui comporte un grand nombre d’organismes de nature juridique différente mais dits, chacun, néanmoins « de sécurité sociale ».

Sa mission effective est claire : schématiquement, à chaque instant, elle prend aux uns pour, si certaines circonstances « malheureuses » attendues avec incertitude se réalisent, donner aux autres, voire redonner aux premiers, cela en se servant au passage – « on ne fait rien à partir de rien». En effet, les Français (ou quiconque travaille ou réside en France et y touche des revenus) sont obligés, individuellement sous peine d’amendes de verser à l’organisation des cotisations fonction des revenus. En contrepartie, ils reçoivent des Réparations, Indemnisations, Remboursements, Expédients Sociaux (RIRE en abrégé), le cas échéant. Quelles circonstances « malheureuses » ? La survenance d’événement dommageable tel que l’accident du travail, la maladie, l’âge légal de la retraite et… certaines dépenses familiales.

 

Soit dit en passant pour certains de nos amis étrangers, la Sécurité sociale de France n’est donc pas la Sécurité sociale des Américains – la « Social Security » instaurée par Roosevelt en 1935 – qui a trait à la « retraite obligatoire », ni celle des Anglais – le «National Health Service» instauré en 1948 – qui correspond à ce vers quoi tend, depuis la « réforme Juppé » de 1995-97 et de plus en plus, ce qu’on dénomme aujourd’hui en France l’« assurance maladie ».

 

Pour les Français, je soulignerai que la Sécurité sociale de France, créée par les ordonnances d’un gouvernement provisoire hors de tout cadre constitutionnel en octobre 1945 et jamais objet d’un vote des citoyens depuis lors, ne doit pas être confondue avec ce que certains dénomment, depuis quelques années, la « protection sociale » qui inclut, d’une part, une organisation indépendante mais elle aussi obligatoire, l’« assurance-chômage » (composée de l’UNEDIC chapeautant des ASSEDIC) et, d’autre part, des RIRES de l’État.

 

L’audiovisuel et les conférences de ce matin ont expliqué pourquoi commémorer le bicentenaire de la naissance de Tocqueville amenait à envisager la question de la Sécurité sociale. J’ajouterai pour ma part, à la suite de ce qui a été dit et des divers commentateurs que j’ai pu lire, qu’il a mis l’accent sur les effets pervers de ce qu’il dénommait la charité légale – en principe, ce qu’est la sécurité sociale que nous connaissons – et non pas sur les effets bénéfiques de l’absence de celle-ci. A fortiori, il n’a pas envisagé la privatisation. Néanmoins, certaines de ses idées sont bienvenues pour éclairer la question. Elles amènent à se demander si, de fait, l’organisation de la sécurité sociale qu’on connaît aujourd’hui ne constitue pas un système qui, malgré les apparences,

se veut aristocratique et si sa privatisation n’est pas tout simplement sa démocratisation.

 

Qu’est-ce que la privatisation de la Sécurité sociale de France ?

 

Ce n’est certes pas la privatisation des organismes de sécurité sociale qui n’ont ni capitaux propres ni compétences spécifiques hormis celle d’avoir le privilège d’exploiter une obligation légale fixé un beau jour dans le passé par le législateur du moment : il n’y aurait rien à privatiser.

 

C’est économiquement la « solution du marché » au problème que rencontre,

depuis au moins 1952 (2) le « Plan de sécurité sociale » instauré par un gouvernement provisoire dans une France sans constitution, à partir de 1945.

(2) Cf. Cour des Comptes (1995), «Rapport annuel au Parlement sur la sécurité sociale». Cour des Comptes, Paris, septembre. http://www.ccornptes.fr/FrarnePrinc/frarne-rapports.htrn

 

C’est, juridiquement et selon l’expression officielle consacrée, l’abrogation de l’assujettissement de vous et moi aux cotisations de sécurité sociale. C’est la capacité juridique de faire recouvrer par chacun la capacité de contracter avec l’assureur-maladie et l’assureur-retraite de son choix, pour une durée future convenue librement. L’assuré retrouve la possibilité d’avoir un horizon de décision éloigné du moment présent et la possibilité d’organiser dans cette durée de décision les cotisations qu’il est prêt à verser soit à un seul assureur, soit à plusieurs, à des conditions identiques ou différentes qu’il choisit.

 

En particulier, dans le cas de l’assurance maladie, c’est la capacité pour l’assuré de ne plus être assuré au jour le jour avec les coûts que cela entraîne, mais pour une période de son choix convenu avec l’assureur.

Dans le cas de l’assurance vieillesse, c’est pour l’assuré la certitude que s’il vient à disparaître :

– son conjoint n’aura pas un revenu arbitrairement divisé par deux (pension de réversion) ou carrément nul (3),

– les enfants n’auront rien.

(3) En fait, si la veuve dispose de ressources personnelles supérieures au SMIC, elle se verra répondre par la Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse qu’il n’y a pas de cumul de retraites possibles et la retraite de réversion lui sera alors refusée.

 

C’est aussi, auparavant, la capacité de mettre en caution l’équivalent en monnaie des droits qu’il a acquis.

 

Bien évidemment, les assureurs ont la capacité de combiner les deux types d’assurance de différentes façons et de faire en conséquence des offres variées aux assurés. Et l’assuré et l’assureur peuvent convenir de combiner les deux types d’assurance de différentes façons.

 

Il est à rappeler qu’en 1945, la Sécurité sociale devait être la solution à la « question sociale » dont Tocqueville et d’autres écrivains s’étaient préoccupés au XIXe siècle et qu’au xx° siècle, certains considéraient se perpétuer en dépit des progrès effectués par le processus de marché dans le domaine de l’assurance.

 

Soit dit en passant pour tous, la sécurité sociale a toujours existé en France et avec une efficacité croissante depuis, en particulier, les développements de l’assurance au XIXe siècle (sociétés de secours mutuels ou autres) comme en a rendu compte Frédéric Bastiat dans divers textes et, en particulier, dans le chapitre 12 de Harmonies économiques (1850).

 

Malheureusement, dans ce même XIXe siècle, les idées des socialistes ont émergé progressivement pour acquérir force et gain de cause dans la décennie 1920.

 

Elles ont débouché, par exemple, en 1930 sur l’institution d’une obligation d’assurance maladie et d’assurance vieillesse auprès d’assureurs – libres – pour les salariés de l’industrie et du commerce dont les revenus étaient inférieurs à un revenu fixé arbitrairement par le législateur. En 1941, en pleine guerre, le gouvernement de l’époque a même décidé de transformer le système des « assurances vieillesse » et de faire qu’il fonctionne à l’avenir non plus par capitalisation libre, mais par répartition obligatoire. Schématiquement, un des résultats a été que les provisions qu’avaient constituées les assureurs en vertu des contrats passés avec leurs assurés, ont été « réquisitionnées » et versées à des bénéficiaires

– les « vieux travailleurs ».

 

Et les ordonnances prises les 4 et 19 octobre 1945 entérineront à leur façon, i.e. à celle des socialo-communistes, la transformation d’une organisation de la sécurité sociale qui avait évolué jusqu’alors sur la base de la liberté, de la responsabilité, de la production, de l’échange et de la capitalisation en un « Plan de Sécurité sociale » – comme on disait à l’époque – qui a donné lieu à la création d’une organisation bureaucratique hiérarchique centralisée privilégiée, sans précédent, dénommée « Sécurité sociale » et verrouillée par la prétendue « technique par répartition » obligatoire. Très exactement, l’organisation a été juxtaposée à 1 État sans que ce dernier ait presque la moindre relation juridique avec elle. Et la France est devenue ainsi politiquement « bicéphale » : une tête formée par des institutions encadrées par la Constitution de ta IVe République et gouvernée par des hommes politiques, l’autre par les organismes de la Sécurité sociale gérée « paritairement » par les organisations syndicales,(« patronales » d’un côté et « travailleurs » de l’autre) sous l’oeil du gouvernement…

 

 

1. L’organisation de la sécurité sociale à la lumière de Tocqueville

 

Dans le contexte de cette Université d’été consacrée à Tocqueville, il faut souligner que cette évolution est tout à fait remarquable. Les organismes de sécurité sociale n’ont jamais eu quelque chose à voir avec «ces sortes d’être collectif qu’on nomme association » – pour reprendre les termes exacts de Tocqueville – et qu’il apprécie pour la responsabilité de leurs actes et leur indépendance (cf. Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, 1840, p. 643) (4).

(4) Toutes les références à Tocqueville proviennent de Lamberti, J.C. et Mélonio, F. (eds), Alexis de Tocqueuille (De la démocratie en Amérique, Souvenirs, L’Ancien régime et la Révolution), Robert Laffont (coll. Bouquins), Paris, 1986.

 

 1.A. Les pouvoirs secondaires

 

Rappelons que Tocqueville constatait la disparition depuis un demi-siècle des « pouvoirs secondaires » et regrettait que l’Etat débordât son domaine, il écrivait ainsi : « L’Europe a éprouvé depuis un demi-siècle beaucoup de révolutions et contrerévolutions qui l’ont ramenée en sens contraire.

Mais tous ces mouvements se ressemblent en un point : tous ont ébranlé ou détruit les pouvoirs secondaires […] Presque tous les établissements de l’ancienne Europe étaient dans les mains des particuliers et des corporations ; ils sont tombés plus ou moins sous la dépendance du souverain et dans plusieurs pays, ils sont régis par lui. C’est l’Etat qui a entrepris presque seul de donner du pain à ceux qui ont faim, des secours et un asile aux malades, du travail aux oisifs ; il s’est fait réparateur de presque toutes les misères » (Tocqueville, op. cit., IV, 5, p. 638).

 

« II n’y a pas encore cent ans, chez la plupart des nations européennes, il se rencontrait des particuliers ou des cors presque indépendants qui administraient la justice et entretenaient des soldats, percevaient des impôts et souvent faisaient ou expliquaient la loi. L’Etat a partout pris pour lui seul ces attributs de la puissance souveraine » (ibid., pp. 638-9).

 

Il reprendra le thème dans Souvenirs (1859), son dernier livre (5).

(5) Livre inachevé en raison de la mort de l’auteur.

 

Je ferai remarquer néanmoins que Tocqueville sollicitait, semble-t-il, l’intervention de l’État dans la charité : plutôt qu’un droit au travail, il préférait accorder un « droit à [‘assistance ». Il acceptait l’introduction d’une charité légale et pensait donc que l’Etat avait un rôle spécifique à jouer, notamment pour aider les invalides.

Il prônait un Etat qui interviendrait ponctuellement et en des espaces bien délimités, reconnaissant que c’est seulement lorsque le système d’aide publique a un caractère régulier et permanent qu’il est néfaste.

 

Les organismes de la Sécurité sociale-maladie et de la Sécurité sociale vieillesse ne sauraient être comparés avec les « pouvoirs secondaires » disparus regrettés par Tocqueville. Les ordonnances d’octobre 1945 prises par un gouvernement provisoire en dehors de tout pouvoir public constitutionnalisé et non ratifiées par la suite par quelque vote que ce soit, ont certes imposé aux Français de supporter la charge d’une organisation nouvelle, celle de la Sécurité sociale, privilégiée en extension permanente dans le cadre de constitutions successives différentes (IVe puis Ve République, voire la République actuelle…).

 

Certes, Tocqueville avait stigmatisé la tendance de l’administration à croître de façon injustifiée et, à ce titre, à être source de gabegie, et cela pouvait justifier en 1945, à l’extrême, de juxtaposer à l’État une organisation spécifique. Mais le phénomène en question est général (6) et il se développe très rapidement, en particulier, dans toute organisation privilégiée par le législateur.

(6) Cf. Mises. L. (von) (2003). La Bureaucratie, Éditions Institut Charles Coquelin, 1ère éd. 1944, Paris.

 

Et la gabegie que portait donc en elle l’organisation de la Sécurité sociale – comme l’avait prévue la théorie économique (à commencer par Bastiat en 1850) – s’est rapidement révélée. Curieusement, cela a conduit les hommes de l’État à tenter de mettre un terme non pas à l’expérience de l’organisation, mais à la gabegie comme si celle-ci n’était pas l’effet de celle-là. On retiendra entre autres dans la décennie 1960 :

 

– la création des URSSAF pour recouvrer les cotisations de sécurité sociale : les Unions de RSSAF ont été instituées pour mettre un peu d’ordre dans les circuits de recouvrement en vigueur jusqu’alors ;

 

– celle d’un Centre d’études de sécurité sociale pour former les dirigeants (déclarée « national » en 1976) et surtout ;

 

– la réforme des années 1967-68 : celle-ci subdivise l’organisation assujettissant les salariés de l’industrie et du commerce en quatre branches – devront être en équilibre à l’avenir-, crée quatre caisses nationales chapeautant respectivement quatre hiérarchies d’organismes et subdivise en conséquence la cotisation de sécurité sociale (cf. ci-dessous). Dans la décennie 1970, à plusieurs occasions, la Cour des Comptes rapportera que des éléments essentiels de la réforme ne sont pas appliqués. Ces remarques resteront lettre morte.

 

Il reste à souligner qu’aujourd’hui et depuis la réforme menée par le gouvernement

Juppé (1995-97), l’État a mis la main sur la Sécurité sociale-maladie et a permis à celle-ci – comme si c’était une compensation – de mettre la main sur le « marché de la santé » – qu’il serait mieux de dénommer « marché des produits (services ou non) de recouvrement de la santé ».

 

Petite galaxie d’organismes de sécurité sociale au départ, la Sécurité sociale est devenue ainsi aujourd’hui une grande galaxie à cause des décisions successives des hommes de l’État d’y assujettir non plus seulement les salariés de l’industrie et du commerce, mais quiconque travaille en France, voire y réside et y touche des revenus.

 

1.B. Égalité et liberté : influence de l’égalité

 

Dans De la Démocratie en Amérique, Tocqueville s’est en particulier intéressé à l’influence de la démocratie sur les sentiments des Américains (tome II, deuxième partie). Il a proposé ainsi une explication du « Pourquoi les peuples démocratiques montrent un amour plus ardent et plus durable pour l’égalité que pour la liberté » (titre du chap. 1). La liberté qu’il a en ligne de mire est surtout celle de chacun de concourir au gouvernement et l’égalité celle du droit de chacun de concourir au gouvernement. Mais il admet à l’occasion que l’égalité puisse s’établir dans la société civile et ne point régner dans le monde politique.

Je ne vous cacherai pas que son explication, peu linéaire ou très discrète, ne m’a guère convaincu et je n’y insiste pas.

 

l.C. Égalité et perfectibilité

 

Je préfère insister sur la perfectibilité, notion perdue de vue aujourd’hui.

 

Comme Frédéric Bastiat (1801-50) (7), Tocqueville était sensible à l’idée de la perfectibilité de l’être humain (8).

(7) Cf. http://bastiat.org/fr/perfectibilite.html   et en particulier Chapitre XXIV des Harmonies Économiques :

« Que l’humanité soit perfectible ; qu’elle progresse vers un niveau de plus en plus élevé ; que sa richesse s’accroisse et s’égalise ; que ses idées s’étendent et s’épurent ; que ses erreurs disparaissent, et avec elles les oppressions auxquelles elles servent de support : que ses lumières brillent d’un éclat toujours plus vif ; que sa moralité se perfectionne ; qu’elle apprenne, par la raison ou par l’expérience, l’art de puiser, dans le domaine de la responsabilité, toujours plus de récompenses, toujours moins de châtiments ; par conséquent, que le mal se restreigne sans cesse et que le bien se dilate toujours dans son sein, c’est ce dont on ne peut pas douter quand on a scruté la nature de l’homme et du principe intellectuel qui est son essence, qui lui fut soufflé sur la face avec la vie, et en vue duquel la révélation Mosaïque a pu dire l’homme fait à l’image de Dieu.

Car l’homme, nous ne le savons que trop, n’est pas parfait. S’il était parfait, il ne refléterait pas une vague ressemblance de Dieu, il serait Dieu lui-même. Il est donc imparfait, soumis à l’erreur et à la douleur ; que si, de plus, il était stationnaire, à quel titre pourrait-il revendiquer l’ineffable privilège de porter en lui-même l’image de l’Être parfait ? » ^

(8) Cf. chapitre VIII intitulé «Comment l’égalité suggère aux Américains l’idée de la perfectibilité indéfinie de l’homme», p. 449 dans le tome III, première partie intitulé «Influence de la démocratie sur le mouvement intellectuel aus Etats-Unis ».

 

Dans De la démocratie en Amérique, il a écrit :

« L’égalité suggère à l’esprit humain plusieurs idées qui ne lui seraient pas venues sans elle, et elle modifie presque toutes celles qu’il avait déjà. Je prends pour exemple l’idée de la perfectibilité humaine, parce qu’elle est une des principales que puisse concevoir l’intelligence, et qu’elle constitue à elle seule une grande théorie philosophique dont les conséquences se font voir à chaque instant dans la pratique des affaires» (1840, lre partie, chap. VIII, p. 449).

 

Et il considérera en particulier dans L’Ancien Régime et la Révolution (1856) que la perfectibilité est l’objet d’une théorie qui a vu le jour en 1780 :

« Personne ne prétend plus, en 1780, que la France est en décadence ; on dirait, au contraire, qu’il n’y a en ce moment plus « de bornes à ses progrès ». C’est alors que la théorie de la perfectibilité continue et indéfinie de l’homme prend naissance. Vingt ans avant, on n’espérait rien de l’avenir ; maintenant on n’en redoute rien. L’imagination, s’emparant d’avance de cette félicité prochaine et inouïe, rend insensible aux biens qu’on a déjà et précipite vers les choses nouvelles » (1856, livre troisième, chapitre 4).

 

Mais à la différence de Bastiat, il a avancé que l’égalité donnait à la perfectibilité un caractère nouveau (9) :

(9) Selon lui. une égalisation est de fait une forme de perfectibilité. imparfaite ; http://sami.is.free.fr/Oeuure$/tocqueuille__revolution_3.html     -.

«~5i les Français qui firent la Révolution étaient plus incrédules que nous en fait de religion, il leur restait du moins une croyance admirable qui nous manque : ils croyaient en eux-mêmes. Ils ne doutaient pas de la perfectibilité, de la puissance de l’homme ; ils se passionnaient volontiers pour sa gloire, ils avaient foi dans sa vertu. Ils mettaient dans leurs propres forces cette confiance orgueilleuse qui mène souvent à l’erreur, mais sans laquelle un peuple n’est capable que de servir ; ils ne doutaient point qu’ils ne fussent appelés à transformer la société et à régénérer notre espèce. Ces sentiments et ces passions étaient devenus pour eux comme une sorte de religion nouvelle, qui, produisant quelques-uns des grands effets qu’on a vu ies religions produire, les arrachait à l’égoïsme individuel, les poussait jusqu’à l’héroïsme et au dévouement, et les rendait souvent comme insensibles à tous ces petits biens qui nous possèdent» (L’Ancien Régime et la Révolution, livre troisième, chapitre 2).

 

 

« Bien que l’homme ressemble sur plusieurs points aux animaux, un trait n’est particulier qu’à lui seul : il se perfectionne, et eux ne se perfectionnent point. L’espèce humaine n’a pu manquer de découvrir dès l’origine cette différence. L’idée de perfectibilité est donc aussi ancienne que le monde ; l’égalité ne Ta point fait naître, mais elle lui donne un caractère nouveau » (ibid.).

 

l.D. Aristocratie et démocratie

 

Et cela l’a amené à établir une différence entre les peuples aristocratiques et les peuples démocratiques : ceux-ci ne voient pas la perfectibilité de la même façon.

« Ce n’est pas que les peuples aristocratiques refusent absolument à l’homme la faculté de se perfectionner ; ils ne la jugent point indéfinie ; ils conçoivent l’amélioration, non le changement ; ils imaginent la condition des sociétés à venir meilleure, mais point autre, et, tout en admettant que l’humanité a fait de grands progrès et qu’elle peut en faire quelques uns encore, ils la renferment d’avance dans de certaines limites infranchissables.

Ils ne croient donc point être parvenus au souverain bien et à la vérité absolue (quel homme ou quel peuple a été insensé pour l’imaginer jamais ?), mais ils aiment à se persuader qu’ifs ont atteint à peu près le degré de grandeur et de savoir que comporte notre nature et, comme rien ne remue autour d’eux, ils se figurent volontiers que tout est à sa place. C’est alors que le législateur prétend promulguer des lois éternelles, que les peuples et les rois ne veulent élever que des monuments séculaires, et que la génération présente se charge d’épargner aux générations futures le soin de régler leurs destinées. »

« A mesure que les castes disparaissent, que les classes se rapprochent, que, les hommes se mêlant tumultueusement, les usages, les coutumes, les lois varient, qu’il survient des faits nouveaux, que des vérités nouvelles sont mises en lumière, que d’anciennes opinions disparaissent, et que d’autres prennent leur place, l’image d’une perfection idéale et toujours fugitive se présente à l’esprit humain.

De continuels changements se passent alors à chaque instant sous les yeux de chaque homme. Les uns empirent sa position, et il ne comprend que trop bien qu’un peuple, ou qu’un individu, quelque éclairé qu’il soit, n’est point infaillible. Les autres améliorent son sort, et il en conclut que l’homme en général est doué de la faculté indéfinie de perfectionner. Ses revers lui font voir que nul ne peut se flatter d’avoir découvert le bien absolu ; ses succès l’enflamment à le poursuivre sans relâche. Ainsi toujours cherchant, tombant, se redressant, souvent déçu, jamais découragé, il tend incessamment vers cette grandeur immense qu’il entrevoit confusément au bout de la longue carrière que l’humanité doit encore parcourir.

On ne saurait croire combien de faits découlent naturellement de cette théorie philosophique suivant laquelle l’homme est indéfiniment perfectible, et l’influence prodigieuse qu’elle exerce sur ceux même qui, ne s’étant jamais occupés que d’agir et non de penser, semblent y conformer leurs actions sans la connaître. »

« […] Les nations aristocratiques sont naturellement portées à trop resserrer les limites de la perfectibilité humaine, et les nations démocratiques les étendent quelquefois outre mesure » (De la démocratie en Amérique, op. cit., pp. 449-50).

 

Égalisation des conditions, égalité et Sécurité Sociale de France

 

On ne saurait nier que la Sécurité Sociale vise à l’égalisation des conditions sociales. Mais on ne peut pas non plus nier que ses instigateurs ont la prétention de se donner l’égalité. A ce titre, le système exclut la perfectibilité humaine et apparaît comme une organisation aristocratique et non pas démocratique.

 

Démocratie et Sécurité sociale des États-Unis

 

Et je considère comme une illustration de ce que Tocqueville avait avancé à propos des Américains, peuple démocratique par excellence à ses yeux, qu’il y a une quarantaine d’années, en 1964 (comme le raconte Milton Friedman en 1999), Barry Goldwater, candidat à la Présidence des États-Unis, ait pris comme idée force de sa campagne électorale la réforme du système de Sécurité sociale de 1935 finalement en opposition avec la parabole tocquevillienne du matelot américain : i

« Je rencontre un matelot américain, et je lui demande pourquoi les vaisseaux de son pays sont construits de manière à durer peu, et il me répond sans hésiter que l’art de la navigation fait chaque jour des progrès si rapides, que le plus beau navire deviendrait bientôt presque inutile s’il prolongeait son existence au-delà de quelques années.

Dans ces mots prononcés au hasard par un homme grossier et à propos d’un fait particulier, j’aperçois l’idée générale et systématique suivant laquelle un grand peuple conduit toutes choses » (ibid.).

 

Tocqueville montre par cette parabole qu’il considère que la perfectibilité est au centre des moeurs des Américains.

 

Loin de pouvoir se perfectionner et changer, la Sécurité sociale américaine, déjà trentenaire en 1965, ne pouvait que connaître de graves difficultés : il fallait donc réformer le système. Si Goldwater n’a pas été élu, depuis lors néanmoins, il y a eu maints échanges de vues sur la question, des réformes qui ont permis aux Américains de se constituer des retraites complémentaires sur la base de cotisations d’assurance en franchise d’impôt et, aujourd’hui, approuvé en cela par Alan Greenspan, gouverneur du Fed, G. W. Bush semble à deux doigts d’abroger le système Roosevelt,

 

A l’opposé, en France, les politiques ne se sont pas préoccupés d’une réforme de la sécurité sociale retraite instituée en 1945 jusqu’au début de la décennie 1990 et depuis lors, ils ne font que modifier la valeur de certains paramètres du système de répartition obligatoire en vigueur, en particulier du « régime général » sous prétexte de seulement l’améliorer puisque « le monde entier nous l’envierait».

 

 

2. La privatisation de la Sécurité Sociale de France

 

Selon certains, la privatisation de la Sécurité sociale-maladie serait possible, mais injuste. Selon d’autres, la privatisation de la Sécurité sociale-retraite serait sinon impossible, au moins très coûteuse. Je me propose de montrer schématiquement qu’il n’en est rien après avoir fixé les idées sur l’ancre de la démarche, à savoir la vérité sur le prix du travail de celui qu’il est convenu de dénommer aujourd’hui « assuré social ».

 

2.A. Le prix du travail de l’assuré social

 

Dans le langage officiel, la Sécurité sociale « ne prend pas aux uns… », elle « prélève ». Pendant longtemps, elle a affirmé prélever aux patrons de l’industrie et du commerce – des cotisations patronales – et aux salariés de ce secteur économique – des cotisations salariales -, le salarié recevant son « salaire brut » diminué des « cotisations salariales;>. Mais cela est sinon un mensonge volontaire, au moins une erreur économique. Économiquement, le prix du marché du travail est le salaire brut de l’employé augmenté des cotisations patronales. Conséquence, la façon de voir les choses qu’imposent les hommes de la Sécurité sociale conduit l’employé à sous-estimer le prix donné à son travail, à considérer qu’il est lui-même – ses compétences, ses talents, etc. – sous-estime et à demander un salaire plus élevé, le cas échéant, via son syndicat préféré ! Cette façon de voir la réalité ne peut qu’entretenir ou susciter un conflit entre employeur et employé que « gèrent les hommes des syndicats de travailleurs ». Et cela d’autant plus que pendant longtemps, le salarié n’a pas été informé de ce que son employeur était obligé de verser. Celui-ci doit apprendre que son travail vaut plus que ce qu’il pensait ou que ses protecteurs syndicaux lui affirmaient valoir.

 

Prenons l’exemple du SMIC (salaire minimum interindustriel de croissance) mensuel. Le « politiquement direct » dira qu’en août 2005, le SMIC brut s’élevait à 1 275,89 euros et le salarié recevait sur son compte 1 034,61 euros.

 

 

Mais quel était le vrai (10) prix du travail sur le marché du travail en août 2005 ?

(10} Même si ce prix minimum est réglementé et fixé par l’État et les syndicats.

 

Très exactement, 1900, 16 euros {salaire brut augmenté des cotisations patronales et non « allégé » par la loi Fillon), soit près du double de ce que le travailleur trouve sur son compte bancaire et qu’il peut dépenser comme il l’entend ! En d’autres termes, le « smicard » croît – ou « on » fait tout pour qu’il le croie – que son travail vaut 1034,61 euros et en déduit qu’il est sous-paye, aidé en cela par les hommes des syndicats qui, toute honte bue, colporte la distinction, alors que l’employeur a acheté le travail au prix de 1900,16 euros.

 

Mais, on dira que,’« pour son bien et celui de sa famille », l’organisation de la sécurité sociale (au sens large de « protection sociale ») le protège et, dans ce but, lui prend, sans l’en informer explicitement, la différence, soit 865,55 euros, soit près de la moitié de sa « valeur sur le marché du travail ».

 

A sa façon, ce fait contribue à avancer que, loin d’être démocratique, l’organisation de la sécurité sociale est aristocratique et pour la raison tocquevillienne suivant laquelle :

« Dans les aristocraties, ce n’est pas précisément le travail qu’on méprise, c’est le travail en vue d’un profit. Le travail est glorieux quand c’est l’ambition ou la seule vertu qui le fait entreprendre. Sous l’aristocratie cependant, il arrive sans cesse que celui qui travaille pour l’honneur n’est pas insensible à l’appât du gain. Mais ces deux désirs ne se rencontrent qu’au plus profond de son âme. Il a bien soin de dérober à tous les regards la place où ils s’unissent. Il se la cache volontiers à lui-même. Dans les pays aristocratiques, il n’y a guère de fonctionnaires publics qui ne prétendent servir sans intérêt l’État.

Leur salaire est un détail auquel quelquefois ils pensent peu, et auquel ils affectent toujours de ne point penser.

Ainsi l’idée du gain reste distincte de celle du travail. Elles ont beau être jointes au m fait, la pensée les sépare » [chap. XVIII, p. 532].

 

Et la sécurité sociale tend à être une organisation aristocratique parce qu’elle a mis au départ l’accent sur le travail, assiette des cotisations, et non pas sur le prix de celui-ci, et a introduit la fausse distinction entre cotisation patronale et cotisation salariale.

« Dans les sociétés démocratiques, ces deux idées sont au contraire toujours visiblement unies. Comme le désir du bien-être est universel, que les fortunes sont médiocres et passagères, que chacun a besoin d’accroître ses ressources ou d’en préparer de nouvelles à ses enfants, tous voient bien clairement que c’est le gain qui est sinon en tout, du moins en partie ce qui les porte au travail. Ceux mêmes qui agissent principalement en vue de la gloire s’apprivoisent forcément avec cette pensée qu’ils n’agissent pas uniquement par cette vue, et ils découvrent, quoi qu’ils en aient, que le désir de vivre se mêle chez eux au désir d’illustrer leur vie.

 

Du moment où, d’une part, le travail semble à tous les citoyens une nécessité honorable de la condition humaine, et où, de l’autre, le travail est toujours visiblement fait, en tout ou en partie, par la considération du salaire, l’immense espace qui séparait les différentes professions dans les sociétés aristocratiques disparaît. Si elles ne sont pas toutes pareilles, elles ont du moins un trait semblable.

 

Il n’y a pas de profession où l’on ne travaille pas pour de l’argent. Le salaire qui est commun à toutes, donne à toutes un air de famille.

Ceci sert à expliquer les opinions que les Américains entretiennent relativement aux diverses professions.

 

Les serviteurs américains ne se croient pas dégradés parce qu’ils travaillent ; car autour d’eux tout le monde travaille. Ils ne se sentent pas abaissés par l’idée qu’ils reçoivent un salaire ; car le président des Etats-Unis travaille aussi pour un salaire. On le paie pour commander, aussi bien qu’eux pour servir.

Aux États-Unis, les professions sont plus ou moins pénibles, plus ou moins lucratives, mais elles ne sont jamais ni hautes, ni basses. Toute profession honnête est honorable » (ibid., pp. 532-533).

 

Si la sécurité sociale était une organisation démocratique, elle n’oserait pas cacher au travailleur le prix de son travail, a fortiori le convaincre d’un prix inférieur à la réalité.

 

Il convient d’ajouter que, jusqu’à 1967-68, il y a eu deux types de cotisation ayant pour assiette le faux prix du travail qu’est le salaire brut : Tune pour les allocations familiales « payée par l’employeur » et l’autre pour, à la fois, l’accident du travail, la maladie et la retraite « payée à la fois par l’employeur et l’employé ».

C’était encore relativement clair.

 

A partir de cette période et jusqu’à la fin de la décennie 1980, il y en aura désormais quatre du fait de l’individualisation de ces trois dernières (11).

(11) Cf. Lane G. (1997), « Les paradoxes de la sécurité sociale », Liberté économique et progrès social, n° 82, juillet, pp. 2-11.

 

L’obscure clarté commençait à s’épaissir.

 

Depuis lors, il y a eu non seulement création de types supplémentaires de cotisation (CSG, CRDS) mais encore les revenus de l’épargne sont devenus assiettes de cotisations. Pour sa part, le bulletin de salaire du « smicard » se compose de vingt-deux lignes (cf. ci-dessus) !

 

L’abrogation de l’assujettissement aux cotisations de sécurité sociale, c’est donc d’abord dévoiler à chacun la vérité sur le prix de son travail, c’est la fin d’une immoralité certaine instaurée en 1945. C’est aussi la disparition d’une occasion de dresser les salariés contre te patron prédateur, alors que le vraiprédateur était la Sécurité sociale. Ils apprendront alors que leur travail vaut plus que ce qu’ils pensaient ou que leurs protecteurs syndicaux leur affirmaient valoir.

La privatisation de la sécurité sociale, c’est enfin et en conséquence rendre à l’employé la propriété des fruits de ses efforts, de son travail, pour qu’il en fasse un usage « selon son coeur » étant donné la vérité enfin dévoilée. Ce sera pour lui une augmentation substantielle du pouvoir d’achat périodique qu’il reçoit sur son compte en banque. Compte tenu de l’expérience, de l’information désormais sincère sur sa propre valeur, il comprendra qu’il a l’obligation morale de s’assurer – lui et les siens – contre des accidents du travail, des maladies, la vieillesse… auprès de l’assureur qui lui semble bon. S’il ne le comprend pas, il faudrait bien sûr l’y obliger. Mais pourquoi ne le comprendrait-il pas ? Voici l’aristocratisme qui pointe de nouveau…

 

En toute hypothèse, ce sera pour lui l’occasion de faire des dépenses d’un genre nouveau mais qui lui correspondront mieux et qui, au total, lui laisseront un « salaire net de ces dépenses » largement supérieur à son « salaire net actuel, i.e. net de cotisations sociales », pour les raisons qu’on va donner ci-dessous.

 

2.B. La privatisation de la Sécurité Sociale maladie

 

Depuis la réforme du gouvernement Juppé (1995-97), l’État a mis la main sur la Sécurité sociale-maladie et établit des liens juridiques, certes assez flous, entre lui, celle-ci et le marché des produits de recouvrement de la santé – dénommé aussi « marché de la santé » – moyennant la création de nouveaux organismes, « autorités » ou autres.

 

Qu’à cela ne tienne, du jour au lendemain, sans coût particulier, l’assujettissement aux cotisations d’assurance-maladie peut être abrogé car le propre de l’organisation de la sécurité sociale est de contraindre les gens à vivre au jour le jour et car, dans ce domaine de l’assurance-maladie, les « droits sociaux acquis » la période de revenu précédente pour la période de revenu future remplace ceux qui ont été acquis la pénultième. Pour pouvoir bénéficier des RIRES, il n’est pas nécessaire d’accumuler au préalable des droits sociaux sur une longue période de temps.

 

Il appartiendra à l’ancien « assujetti » de verser à la place de la cotisation obligatoire de sécurité sociale (part patronale et part salariale additionnées) une prime d’assurance-maladie à l’assureur de son choix. Toutes les études sur la question font apparaître des économies pour le nouvel assuré – compte tenu des siens – de l’ordre de 10 % à 30 %, i.e. une augmentation de pouvoir d’achat de son revenu de 10 % à 30 % toutes choses égales par ailleurs. Bien évidemment, de même que ni les cotisations de sécurité sociale-maladie ni les organismes ne supportent d’impôt ou taxe, de même, il s’agira que ni les primes d’assurance-maladie ni les compagnies d’assurance n’en supportent !

 

L’ancien assujetti réalisera des économies plus substantielles si, à la place de ce contrat d’assurance-maladie qu’on peut qualifier «au jour le jour», il convient avec l’assureur d’un contrat à plus long terme avec abonnement ou non, avec clause de sortie de tel ou tel type. Avec ces types de contrat, sa prime d’assurance-maladie sera plus ou moins nivelée : schématiquement, « jeune », il paiera « plus » que l’espérance mathématique de ses risques pour, une fois « vieux », payer « moins » que celle-ci. Et ainsi il ne s’entendra pas dire par ceux qui aujourd’hui veulent la justice, l’égalité, son bonheur à sa place, que, « vieux », il coûte cher à la société !

 

2.C. La privatisation de la Sécurité Sociale-vieillesse

 

A la différence de la Sécurité sociale-maladie, la Sécurité sociale-vieillesse (ou -retraite) est une organisation toujours indépendante en grande partie de l’Etat et très hétérogène. Elle se compose d’un grand nombre de « régimes » dont le principal (en nombre de cotisants et en cotisations perçues) est dénommé « régime général » (organisation hiérarchique centralisée avec à son sommet la CNAV). En conséquence, la privatisation de la Sécurité sociale vieillesse, c’est la privatisation de ces régimes de retraite, l’abrogation de l’assujettissement aux cotisations à ceux-ci.

A la différence de la Sécurité sociale-maladie, pour pouvoir bénéficier des RIRES d’un régime de retraite, il y a une accumulation de droits sociaux préalable nécessaire jusqu’à l’âge légal de retraite.

 

Pour cette raison, a priori, l’abrogation est problématique sauf pour les jeunes, pour les « entrés récemment dans la vie active » à supposer qu’on les dispense totalement d’entrer dans le système. Mais précisément, si les jeunes s’en vont, qui épongera les droits à la retraite qui courent pour les autres plus âgés ou déjà retraités ?

 

Il suffira en fait de leur faire souscrire une assurance-vie « en cas de vie » selon l’expression consacrée et verser une ou plusieurs primes d’assurance vie de sorte que leur retraite soit, quand ils auront atteint l’âge légal de la retraite, ce qu’elle serait aujourd’hui s’ils étaient « à la sécurité sociale ». Comme pour l’assurance-maladie, toutes choses égales par ailleurs, l’ancien assujetti fera une économie sensible. Une partie sera affectée au service de la dette sociale, l’autre représentera une augmentation de pouvoir d’achat. Il importe aussi que les primes d’assurance et les compagnies d’assurance ne supportent pas d’impôt ou taxe.

 

On soulignera aussi que ce système permettra aux nouveaux assujettis de laisser un capital ou une rente à leurs enfants s’ils n’atteignent pas l’âge légal de la retraite : un avantage dont les prive la Sécurité sociale vieillesse aujourd’hui (et les hérauts ont un certain cynisme en vantant la solidarité entre les générations alors qu’ils sont en train de ruiner et les jeunes et les retraités – c’est la solidarité dans la faillite !).

 

La privatisation aura encore pour conséquence que le conjoint survivant n’aura pas droit à une pension de réversion de 50 % comme dans le système actuel, mais de 100% ! Dernière conséquence essentielle, ils pourront mettre en caution tel ou tel aspect de leur contrat d’assurance-vie pour s’endetter à des conditions plus favorables auprès d’une » banque. Aujourd’hui, les droits sociaux acquis ne sauraient être acceptés en caution par qui que ce soit.

 

L’abrogation de l’assujettissement aux cotisations d’assurance-vieillesse semble problématique pour les assurés sociaux actuellement à la retraite : comment leur retraite leur sera-t-elle versée s’il n’y a plus de cotisations perçues ?

 

Il en est de même, pour la même raison, pour les assurés sociaux « proche » de l’âge légal de la retraite. C’est ce que certains dénomment le « coût de la transition ». Je ne rentrerai pas dans le détail des façons de résoudre le problème, tant elles sont nombreuses étant donnés en particulier les progrès obtenus dans le domaine financier depuis une trentaine d’années.

 

On peut affirmer néanmoins sur la base des expériences concrètes et des études théoriques sur le sujet (les Américains travaillent sur la question depuis la décennie 1960) que le coût est dérisoire comparé à celui qui sera supporté si le législateur tend à faire perdurer l’assujettissement aux cotisations par tous les moyens (augmentation de celles-ci, allongement de la durée légale de travail, report de l’âge légal de retraite, diminution du montant de la retraite).

 

Au coeur du processus, se trouvent l’augmentation de pouvoir d’achat des « anciens assujettis », celle de l’épargne de ceux-ci, fa réduction du coût des investissements du fait de l’épargne plus abondante et, par conséquent, la croissance et le développement.

 

L’épargne collectée par les compagnies d’assurances est un fonds d’investissement sérieux pour l’économie nationale. La croissance se trouve ainsi accélérée, et il est moins douloureux d’éponger la dette sociale. Au Chili, tout le système a été rééquilibré en 10 ans alors que Ton avait anticipé une transition sur 14 ans. Les taux de croissance y ont en effet été durablement supérieurs à 8 %.

 

 

Conclusion : privatiser l’organisation de la sécurité sociale, c’est la démocratiser

 

Dans De la démocratie en Amérique, Tocqueville avait donc en ligne de mire l’alternative politique « aristocratie » ou « démocratie » et d’identifier ce qui avait émergé aux États-Unis. D’après ce qu’il a écrit et si on le transpose, la sécurité sociale de France apparaît comme une organisation aristocratique et non pas démocratique. Elle est un système de privilèges – de droits donnés ou acquis – qui, par conséquent, a les défauts qui y sont inhérents et qu’a décrits Tocqueville (à commencer par la vaine recherche d’améliorations). Elle ne présente pas les avantages d’un système démocratique (à commencer par celui de reposer sur la perfectibilité et le changement).

 

Contrairement aux idées reçues, privatiser l’organisation de la sécurité sociale, ce ne serait pas la détruire, ce serait tout simplement clarifier l’hésitation constitutionnelle française entre « aristocratie » ou « démocratie ».

 

Yvan BLOT

 

HAYEK ET LA DÉMOCRATIE

 

 

Friedrich von Hayek (né à Vienne en 1889, mort à Freiburg en 1992) est non seulement un brillant économiste dont l’oeuvre a été couronnée par un prix Nobel en 1974 mais il est aussi un important philosophe politique. Ses prises de positions libérales en économie sont bien connues. Toutefois, Hayek  est moins connu pour sa critique extrêmement sévère de la démocratie, du moins telle qu’elle fonctionne aujourd’hui. Ses principales critiques se trouvent dans les oeuvres suivantes ; « La Constitution de la Liberté ». << Droit, Législation et Liberté ». « La Présomption fatale ; les Erreurs du socialisme ». Enfin, il existe dans « New studies in philosophy, politics, économics and the history of ideas » le texte d’une conférence de Hayek prononcé à l’Institute of economic affairs de Sydney en 1976 intitulé « Wither Democracv ?» (contre la démocratie ?).

 

 

1/ Libertés et traditions

 

Pour Hayek, il existe deux traditions de la liberté « la première fondée sur une interprétation de traditions et institutions qui avaient grandi spontanément et n’étaient qu’imparfaitement comprises, la seconde visant à construire une utopie qui a été essayée souvent mais toujours sans succès. Cependant, c’est la thèse rationaliste apparemment logique de la tradition française avec ses flatteuses suppositions sur les pouvoirs illimités de la raison humaine qui a progressivement gagné en influence tandis que déclinait la tradition moins précise et moins explicite de la liberté à l’anglaise » (celle de Burke).

 

Pour Hayek, c’est une superstition de ttaiter de superstitions toutes les croyances du passé, résultats d’expériences humaines que nous ne pouvons plus connaître. Les règles morales de conduite comme celles du langage, ont une

origine mystérieuse mais ce n’est pas une raison pour les rejeter. « Un symptôme intéressant de l’influence grandissante de la conception rationaliste est la substitution croissante du mot « social » au mot « moral ». (…)

L’étrange est que cet appel au social implique en réalité l’exigence que ce soit désormais l’intelligence individuelle et non plus les règles engendrées par la société qui devienne le mentor de l’action individuelle (…)

Par conséquent, la préférence pour les considérations sociales au détriment de l’adhésion aux règles morales est en dernière analyse le résultat d’un mépris pour ce qui est effectivement un phénomène social, et d’une foi dans les pouvoirs supérieurs de la raison humaine individuelle. »

 

« Ces considérations ne prouvent pas que tous les systèmes de croyances morales qui se sont développés dans une société seront bienfaisants. De même que l’ascension d’un groupe peut être due à la morale que respectent ses membres, au point que leurs valeurs finissent par être imitées par la nation entière, dont le groupe exemplaire devient le guide, il se peut qu’un groupe ou un État se détruise par les croyances morales auxquelles il adhère. C’est le résultat final qui peut seul montrer si l’idéal qui guide un groupe est bienfaisant ou

destructeur. »

 

« De telles règles morales pour l’action collective ne s’édifient que difficilement et très lentement. C’est sûrement ce qui en fait le prix. Parmi les rares principes de ce genre que nous ayons réussi à développer, le plus important est la liberté individuelle, qu’il est tout à fait approprié de considérer comme un principe moral d’action politique. Comme tout principe moral, il requiert d’être accepté comme une valeur en soi, comme un principe qui doit être respecté sans qu’on recherche les conséquences, bonnes ou non, de son application dans un cas concret. Nous n’atteindrons aucun des résultats souhaités si nous ne l’acceptons comme une foi, ou comme un postulat, si solide que nulle considération d’opportunité ne saurait être admise pour le limiter. En définitive, le plaidoyer pour la liberté est un plaidoyer pour les principes, et contre l’opportunisme dans Faction collective. »

 

Quel est le rôle qui reste à la raison ?

« La raison est indubitablement l’atout le plus important dont dispose l’homme. Notre analyse a pour but simplement de montrer qu’elle ne peut pas faire n’importe quoi et qu’on peut la détruire en croyant qu’elle puisse être sa propre maîtresse et diriger son propre développement.

Ce que nous avons entrepris c’est de défendre la raison contre les abus qu’en font ceux qui n’ont pas compris les conditions de son fonctionnement efficace et de sa croissance continue. (…)

Il nous faut employer intelligemment notre raison et qu’à cet effet nous devons préserver son indispensable moule de spontané et d’irrationnel parce que c’est là le seul milieu où la raison puisse se développer et opérer efficacement. (…)

Notre attitude doit être celle du médecin à l’égard d’un organisme vivant ; comme lui, nous avons affaire à un ensemble auto perpétuant qui est maintenu en action par des forces que nous ne pouvons remplacer et que nous devons par conséquent utiliser dans tout ce que noussouhaitons faire. »

 

 

2/ Relativité de la démocratie

 

« L’égalité devant la loi conduit à requérir que tous les hommes aient une

même part à la confection des lois » telle est l’idée démocratique. Mais le libéralisme « vise à limiter les pouvoirs coercitifs de tout gouvernement, qu’il soit ou non démocratique, alors que le démocrate dogmatique ne connaît qu’une seule borne au gouvernement : l’opinion majoritaire courante. La différence entre les deux idéaux ressort plus si on évoque leurs contraires : pour la démocratie, c’est le gouvernement autoritaire ; pour le libéralisme, c’est le totalitarisme. Ni l’unni l’autre système n’exclut nécessairement ce que récuse l’autre : une démocratie peut effectivement disposer de pouvoirs totalitaires et il est concevable qu’un gouvernement autoritaire puisse agir selon des principes libéraux ».

 

« Démocratie et libéralisme sont des réponses à des questions différentes.

La démocratie répond à cette question : qui doit exercer le pouvoir public ?

Sa réponse est : l’exercice du pouvoir public appartient aux citoyens en tant que corps social. Mais cette question ne porte pas sur ce que doit être le champ d’action du pouvoir public. (…)

Le libéralisme pose cette autre question indépendamment du problème de savoir qui détient le pouvoir public : quelles doivent être les limites de celui-ci. La réponse qu’il donne est : que le pouvoir public soit exercé par un autocrate ou par le peuple, il ne peut être absolu : l’individu a des droits qui sont au-dessus et au-delà de toute intrusion de l’Etat. »

 

La démocratie est donc un moyen, non une fin et pour Hayek, « l’emploi inconsidéré du mot démocratique pour en faire un qualificatif élogieux à usage généralisé n’est pas sans danger ».

 

Dans La Constitution de la Liberté, il écrit ; « II est presque toujours possible d’étendre la démocratisation à deux égards : donner le droit de vote à des gens toujours plus nombreux, et allonger la liste des sujets sur lesquels on décidera par la procédure majoritaire. Ni dans un cas, ni dans l’autre, il n’est sérieux de prétendre que toute extension possible soit un gain ou qu’il faille par principe élargir indéfiniment le champ d’application. Pourtant, presque à chaqueoccasion, l’argument démocratique est communément présenté comme s’il était incontestable que l’étendre au maximum possible soit souhaitable. »

 

« Le concept crucial pour le démocrate doctrinaire est celui de la souveraineté populaire. Ce concept signifie pour lui que la règle majoritaire n’est pas limitée ni limitable. L’idéal de démocratie, originairement destiné à empêcher tout pouvoir de devenir arbitraire, devient ainsi la justification d’un nouveau pouvoir arbitraire. (…)

et il est nécessaire que la majorité se soumette à des principes communs même lorsque son intérêt immédiat se trouve être de les violer. Il importe peu que cette façon de voir ait été jadis appelée loi naturelle ou contrat social (…)

 

Démocratie n’est pas nécessairement gouvernement illimité.

Pas plus qu’un autre, un gouvernement démocratique ne peut se passer de mécanismes internes de protection de la liberté individuelle (…) C’est lorsqu’on prétend que dans une démocratie, est juste ce que la majorité rend légal que la démocratie dégénère en démagogie. »

« Nous n’avons aucune raison de reconnaître aux décisions majoritaires cette sorte de sagesse supérieure supra-individuelle qu’en un certain sens possèdent les produits de la croissance sociale spontanée. Ce n’est pas dans les résolutions d’une majorité que nous trouverons une sagesse supérieure. Elles sont plutôt à même d’être inférieures aux résolutions qu’auraient prises les plus intelligents des membres du groupe après avoir écouté tous les avis. (…)

Si par processus social, nous entendons l’évolution graduelle vers des solutions meilleures que peut apporter un projet volontariste, la loi de la majorité n’en est pas un. Cette loi diffère radicalement de la croissance libre d’où émergent la coutume et les institutions car son caractère coercitif monopolistique et exclusif détruit les forces d’auto-correction qui font que dans une société libre, les efforts maladroits sont abandonnés et ne subsiste que ce qui marche. (…)

De plus, faute d’être guidées par des principes communément acceptés les décisions majoritaires sont particulièrement exposées à produire des résultats globaux que personne ne souhaitait. »

« Si le politicien s’enferme dans une certaine ligne d’action, ce n’est pas à cause des faits objectifs, mais parce qu’il est prisonnier de son opinion et de celle des autres. (…) le politicien qui réussit doit son pouvoir au fait qu’il se meut à l’intérieur du cadre établi des opinions ; il doit penser et parler banalement.

Dire d’un politicien qu’il est un leader d’opinion est pratiquement une contradiction dans les termes. Sa tâche dans une démocratie est de discerner quelles sont les opinions des gens les plus nombreux et non de mettre en circulation des opinions neuves susceptibles de rallier la majorité dans un avenir éloigné. »

 

 

3/ Une critique de la démocratie qui se radîcalise

 

Dans Droit, Législation et Liberté, Hayek durcit sa critique : « Dans la forme où nous la connaissons, cette division du pouvoir entre la législature, le judiciaire et l’administration, n’a pas atteint le but auquel elle était censée parvenir. (…)

La première tentative en vue d’assurer la liberté individuelle par des constitutions a manifestement échoué. Constitutionnalisme veut dire gouvernement contenu dans des limites. Mais l’interprétation donnée aux formules traditionnelles du Constitutionnalisme a rendu possible de les concilier avec une conception de la démocratie selon laquelle celle-ci est une forme de gouvernement où la volonté de la majorité n’est limitée par rien. Les buts (des constitutionnalistes libéraux) apparaissent aussi valables que jamais. Mais comme leurs moyens se sont avérés inadéquats, quelque nouvelle invention institutionnelle est nécessaire. »

 

La démocratie a dérivé pour deux raisons : « d’une part, la perte de la croyance en une justice indépendante de l’intérêt personnel ; par voie de conséquences, le recours à la législation pour autoriser la contrainte non plus simplement pour empêcher l’action injuste mais pour atteindre certains objectifs particuliers concernant des individus ou des groupes spécifiques. D’autre part,la fusion entre les mains des mêmes assemblées représentatives, de la mission d’énoncer des règles de juste conduite avec la mission de diriger ou contrôler le gouvernement ».

 

Pour Hayek, « le type prédominant d’institutions démocratiques libérales où c’est le même corps représentatif qui pose les règles de juste conduite et qui dirige le gouvernement conduit forcément à transformer progressivement l’ordre spontané d’une société libre en un système totalitaire mis au service de quelque coalition d’intérêts organisés ».

 

Il y a donc divorce entre la démocratie et l’idéal de liberté individuelle. « Les signes ne manquent pas, toutefois, que la démocratie illimitée court à sa chute et qu’elle s’effondrera non à grand bruit mais à bout de souffle. Il devient déjà visible que bon nombre d’espérances ont été éveillées qui ne pourront être honorées qu’en retirant le pouvoir de décision des mains des assemblées démocratiques et en le remettant aux coalitions d’intérêts organisés, socialement influentes, et à leurs experts mercenaires. Déjà, même, l’on nous dit que la fonction des corps

représentatifs est devenue de mobiliser le consentement, c’est-à-dire non d’exprimer mais de manipuler l’opinion de ceux qu’ils représentent. Tôt ou tard, les gens découvriront que non seulement, ils sont à la merci de nouvelles castes privilégiées, mais que la machinerie para-gouvernementale, excroissance nécessaire de l’État tutélaire, est en train de créer une impasse en empêchant la société d’effectuer les adaptations qui, dans un monde mouvant, sont indispensables pour maintenir le niveau de vie atteint, sans parler d’en atteindre un plus élevé. Ilfaudra probablement du temps avant que les gens n’admettent que les institutions qu’ils ont créées les ont mis dans une telle impasse. »

 

 

4/ L’adversaire constructiviste

 

Hayek dénonce le « rationalisme constructiviste » conception qui tient pour certain que toutes les institutions sociales sont le produit d’un dessein délibéré et doivent l’être. « Cette vue erronée est étroitement liée à la conception, non moins fausse, de l’esprit humain comme une entité située en dehors du cosmos de la nature et de la société, et non comme étant lui-même le produit du même processus d’évolution auquel sont dues les institutions de la société. J’ai étéeffectivement amené à la conviction que les plus importantes divergences de notre temps non seulement scientifiques mais aussi politiques ou idéologiques proviennent initialement de certaines différences philosophiques entre deux écoles de pensée dont on peut démontrer que l’urne est dans l’erreur. Les deux sont appelées rationalisme mais je devrai distinguer le rationalisme critique du rationalisme constructiviste ou naïf, le second étant erroné. »

 

Le positivisme juridique et sa croyance en la nécessité d’un pouvoir souverain illimité, l’utilitarisme centré sur l’acte, la sociologie prétendant créer l’avenir du genre humain sont liés à cette erreur. «Toutes les doctrines totalitaires, dont le socialisme n’est que la plus noble et la plus influente, sont ici évoquées. Elles sont fausses non en raison des valeurs sur lesquelles elless’appuient mais parce qu’il y a méconnaissance des forces qui ont rendu possibles la civilisation. »

« Nombre d’institutions de la société qui sont des conditions indispensables à la poursuite efficace de nos buts conscients sont en fait le résultat de coutumes, d’habitudes, de pratiques qui n’ont été ni inventées ni ne sont observées afin d’obtenir des buts de cette nature. (…) L’homme est tout autant un animal obéissant à des règles qu’un animal recherchant des objectifs. Et il est efficace pas parce qu’il sait pourquoi il doit obéir aux règles qu’il observe en fait, ni même parce qu’il est capable d’énoncer toutes ces régies en paroles, mais parce que sa pensée et son agir sont régis par des règles qui, par un processus de sélection, se sont établies dans la société où il vit et qui sont ainsi le produit de l’expérience des générations. »

 

Le rationalisme constructiviste a changé le sens des mots. La raison qui avait inclus la capacité de l’esprit humain à distinguer le bien et le mal en fonction des règles établies devint la capacité de construire de telles règles par déduction en partant de prémisses explicites. La conception de la loi naturelle fut ainsi changée en celle de « loi de raison » et ainsi presque en l’opposé de ce qu’elle avait été. Cette nouvelle loi rationaliste celle de Grotius partageait l’idée que toute loi était faite par raison.

Hume et Burke influencés par la Common Law anglaise s’opposèrent à ce constructivisme. Les écoles historiques de linguistiques et du droit aussi avec Humboldt et von Savigny. L’économiste autrichien Cari Menger développa aussi la théorie de la formation spontanée des institutions. A l’opposé Voltaire ou Rousseau ne concevaient de lois que voulues a priori par la raison. Notre langage favorise cette erreur en personnifiant la société (la société veut ceci ou cela) ce qui relève de la pensée primitive.

 

Pour Hayek les règles de juste conduite sont découvertes et non créées.

Or la démocratie est devenue l’instrument du rationalisme constructiviste où une majorité parlementaire se croit libre de créer une société nouvelle !

 

 

5/ Opinion majoritaire et démocratie contemporaine (Droit, législation et liberté, t3)

 

Pour Hayek, « il n’est plus possible de méconnaître que ces derniers temps, malgré la persistance d’une adhésion verbale et même de demandes de démocratisation plus étendue, il se soit élevé parmi les gens réfléchis une inquiétude croissante et de sérieuses alarmes quant aux résultats que le système démocratique engendre fréquemment. (…)

On voit se répandre un sentiment de profonde déception et de doute sur l’avenir de la démocratie et cela ne peut guère être contesté. (…)

Il semble que ce soit la destinée régulière de la démocratie qu’après une première période glorieuse pendant laquelle on la comprend comme une sauvegarde de la liberté personnelle, et où elle l’assure effectivement tant qu’elle accepte les limitations d’un nomos supérieur à elle, la démocratie en vienne tôt ou tard à revendiquer le pouvoir de régler n’importe quelle question

concrète selon la décision d’une majorité sans égard au contenu de cette décision ».

 

Pour Hayek, « le pouvoir illimité est la conséquence fatale de la forme établie de démocratie. Ce fut une illusion tragique que d’imaginer que l’adoption de procédures démocratiques permettaient de se dispenser de toute autre limitation du pouvoir gouvernemental.

« Bien qu’un amas de sottises aient été dites et le soient encore à propos de la démocratie et des bienfaits que procurerait son extension à d’autres domaines, je suis profondément impressionné par le rapide déclin de son prestige.

Ce discrédit accéléré de la démocratie dans les esprits critiques devrait inquiéter même ceux qui n’ont jamais partagé l’enthousiasme démesuré et aveugle qu’elle inspirait encore il y a peu, et qui faisait appeler « démocratique » presque tout ce que l’on trouvait de bon en politique. Sans doute selon le sort commun des appellations exprimant un idéal politique, celle de démocratie a été employée pour évoquer bien des choses sans rapport avec le sens primitif du mot ; et maintenant on remploie souvent là où l’on veut dire réellement : égalité ! »

« Une assemblée qui a le pouvoir de voter des faveurs à des groupes particuliers devient forcément un cadre où les marchés et compromis au sein de la majorité entraîneront la décision. La prétendue volonté de la majorité élaborée dans ce processus de marchandages n’est rien de plus qu’une entente pour favoriser ses clientèles au détriment du reste. Le discrédit de la politique parmi les simples citoyens est dû à la constatation de ce fait que les politiques poursuivies sont largement déterminées par des séries de troc avec des groupes d’intérêtsorganisés. »

Le « politiquement nécessaire » remplace le juste !

« Seul le gouvernement limité peut être un gouvernement honnête parce qu’il n’existe pas de règles morales générales quant à l’attribution d’avantages particuliers. (…) Ce n’est pas la démocratie ni le gouvernement représentatif en soi qui sont toujours corrompus ; ils sont rendus tels par l’institution que nous avons choisie, d’un Pouvoir législatif unique et omnipotent. Il est à la fois corrompu et faible : incapable de résister à la pression des groupes composant la majorité gouvernante, laquelle doit faire tout son possible afin de satisfaire les groupes dont le soutien lui est indispensable 3i dommageables que de telles mesures puissent être au reste de la population aussi longtemps que le dommage n’est pas trop flagrant ou que les groupes lésés ne sont pas trop populaires.

 

Tout en étant immensément et oppressivement puissant, capable de briser toute résistance d’une minorité, elle est totalement incapable de poursuivre une ligne de conduite constante zigzaguant comme un rouleau compresseur conduit par un ivrogne. S’il n’existe aucune autorité judiciaire supérieure qui puisse empêcher la législature de conférer des privilèges à des groupes particuliers, il n’y a aucune limite au chantage qu’ils peuvent exercer sur le gouvernement. Si ungouvernement a le pouvoir de ratifier leurs exigences, il devient leur esclave ; ce fut le cas en Grande Bretagne avant madame Thatcher où ils bloquèrent toute politique pouvant tirer le pays hors du déclin économique. »

« Cette domination exercée sur le gouvernement par des coalitions d’intérêts organisés (ces néfastes conspirations comme on les appela lorsqu’on commença à remarquer leur influence) est d’ordinaire considérée par le public comme un abus, voire comme une sorte de corruption. C’est pourtant le résultat inévitable d’un système dans lequel le gouvernement a le pouvoir illimité dedécider toute mesure qu’il juge nécessaire pour répondre aux desiderata de ses partisans. Un tel gouvernement ne pourrait refuser d’exercer ses pouvoirs tout en conservant l’appui d’une majorité. Nous n’avons pas le droit de blâmer les politiciens de faire ce à quoi les oblige la situation où nous les avons placés. »

 

 

6/ « Démocratie » ou « Démarchie » ?

 

« Les institutions représentatives existantes ont été façonnées par les exigences de gouvernement et non pas de la législation (…)

Rappelons une fois encore combien la tâche de gouverner est différente de celle de poser des règles de juste conduite universellement applicables. (…)

La limitation des pouvoirs du gouvernement que postule une société libre implique donc que même la majorité ne doit avoir de pouvoir absolu que sur l’emploi des ressources qui ont étédédiées à l’usage public ; tandis que la personne et les biens du citoyen ne sont pas assujettis à des ordres spécifiques mais seulement à des règles de conduite qui s’appliquent uniformément à tous. (…)

L’idéal du contrôle démocratique du gouvernement est entièrement distinct de l’idéal de la limitation du pouvoir gouvernemental par le droit. Et l’on ne peut certainement pas réaliser l’un et l’autre en plaçant aux mains du même organe représentatif à la fois le pouvoir de faire les lois et celui de gouverner. »

« Le souci quasi exclusif qu’ont les représentants du gouvernement plutôt que de la législation tient au fait qu’ils savent que leur réélection dépend principalement des performances de leur parti en matière de mesures gouvernementales et non de législation. C’est le degré de satisfaction des électeurs concernant les effets immédiats des décisions gouvernementales que traduiront les prochaines élections et non leur jugement sur les conséquences à retardement de

modifications apportées au droit. (…)

La tendance du député ordinaire sera donc de dire « oui » aux requêtes particulières alors que la mission véritable d’un législateur serait de dire ‘ »non » à toute demande de faveurs spéciales et de souligner qu’il y a des choses qui ne se font pas. »

Pour Hayek, « une législation partisane conduit au délabrement de la société démocratique (…)

La démocratie, pour autant que ce terme ne soit pas employé simplement comme synonyme d’égalitarisme, devient de plus en plus le nom de ce processus de racolage des votes impliquant que l’on apaise et rémunère les intérêts spéciaux qu’en des temps plus naïfs Ton qualifiait de sinistres ».

« L’idée que la majorité du peuple ou des élus devrait être libre de décréter n’importe quoi à condition de s’en trouver d’accord, et qu’en ce sens la majorité doive être considérée comme omnipotente, cette idée est étroitement liée au concept de souveraineté populaire. L’erreur implicite n’est pas de penser que tout pouvoir existant doit être aux mains du peuple ni que ses aspirations doivent s’exprimer dans des décisions à la majorité ; elle est de croire que cette source du pouvoir doive n’être bornée par rien, en mot, dans l’idée de souveraineté même. La prétendue nécessité logique d’un pouvoir illimité, source de tous les autres, n’existe simplement pas. (…)

C’est une superstition constructiviste. »

« J’ai bon espoir qu’un temps viendra où la même répugnance que nous éprouvons envers les autres formes de gouvernement arbitraires sera ressentie à l’idée d’un groupe d’hommes détenant le pouvoir d’ordonner tout ce qui lui plaît même s’il y est autorisé par une majorité des citoyens. C’est là créer une situation de barbarie, non parce que nous avons donné le pouvoir à des barbares mais parce que nous avons lâché le pouvoir hors des digues du droit, produisant des conséquences inévitables quels que soient les hommes à qui un tel pouvoir est confié. » «

 

Tout cela conduit Hayek à abandonner le nom pollué de démocratie pour celui de « démarchie ». « Bien que je croie fermement que le gouvernement doive être conduit selon des principes approuvés par le peuple dans sa majorité, et que cela soit indispensable pour préserver la paix et la liberté, je dois admettre franchement que si démocratie veut dire gouvernement par la volonté arbitraire de la majorité, je ne suis pas un démocrate ; je considère même un tel gouvernementcomme pernicieux et à la longue impraticable. »

 

 

7/ « L’avortement de l’idéal démocratique »

 

« II fallut un certain temps pour que ces conséquences de la démocratie illimitée se manifestent. (…) De fait, pour avoir rompu avec le principe de l’égalité de traitement devant la loi, même au nom de la charité, l’on a ouvert les écluses à l’arbitraire permanent. Pour masquer cela, on eut recours à la fiction verbale d’une « justice sociale » dont personne ne sait avec précision en quoi elle consiste.

Mais précisément grâce à ce flou, la formule servit de baguette magique pour renverser toute barrière aux mesures partiales. Distribuer des dons aux frais de quelqu’un d’autre qui n’est pas identifiable au premier abord devint la plus séduisante manière d’acheter des partisans et garder la majorité. Mais un parlement ou gouvernement, qui devient une institution de bienfaisance se trouve du fait même exposé à un chantage irrésistible. Et bientôt, ce ne sont plus les « besoinslégitimes » qui servent de critère pour choisir quel groupe favoriser aux dépens de la collectivité, mais exclusivement les « nécessités politiques ». Ces pratiques légalisées de corruption ne sont pas la faute des politiques. Ils ne peuvent faire autrement s’ils veulent parvenir à des fonctions où ils pourront faire quelque bien. Cela devient un caractère intrinsèque de tout système où l’assentiment d’une majorité autorise une mesure spéciale pour apaiser un mécontentementparticulier. »

 

Pour Hayek, la séparation classique des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire ne fonctionne pas. En fait, le parlement est un bras de l’exécutif. C’est pourquoi il imagine de créer deux assemblées, une assemblée de personnes assez âgées élues pour quinze ans une seule fois et charger de faire les lois, et une assemblée plus classique chargée de voter le budget et de contrôler le gouvernement.

 

Mais il ne compte pas trop sur les institutions car « il faut beaucoup de ce fonds de traditions et de normes implicites qui, dans les démocraties réussies ont longtemps endigué les excès du pouvoir des majorités». Il ajoute : «nous n’avons aucun droit de supposer que les formes de démocratie qui ont réussi chez nous doivent aussi réussir ailleurs ».

 

 

8/ Le pouvoir contenu et la politique politicienne détrônée

 

« Ces trois grandes valeurs négatives, la paix (absence de guerre), la liberté (absence de servitude) et la justice (absence d’injustices) sont en fait les seules fondations indispensables de civilisation que le pouvoir doive assurer. Elles sont forcément absentes dans la situation naturelle de l’homme primitif et les instincts innés de l’homme ne les lui font pas assurer à ses semblables. (…)

Non moins que la paix, la justice et la liberté, la démocratie est fondamentalement une valeurnégative, une règle de procédure qui sert de sauvegarde contre le despotisme et la tyrannie (…)

C’est une convention qui sert principalement à prévenir le mal.

Mais comme pour la liberté et la justice, la démocratie est en passe d’être détruite par les tentatives de lui donner un contenu positif. Je suis à peu près certain que les jours de la démocratie illimitée sont comptés. Nous devrons afin de préserver les valeurs fondamentales de la démocratie lui donner une forme différente. »

 

Quand les politiciens invoquent la démocratie, « nous devrions montrer que ce qu’ils professent est l’égalitarisme (…) Les idées socialistes ont profondément pénétré la mentalité générale (…) beaucoup de conservateurs ont adopté les idées et le langage socialistes et les emploient constamment parce qu’ils sont persuadés que cela fait partie intégrante de la pensée actuelle ».

« Dans sa forme actuelle de pouvoirs sans limites, la démocratie a largement perdu de sa vertu protectrice à l’encontre de l’arbitraire gouvernemental. Elle a cessé d’être une sauvegarde pour la liberté personnelle, une digue opposée à l’abus des gouvernants (…) Elle est au contraire devenue la cause principale de l’accroissement cumulatif et accéléré de la puissance et du poids de la machinerie administrative. »

 

Hayek insiste pour que l’on distingue la société et l’Etat : « les sociétés se forment mais les États sont fabriqués » or « la plupart des processus d’évolution sociale interviennent sans que quiconque les veuille ni les prévoie, c’est précisément pour cela qu’ils engendrent l’évolution culturelle (…) une société ne progresse pas du fait que le pouvoir lui inculque de nouvelles idées, elle progresse parce que de nouvelles voies et de nouvelles méthodes sont constamment mises à l’épreuve des essais et rectifications. Ce sont des conditions générales favorables venant en aide à des personnes inconnues dans des circonstances inconnues qui sont la source d’améliorations qu’aucune autorité suprême ne pourrait provoquer ».

« II serait difficile de contester que d’une façon très générale, la politique a pris une place trop importante, qu’elle est devenue trop coûteuse et nuisible, absorbant beaucoup trop d’énergie mentale et de ressources matérielles ; et que parallèlement, elle perd de plus en plus le respect et l’appui sympathique du grand public, qui en est venu à la considérer comme un mal nécessaire mais incurable qu’il faut bien endurer. Or, l’énormité de l’appareil politique, son éloignement des citoyens dont il envahit cependant toute l’existence, ne sont pas choses que les hommes ont choisies de leur plein gré, mais la conséquence d’un mécanisme animé d’une dynamique distincte qu’ils ont instauré sans en prévoir les effets. Le souverain actuel n’est évidemment pas un être humain en qui l’on peut placer sa confiance (…)

Ce n’est pas non plus le produit des sagesses conjointes de représentants honorables dont une majorité peut se mettre d’accord sur ce qui est le meilleur. C’est une machinerie mue par des « nécessités politiques » qui n’ont de lien que fort lointain avec les opinions de la majorité du

peuple. »

« Le seul principe moral qui ait jamais rendu possible la croissance d’une civilisation avancée, fut le principe de la liberté individuelle ; ce qui veut dire que l’individu est guidé dans ses décisions par des règles de juste conduite, et non par des commandements spécifiques. (…) L’ultime bataille contre le pouvoir arbitraire, nous avons encore à livrer, le combat contre le socialisme et pour l’abolition de tout pouvoir contraignant prétendant diriger les efforts des individus et répartir délibérément leurs fruits. J’espère que le temps s’approche où ce caractère totalitaire et essentiellement arbitraire de tout socialisme sera aussi généralement compris que celui du communisme et’du fascisme ; alors des barrières constitutionnelles contre tout essai d’acquérir de tels pouvoirs totalitaires, sous n’importe quel prétexte, recueilleront l’approbation générale. »

 

 

9/ Le rôle bienfaisant de la tradition

 

« II ne faut pas croire que les instincts humains sont « bons » ; ils sont animaux.

L’emploi habituel de « naturel » avec un sens élogieux devient fort trompeur. Nous sommes encore enclins à tenir pour certain que ce qui est naturel doit être bon. (…)

Mais ce qui a rendu les hommes bons n’est ni la nature ni la raison mais la tradition (…) C’est un fait que souvent les règles héritées de la tradition sont ce qui sert le mieux le fonctionnement de la société plutôt que ce qui est instinctivement reconnu comme bon et plutôt que ce qui est rationnellement reconnu comme utile à des fins spécifiques. (…)

L’homme n’a jamais inventé ses institutions les plus fécondes, depuis le langage jusqu’au droit en passant par la morale ; encore à l’heure actuelle, il ne comprend pas pourquoi il devrait les préserver lorsqu’elles ne satisfont ni ses instincts, ni sa raison. Les outils fondamentaux de la civilisation, le langage, la morale, le droit et la monnaie, sont tous le fruit d’une croissance spontanée et non d’un dessein ; des deux derniers cités, le pouvoir politique organisé s’est emparé, et il les a totalement corrompus. »

« L’homme ne s’est pas développé dans la liberté (…) la liberté est un produit de la civilisation (…) rendue possible par le développement graduel de la discipline de civilisation qui est en même temps la discipline de la liberté. (…)

Nous devons notre liberté aux bornes de la liberté. »

« La tradition n’est pas quelque chose de constant mais le résultat d’un processus de sélection guidé, non par la raison, mais par le succès. (…) Et puisque nous devons l’ordre de notre société à des règles transmises dont nous ne comprenons qu’en partie le sens, tout progrès doit être basé sur la tradition. (…) l’éthique n’est pas pour nous affaire de choix. Nous ne l’avons pas fabriquée et ne pouvons pas la remodeler. (…) Il n’y a cependant, en ce qui concerne la société actuelle,aucun sens à parler de bonté naturelle, car avec ses instincts innés, l’homme n’aurait jamais pu édifier la civilisation dont dépend la subsistance des multitudes que compte aujourd’hui le genre humain. Pour la construire, l’homme a du rompre avec des comportements affectifs qui étaient bons pour la petite bande et se soumettre aux sacrifices que la discipline de la liberté exige mais qu’il déteste. »

« L’homme a le plus souvent été civilisé contre son gré. C’était le prix à payer pour pouvoir élever de plus nombreux enfants. Nous avons une aversion particulière pour les disciplines économiques (…) Les règles indispensables de la société libre exigent de nous bien des choses déplaisantes, telles que de supporter la concurrence des autres, d’en voir de plus riches que nous-mêmes, etc. Mais c’est se méprendre que d’imaginer que les économistes entendent que tout soit asservi aux objectifs économiques. Les objectifs ultimes ne sont jamais économiques(…)

C’est la discipline du marché qui nous oblige à calculer, c’est à dire à être responsables de l’emploi des moyens par lesquels nous poursuivons nos fins. (…)

Ce sont des traditions morales favorables plutôt que des projets raisonnes qui ont rendu le progrès possible dans le passé et qui feront de même dans l’avenir. »

 

 

1O/ La destruction des valeurs de la civilisation : Marx et Freud

 

« Toute morale repose sur l’estime graduée dans laquelle les personnes diverses sont tenues par leurs semblables, d’après le degré de conformité de leur conduite avec une norme morale acceptée. C’est ce qui fait de la conduite morale une valeur sociale. Comme toute règle de conduite régnante dans une société, et dont l’observance intègre un individu dans cette société, les règles morales ne sont acceptées que si elles sont également applicables à tous. Cela implique que la moralité soit protégée par une discrimination entre les gens qui en suivent lesrègles et ceux qui ne le font pas, sans égard aux motifs pour lesquels ces derniers enfreignent les règles. La morale présuppose un effort résolu vers l’excellence et que l’on reconnaisse que certains y réussissent mieux que d’autres sans s’enquérir des mobiles que nous ne pouvons jamais connaître. Ceux qui observent les règles sont considérés comme meilleurs au sens de présenter une valeur supérieure en comparaison de ceux qui ne les observent pas ; en conséquence, les premiers sont fondés à ne pas admettre les seconds dans leur compagnie.

Sans cela, la moralité ne pourrait que disparaître. Je doute qu’une règle morale puisse être préservée sans que soient exclus de la compagnie décente ceux qui l’enfreignent régulièrement (…)

Il est assurément déplorable que des hommes puissent être rendus mauvais par leur milieu, mais cela ne change rien au fait qu’ils sont mauvais et doivent être traités comme tels. (…)

Le crime n’est pas nécessairement causé par la pauvreté et n’est pas excusé par le milieu. »

 

« Dans une culture dégagée par la sélection des groupes, l’imposition de l’égalitarisme arrête forcément l’évolution ultérieure. L’égalitarisme n’est pas une opinion majoritaire, c’est le produit de la démocratie illimitée où il est nécessaire de solliciter l’appui même des gens les plus méprisables moralement. (…)

Ce n’est pas votre faute, voilà le cri de ralliement avec lequel la démagogie de la démocratie illimitée, aidée par des théories psychologiques scientistes, s’est rangée du côté de ceux qui réclament une part dans l’aisance de notre société sans se plier à la discipline qui en est la source. Ce n’est pas en concédant le droit à l’égalité de sollicitude et de respect à ceux qui violent le code de la civilisation que l’on protège celle-ci. Nous ne pouvons non plus accepter comme également légitimes toutes les convictions morales qui sont professées avec une égale sincérité et reconnaître un droit à la vendetta, à l’infanticide, ni même au vol. (…)

Ce qui fait d’un individu le membre d’une société et lui donne des droits dans son sein, c’est qu’il obéit à des règles. »

« Si notre civilisation survit, ce qu’elle ne pourra sans renoncer à ces erreurs, je crois que les hommes de l’avenir regarderont en arrière notre temps comme une époque de superstition, principalement caractérisée par les noms de Karl Marx et Sigmund Freud. Je crois que les gens découvriront alors que les idées les plus répandues qui dominèrent le xx° siècle, celle d’une économie planifiée avec juste distribution, celle de la libération personnelle par le rejet desrefoulements et de la morale traditionnelle, celle de l’éducation permissive comme voie vers la liberté et celle du remplacement du marché par un arrangement rationnel confié à un corps politique doté de pouvoirs coercitifs, étaient toutes basées sur des superstitions au sens strict du terme. »

« L’ironie de la chose est que ces superstitions sont en grande partie sorties de notre héritage de l’ère de la Raison, cette ennemie infatigable de tout ce qu’elle considérait comme des superstitions. Si Père des Lumières a découvert que le rôle assigné à l’esprit humain dans la construction intelligente avait été par trop exigu dans les temps antérieurs, nous nous apercevons que la tâche de notre temps assigne à la construction rationnelle de nouvelles institutions est de beaucoup trop étendue. Ce que l’âge du rationalisme et du positivisme moderne nous a enseigné à considérer comme des concrétions dépourvues de sens et de raison d’être, dues à l’accident ou au caprice, s’avère en maintes occasions être les fondations sur lesquelles repose notre capacité de penser rationnellement.

(…) la raison nous pousse toujours vers l’inconnu et l’imprévisible et c’est là qu’il apprend de nouvelles choses. »

 

 

11/ La religion, gardienne des traditions

 

Hayek s’interroge sur ce paradoxe : si les règles de la morale et de la juste conduite déplaisent à nos instincts et ne satisfont pas notre raison, comment ont-elles pu être transmises de génération en génération ?

« Une réponse est l’évolution de l’ordre moral à travers la sélection des groupes : les groupes quirespectent ces règles survivent et s’accroissent. »

Mais, si l’on se demande « comment ces règles furent préservées face à l’opposition des instincts et plus récemment, de la raison, on en arrive à citer la religion. « Cela veut dire, que cela plaise ou non, que nous devons la persistance de certaines pratiques qui ont engendré la civilisation au soutien de croyances qui ne sont pas vérifiables ou testables scientifiquement et qui ne sont pas le résultat d’une argumentation rationnelle. On pourrait appeler ces croyances «des vérités symboliques» car elles aident ceux qui y croient à « être fécond, à se répandre sur la terre et à ladominer (Genèse, 1 ;28). Même aujourd’hui, la perte de ces croyances, quelles soient vraies ou fausses, créé de grandes difficultés. En tous cas, la vision religieuse selon laquelle la morale a été déterminée par des processus qui nous sont incompréhensibles est sans doute plus vraie que l’illusion rationaliste selon laquelle l’homme aurait inventé la morale par son intelligence afin de réaliser plus qu’il ne prévoit. »

 

Comment la religion a-t-elle soutenu les coutumes bénéfiques ? Lorsque les effets bénéfiques ne sont pas perçus par les individus, ce sont les croyances qui leur permettent d’avoir un avantage sélectif et de survivre. Elles donnent des motifs non rationnels poussant les hommes à faire ce qu’il faut pour se développer démographiquement et économiquement. (…) Ce qui les guide versle succès n’est pas un savoir rationnel. (…) c’est l’habitude et la religion qui persuadent que l’honnêteté est la meilleure politique pour gagner alors que d’autres « raisonnent » autrement. »

 

 

12. Comment définir Hayek ?

 

Les idées d’Hayek sont si originales que celui-ci a éprouvé des difficultés pour se définir lui-même sur le plan politique, les étiquettes habituelles étant pour des raisons diverses assez inadaptées à son cas.

 

Habituellement, les journaux français l’ont qualifié de « libéral » voir « d’ultra-libéral ». Mais il n’a cessé de distinguer deux libéralismes, le libéralisme constructiviste à la française qui dérive naturellement vers le socialisme et le libéralisme respectueux des traditions et de l’ordre spontané, qui fut celui de Burke en Angleterre et de Menger en Autriche. Il vaut donc mieux voir comment Hayek s’est lui-même défini. A cet égard, il faut se reporter à une annexe de La Constitution de la Liberté intitulée : « Pourquoi je ne suis pas un conservateur ».

Il reproche aux conservateurs en général de se méfier des idées nouvelles et de recourir parfois à la contrainte non justifiée : « les convictions morales qui concernent des aspects du comportement personnel n’affectant pas directement la sphère protégée des autres personnes ne justifient aucune intervention coercitive ».

 

Mais Hayek partage avec les conservateurs une grande méfiance envers la raison constructiviste. Hayek précise même : « A l’opposé du rationalisme de la Révolution française, le vrai libéralisme n’est pas en conflit avec la religion et je ne puis que déplorer l’athéisme militant et foncièrement étranger au libéralisme qui a imprégné une bonne partie des libéraux du Continent au XIXe siècle. »

« Aux États-Unis, où il est presque impossible l’employer le mot « libéral » dans le sens que je lui ai donné, on lui a substitué le mot « libertarien » (…)

Pour ma part, je trouve ce mot bien peu attrayant et je lui reproche de sentir l’artificiel.

Ce que je souhaiterais serait un mot qui évoque le parti de la vie, le parti qui défend la croissance libre.

« Nous devrions toutefois nous rappeler que lorsque les idéaux que j’ai tenté de reformuler ont initialement commencé à se répandre dans le monde occidental, le parti qui les préconisait avait un nom très connu. (…)

En fait, jusqu’à ce que le caractère de cette tradition se soit trouvé altéré par les effets de la Révolution française, par sa démocratie totalitaire et par ses penchants socialisants, « whig » fut le nom sous lequel on connaissait le parti de la liberté. (…)

Puisque le libéralisme n’a pris la place du Whiggisme qu’après que ce dernier eut absorbé le rationalisme rudimentaire et militant de la Révolution française,

et puisque notre tâche doit être de libérer la1 tradition libérale des influences hyperrationalistes, nationalistes et socialistes qui l’ont envahie, Whiggisme serait historiquement le terme correct pour désigner les idées auxquelles je crois. Plus j’en apprends concernant l’histoire des idées, plus je pense que je suis essentiellement un « Old Whig » impénitent, en insistant sur « old ». »

Par ce choix d’utiliser un terme de la fin du XVIIème siècle, Hayek se rattache essentiellement à Edmund Burke, le célèbre critique de la Révolution française, favorable à une monarchie et à un Parlement soumis au Droit tel qu’il s’est formé par la coutume anglaise. Si Hayek a souvent critiqué la démocratie, il est resté silencieux dans l’ensemble sur la monarchie. Sujet de l’Empire des Habsbourg, il quitta plus tard la République autrichienne politiquement malade pour s’implanter dans une autre monarchie, à Cambridge. Toutefois, son choix de se baptiser « old whig » plutôt que libéral, montre une absence totale d’hostilité envers une monarchie respectueuse de l’État de droit.

 

OPINIONS

 

Jacques GARELLO

 

 

FAUT-IL BRULER L’ETAT

PROVIDENCE ?

 

Ils brûlent les voitures.

Ils cassent, frappent, volent, violent. Forts des conseils de mon Président de la République préféré, je ne me laisserai pas aller à dire, comme certains, que ce sont des sauvageons, que c’est une « racaille ».

A ce mot, tous ont crié haro sur le baudet, ce pelé, ce galeux d’où venait tout le mal : ce ministre au langage direct, qui osait dire tout haut ce que des millions de Français pensaient tout bas.

 

Hélas il n’avait pas compris qu’il existe un terrorisme intellectuel dans ce pays. // y a des mots à ne pas prononcer, il y a des choses à ne pas faire. Cette forme de terrorisme est aussi dangereuse que le terrorisme des attentats, des enlèvements, parce qu’elle tétanise les pouvoirs publics, et encourage l’escalade de la violence.

Après avoir ainsi donné, sans aucune originalité, mon point de vue sur les nuits d’émeute et les réactions insipides ou révoltantes qu’elles ont appelées, je voudrais essayer d’aller un peu plus loin dans l’analyse de ces drames.

 

Au coeur de ces drames, comme l’ont Relevé certains de mes amis, se trouvent les politiques de l’immigration et de l’éducation. Depuis un demi-siècle, les gouvernements successifs ont fait preuve d’aveuglement, et n’ont pas compris que toutes les difficultés nées de l’immigration et l’éducation ne provenaient en fait que des institutions et des initiatives propres à un Etat Providence.

 

L’immigration ? Elle devient sauvage et abusive quand les immigrants ne sont pas là pour travailler et s’intégrer à la communauté nationale, mais uniquement pour bénéficier de ces fameux «droits sociaux» que l’on a si largement dispensés. La Sécurité Sociale est une source permanente d’irresponsabilité, de parasitisme, de tricherie, elle invite au non-travail, au nonmérite, au non-respect. Les enfants de ces immigrés, même nés en France, voient leurs parents et leurs voisins vivre de l’assistance publique : pourquoi aller à l’école, pour s’astreindre au moindre effort, à la moindre discipline ?

 

Ils ont compris comment fonctionne le système ; le chômage et le marché clandestin rapportent plus qu’une occupation honnête au service de la communauté. Dans ses ouvrages devenus célèbres, le grand économiste Thomas SOWELL a démontré comment le marché est la plus extraordinaire machine à brasser les hommes de toutes origines, et c’est ce qui explique une part du miracle américain : tout le monde est obligé de tenir sa place dans l’effort national car sans effort pas de revenu. La France, comme certains autres pays, préfère les revenus de redistribution aux revenus d’activité, et le secteur marchand s’est réduit comme peau de chagrin à cause de l’expansion extraordinaire du secteur public.

 

L’éducation ? Il est vrai que le marché ne suffit pas à intégrer les communautés immigrées. Il faut aussi compter avec la famille et l’école. La famille peut inculquer certains principes moraux, mais la famille immigrée peut difficilement aider l’enfant dans ses études. Elle se décharge sur les enseignants. Mais où en est l’école française ? Elle n’apprend plus rien des bases du savoir, et les enfants ne reçoivent pas le minimum d’aptitude à la lecture, à l’écriture, au calcul, qui leur permettrait de révéler et de développer leurs talents. Us sont interdits de progrès personnel.

 

Comment s’étonner de ce résultat quand on a un système bureaucratique, où tout sens des responsabilités, là encore, a disparu, où les parents n’ont aucun choix, où les meilleurs maîtres sont vite découragés par le climat délétère que font régner des syndicats politisés ? Le mammouth n’éduque pas, il écrase. Pour réprimer la criminalité dans les quartiers chauds de New

York, GIULIANI n’avait pas hésité à laisser se créer des centaines d’écoles, dont chacune avait sa spécificité ; elles étaient privées, publiques, confessionnelles, laïques, mais l’important c’était que les familles aient le choix et trouvent ce qui convenait le mieux à leurs enfants.

Toute la scolarité a été financée par des bons scolaires remis aux familles de ces quartiers. Les enfants sont retournés à l’école, ils n’étaient plus dans la rue, ils ne vendaient plus de la drogue, ils ne pratiquaient plus le racket, ils ne brûlaient plus les voitures.

 

Oui, soyez en persuadé : c’est l’Etat Providence qu’il faut brûler.

 

Des flammes de l’Etat Providence pourrait renaître un Etat digne de ce nom, celui qui n’est pas prêt à s’aplatir devant le premier syndicaliste venu, pas prêt à s’émouvoir à la première grève annoncée, pas prêt à céder au fanatisme, celui qui a le devoir et les moyens de protéger les biens et les personnes. On nous a rebattu les oreilles de campagnes sécuritaires, et on a d’autant plus parlé de sécurité qu’on était incapable de l’assurer. L’Etat Providence a tué l’État gendarme. Quand l’État n’est plus respectable, il n’est plus respecté.

 

 

BONNES FEUILLES

 

Nicolas LECAUSSIN

 

 

LE CLONAGE ADMINISTRATIF OU L’ILLUSION DE L’EFFICACITÉ (1)

(1) Extrait de Cet État qui tue la France, Pion, 2005, 318 pages, 20€.

 

 

A chaque Français son organisme public

 

Le clonage administratif ne se limite pas aux organismes administratifs à caractère économique. En 2003-2004, nous avons pris connaissance de la mise en place d’une Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité, alors qu’il existait déjà un secrétariat d’Etat pour l’Egalité et des

départements dans tous les ministères et autres administrations.

 

Cette nouvelle autorité administrative pourra aussi créer auprès d’elle tout organisme consultatif permettant d’associer à ses travaux des « personnalités qualifiées ».

 

Parallèlement à cette Haute Autorité, on a décidé aussi la création d’un Observatoire de la laïcité qui aura « un rôle de veille et d’alerte » (il est important de signaler que la création d’un Observatoire ne figurait pas parmi les propositions de la commission Stasi placée début 2004 auprès du Premier ministre pour « surveiller » l’évolution de la société en matière de laïcité).

 

Toujours dans le même domaine, le ministre Borloo a annoncé fin juin 2004 la création d’un Observatoire des statistiques de l’immigration et de l’intégration pour «en finir avec le flou artistique,». Au-delà du fait que fournir des statistiques sur l’intégration nous semble assez « flou », il ne faut pas confondre cet Observatoire avec le Haut Conseil à l’intégration et le Haut Conseil de la population et de la famille, l’Observatoire de la main-d’oeuvre étrangère, l’Agence de l’immigration qui existent déjà, ou bien avec l’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques), l’INED (Institut national des études démographiques) et le CREDOC (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie) qui fournissent officiellement des statistiques sur l’immigration.

 

En novembre 2003, le président Chirac a installé un groupe de travail sur la taxe internationale présidé par Jean-Pierre Landau, inspecteur général des finances. Son but : « réfléchir à la possibilité de nouvelles contributions financières internationales pour réduire la pauvreté, favoriser le développement et financer les biens publics globaux tels que l’environnement, la santé publique ou

les ressources rares » (2).

(2) Armé des travaux de ce groupe, le président Chirac a soumis des propositions à cet égard lors du sommet du G8 qui a eu lieu début juin 2004 à Sea Island (Floride). Aucun des participants n’a paru intéressé par les projets du président français.

 

 

Autre initiative lumineuse, le Premier ministre Raffarin a créé la Mission de réflexion stratégique sur le futur de l’industrie aéronautique et spatiale française. Cette « réflexion » débouchera sur un rapport final qui sera remis au Premier ministre. Mais peut-on vraiment prévoir le futur de l’industrie aéronautique qui dépend beaucoup plus du talent de ses ingénieurs que des prévisions des fonctionnaires ?

 

Enfin, on ne doit pas oublier les deux grands conseils. D’une part, le Conseil d’analyse de la société, créé en septembre 2004 avec à sa tête Luc Ferry et quelques autres rescapés de l’époque Raffarin I, comme Jean-Jacques Aillagon.

Il devra «éclairer les choix politiques du gouvernement». Ce que fait aussi le Conseil économique et social, petit coin tranquille où, pour toucher 2 800 euros net par mois, il suffit de siéger quatre après-midi par mois (si l’on est vraiment assidu). Ce n’est pas énorme et malgré cela le taux de présence plafonne autour de 70 %.

 

 

Un seul remède : encore plus de « machins »

 

Comme pour pallier les mauvaises nouvelles – hausse du chômage et du mécontentement des Français, sondages catastrophiques pour le oui à la Constitution européenne – qui ne cessaient de s’accumuler, le gouvernement a augmenté au printemps 2005 le rythme des créations d’organismes administratifs.

Une façon de se rassurer.

 

Pour la Journée de solidarité en faveur des personnes âgées, c’est-à-dire le lundi de Pentecôte, on a vu les manifs, les grèves, la pagaille à propos de ceux qui travaillent, ceux qui ne travaillent pas et on en a oublié que le gouvernement, en respectant la tradition bureaucratique, avait créé un organisme administratif portant le nom de Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie. Elle a été investie d’une mission noble, rassembler les 2 milliards d’euros provenant justement de cette journée de solidarité, ainsi que le 0,1 % de la CSG, soit 900 millions d’euros, les crédits d’assurance maladie destinés aux personnes âgées, soit 5,7 milliards d’euros, et ceux destinés aux handicapés, soit 6,6 milliards. Cette caisse est la cinquième de la sécurité sociale, aux côtés de celles de la vieillesse, de la maladie, de la famille et des accidents du travail. On ne saura probablement jamais combien d’argent aura effectivement perçu cette caisse ou bien à quoi servira réellement cet argent. On sait par contre que la pub pour cette Journée de solidarité a coûté au moins 3 millions d’euros.

 

Devant la montée inexorable du chômage, le Premier ministre a annoncé en avril le lancement du Conseil d’orientation pour l’emploi calqué sur le Conseil d’orientation pour les retraites (COR). Cette nouvelle structure aura pour mission « d’établir un diagnostic partagé de la situation de l’emploi en France ». On ne peut que lui faire confiance.

 

On a pu aussi voir (avril 2005) la création d’une Agence nationale de sécurité ferroviaire qui sera installée à Amiens, alors qu’il existe déjà (depuis janvier 2004) une Agence européenne de sécurité ferroviaire se trouvant à seulement une centaine de kilomètres, à Valenciennes. Dotée d’un budget de 15 millions d’euros et d’une centaine de salariés (150 000 euros par salarié !), l’Agence européenne est chargée d’élaborer et de mettre en oeuvre la législation européenne en matière de transport ferroviaire. C’est aussi la mission de l’Agence nationale de sécurité ferroviaire…

 

Toujours dans le domaine des transports, on a aussi lancé (début 2005) l’Agence de financement des infrastructures de transport de France (les douze membres du conseil d’administration de l’Agence sont fonctionnaires) dotée d’un budget de 635 millions d’euros. Tout ce qui concerne les transports en France est à considérer avec beaucoup d’attention au vu de précédents comme le RFF (Réseau ferré de France) et le STIF (Syndicat des transports en Ile-de-France), organismes dont le rôle essentiel a été de reprendre les milliards de dettes de la SNCF ou de la RATP.

 

Un autre « machin » de printemps ? L’Observatoire des territoires, installé en mars 2005 par Frédéric de Saint-Sernin, secrétaire d’État à l’Aménagement du territoire, devrait « répondre aux nouveaux besoins en matière de partage des connaissances relatives aux territoires et d’approche comparative de leurs dynamiques d’évolution nés de la décentralisation et des nouvelles perspectives de la politique régionale au sein de l’Union européenne ». Ces missions très claires seront menées par 25 membres (tous fonctionnaires) et, n’en doutons pas, ne feront pas doublon avec le travail de la DATAR, de l’Association entreprise, territoires et développement, des Observatoires régionaux et locaux créés par les collectivités territoriales, de l’Observatoire de l’aménagement du territoire européen (ORATE), de l’Institut de la décentralisation, de l’Institut des hautes études pour le développement et l’aménagement des territoires européens (IHEDATE), de l’Observatoire des dynamiques et inégalités territoriales (lancé en septembre 2004), du Comité national d’aménagement et de développement du territoire, du Conseil de prospective et de dynamique des territoires mis en place en septembre 2003 ou bien de l’Observatoire de la décentralisation (lancé en janvier 2005 !).

 

Le printemps 2005 finit en beauté avec l’apparition (dans la loi Jacob sur les PME – avril 2005) d’un Observatoire des pratiques commerciales pour surveiller le bon déroulement de notre commerce et d’un Haut Conseil de la science et de la technologie pour « éclairer le choix des grandes orientations du pays ».

 

Notre santé est aussi la principale préoccupation de nos décideurs qui nous interdisent de grossir. Ainsi, dans la loi contre l’obésité déposée fin mars 2005 il est prévu la création d’un Haut Comité de lutte contre l’obésité. Contribuables, faites attention à ce que vous mangez !

 

Et n’oublions pas l’Agence pour l’innovation industrielle sur laquelle compte beaucoup le nouveau Premier ministre, Dominique de Villepin qui, dans son discours de politique générale, a annoncé un crédit de départ de 500 millions d’euros. Nos énarques n’ont toujours pas compris que l’innovation ne se prévoit et ne se décrète pas, elle apparaît spontanément, du talent des hommes. Personne n’a prévu ni les ordinateurs-ni Internet, deux inventions qui ont révolutionné le monde.

 

Un nouveau CNAC ?

 

Vous souvenez-vous du CNAC ? C’était en 1998. L’iFRAP publie un dossier explosif sur une association, le CNAC {Conseil national des arts culinaires), dont le budget (environ 10 millions de francs par an) sert principalement à financer les repas « choisis » de son président, M. Lazareff, et à payer le loyer d’un somptueux hôtel particulier à Paris. Son rôle officiel : promouvoir la cuisine française. L’iFRAP dénonce ces gaspillages inadmissibles et gagne une bataille : le président du CNAC est limogé est, par la suite, l’association disparaîtra. Malheureusement, le CNAC n’est qu’un exemple parmi d’autres et la lutte contre les associations subventionnées qui ne servent à rien n’est pas terminée.

 

Une décision récente du secrétariat d’État aux PME valide la création de Y Institut des hautes études du goût, de la gastronomie et des arts de la table (IHEGGAT), association loi 1901. Pourvu d’un budget (subventions publiques) de 400 000 euros, cet Institut est supposé faire1 « rayonner les atouts de la cuisine française dans le monde entier » grâce à un Comité pédagogique composé exclusivement de… fonctionnaires. Belle initiative, sauf qu’elle ressemble trop au CNAC et qu’il existe déjà de nombreux autres organismes avec les mêmes missions.

 

Voici quelques exemples : L’Institut européen d’histoire de l’alimentation dispense des cours pour comprendre les relations entre la gastronomie et les changements dans la société.

L’Institut français pour la nutrition, créé en 1974, a un statut d’association

et contribue à réunir dans le domaine de l’alimentation et de la nutrition les chercheurs du secteur public, du privé et des entreprises françaises de l’agroalimentaire.

 

L’Institut organise des colloques, des conférences et soutient des publications.

 

L’Institut du goût et le Centre européen des sciences du goût dispensent des cours à tous ceux qui veulent s’initier à l’art de la gastronomie française. LIFRAC (Institut français de formation et de recherche sur les arts culinaires, la gastronomie et les terroirs), présidé par Alain Ducasse, est une association loi 1901 créée en 2001 pour promouvoir une « véritable éducation au goût et aux arts de la table et de la gastronomie ». Soutenu (comprendre subventionné) par le ministère de l’Éducation nationale, le Centre national de la documentation pédagogique, le ministère de l’Agriculture, l’Institut réalise aussi des programmes culturels à destination des publics scolaires des enseignements général, professionnel et agricole.

 

L’Institut de la dégustation, créé en 1988, a pour objet d’enseigner des apprentissages sur le goût et la dégustation des aliments et des vins, ainsi que de proposer ses services à toute personne ou organisation qui souhaite entreprendre des actions ou des manifestations touchant à ces thèmes.

 

A côté de ces organismes, on peut mentionner des écoles et, universités dont les enseignements sont consacrés aux arts culinaires : ENSAIA (École nationale supérieure d’agronomie et des industries alimentaires) ; ENSBANA (École nationale supérieure de biologie appliquée à la nutrition et à l’alimentation).

Alors, a-t-on vraiment besoin d’un autre institut du goût, fût-il des « hautes études » ?

 

A titre de comparaison, en Grande-Bretagne, les agences administratives, connues sous le nom de QUANGOS (Quasi autonomous non governmental organizations) (3) disposent d’un personnel et d’un budget propres et ont un statut privé ou semi-privé.

(3) Sous le gouvernement Thatcher, des dizaines de Quangos ont été supprimés à cause de leur inutilité.

 

Le directeur général d’un Quango est inamovible pendant la durée de son mandat et il engage sa responsabilité en rédigeant les rapports d’activités à la première personne du singulier. Les Quangos sont assujettis au contrôle du NAO (National audit office) et du Public accounts committee de la Chambre des communes. Afin d’éviter le clientélisme et les « planques », les nominations dans ces organismes sont faites sur des critères objectifs (CV, expérience) et les relations avec le privé ont été resserrées afin de donner la possibilité aux cadres du privé d’accéder à des postes de responsabilité dans ces agences. De plus, toute décision est rendue publique en permettant à tout le monde de consulter tous les documents sauf ceux concernant la Défense nationale.

 

 

Insécurité routière = inflation d’administrations

 

II est devenu complètement superflu de dire qu’un gouvernement s’engage dans la « lutte contre l’insécurité routière ». Cela va de soi et il ne faut pas lésiner sur les moyens afin de faire baisser le nombre d’accidents et, implicitement, le nombre de morts sur les routes. Car les statistiques sont impitoyables : tous les ans on dénombre environ 8 000 tués (4) sur les routes.

(4) Les chiffres des tués sur îes routes seraient en réalité plus élevés car, d’après une enquête du Journal du dimanche du 27 juin 2004, le ministère des Transports ne tiendrait compte que du nombre de morts dans les six premiers jours après l’accident.

 

 

 

Pour ce qui est du nombre de tués par millions d’habitants dans l’Union européenne, seuls la Grèce et le Portugal font « mieux » que la France. D’autres ont réussi à faire baisser le nombre de victimes, comme la Grande-Bretagne où le chiffre a été divisé par deux en dix ans. Alors, pourquoi ces résultats catastrophiques lorsque les pouvoirs politiques et l’État ont toujours affirmé avoir pris « à bras-le-corps » ce problème ?

 

Le budget de la sécurité routière n’a cessé d’augmenter ces dernières années. Il s’élève à presque 2 milliards d’euros par an. Une recherche approfondie auprès du ministère des Transports (et de l’Équipement) nous dévoile un empilement impressionnant d’organismes (une trentaine) dont les missions semblent (très) peu différentes. Dans l’encadré ci-après vous pouvez découvrir une liste (5) qui n’est sûrement pas exhaustive de ces administrations, qui pourraient se réduire à un ou deux organismes beaucoup plus efficaces.

(5) Voir aussi la liste proposée par Christian Julienne dans son livre Le diable est-il libéral ?. Paris, Les Belles Lettres, 2001.

 

 

Quelques remarques : Tous ces organismes s’occupent des transports en France et, de manière directe ou indirecte, de la sécurité sur les routes ; plusieurs directions, observatoires, conseils et laboratoires font double, triple ou quintuple emploi ; aucune évaluation n’est disponible sur ces organismes et la plupart ne communiquent même pas leur budget. Certains ont fusionné tout en gardant le personnel et le budget.

 

 

1. Direction des transports terrestres.

2. Direction des routes.

3. Direction de la sécurité et de la circulation routière.

4. Service des routes et autoroutes.

5. Centre d’études sur les réseaux, les transports et l’urbanisme.

 

6. CETUR {Centre d’étude des transports urbains).

7. Bureau de recherche et prospective des transports.

8. OEST {Observatoire économique et statistique des transports.

9. Compte national annuel des transports (INSEE).

10. INRETS (Institut national de la recherche sur les transports et leur sécurité).

 

11. Observatoire national interministériel de sécurité routière.

12. Délégué interministériel à la sécurité routière.

13. Conseil général des Ponts et Chaussées.

14. Commissariat général aux transports.

15. Commissariat aux transports terrestres.

 

16. Conseil national des transports.

17. Inspection générale des transports.

18. Direction des affaires économiques et internationales.

19. Mission sur le transport intermodal.

20. CETE (Centre d’études techniques de l’équipement).

 

21. FACES (Filière d’animation et de coordination en exploitation et sécurité routière).

22. SETRA (Service d’études techniques des routes et autoroutes).

23. Association pour la qualification des équipements de la route.

24. Bureaux de normalisation routière (commissions nationales).

25. Comité français pour les techniques routières.

 

26. Club des concepteurs routiers.

27. Club d’échange d’expériences sur les routes départementales.

28. Laboratoire des Ponts et Chaussées.

29. LET (Laboratoire de recherche spécialisé en économie des transports et en aménagement du territoire).

30. Conseil national de la sécurité routière.

 

31. Observatoire des conditions économiques et sociales des transports.

32. Observatoire des politiques et des stratégies de transport.

 

 

Prenons un exemple : l’INRETS. Créé par décret interministériel en 1985, l’Institut national de recherche sur les transports et leur sécurité est un EPST (Établissement public à caractère scientifique et technologique) placé sous la double tutelle du ministère de la Recherche et du ministère des Transports. Ses missions couvrent de vastes domaines : des travaux d’expertise et de conseil jusqu’à la valorisation des résultats des recherches et des travaux et à leur diffusion dans le secteur des transports en France et à l’étranger.

Parmi ses principaux « objectifs scientifiques et technologiques » (à ne pas confondre avec ses missions), l’INRETS prévoit de surveiller l’évolution des transports de voyageurs, l’organisation des transports de marchandises, la régulation du trafic automobile et aérien et… l’amélioration de la sécurité routière au niveau des infrastructures, des véhicules et des usagers. Pour cela, 430 personnes travaillent dans le centre de Paris-Arcueil ou bien en province, dans les 17 unités de recherche. Ses moyens financiers s’élevaient à plus de 237 millions de francs en 2001 (15 % par rapport à 1999) et plus de 90 % représentent des subventions de l’État.

 

Alors qu’elles sont directement concernées, les entreprises privées de transport ne semblent pas très réceptives aux travaux de l’Institut car seulement 8 % du financement est assuré grâce à des contrats privés d’études et de recherche.

 

Et cette source est même en baisse par rapport à 1999, lorsqu’elle s’élevait à 11 % du total des moyens. Comme pour la plupart de ces organismes paraadministratifs, les charges de personnel (65% du budget) sont la part la plus importante des dépenses. Chaque employé coûte en moyenne 35 000 euros par an sans tenir compte d’autres avantages (les dépenses de fonctionnement sont à plus de 26 % du budget).

 

D’importants moyens publics sont accordés à cet Institut pour toute une série d’études écrites dans un jargon prétentieux et (volontairement ?) incompréhensible : « Les quatre axes stratégiques de l’INRETS sont accompagnés d’un ensemble d’actions prioritaires plus ponctuelles, constitué de projets fédérateurs limités dans le temps, qui permettront de développer les processus interdisciplinaires de production scientifique et de décloisonner les approches. […]

Il s’agirait donc d’un décalage développemental (sic) entre les capacités d’acquisition de connaissances sécuritaires et les capacités d’acquisition de comportements de mobilité plus sûrs » (extraits du rapport annuel 2001).

 

 

L’EXEMPLE BRITANNIQUE

 

Si la France a des résultats catastrophiques concernant les accidents routiers, pratiquement tous les autres pays européens ont obtenu de biens meilleurs résultats dans le domaine de la sécurité routière. Parmi eux, la Grande-Bretagne a diminué en dix ans de moitié le nombre des victimes (de 6 000 à 3 000 par an). Sans pour autant créer de nouvelles administrations ou centres d’études. Au contraire, la réforme a consisté en une évaluation régulière des agents de la route et une sévérité accrue envers les chauffards. Aucune infraction de la route ne reste impunie, le Code de la route est strictement respecté. Les résultats sont donc remarquables et cela malgré un taux d’alcoolémie toléré plus élevé qu’en France {0,8 mg/ml contre 0,5)…

 

Comme pour cacher l’échec de leur propre politique, les gouvernements multiplient les créations d’organismes publics, semi-publics et para-administratifs.

 

Ainsi, les -activités de l’INRETS se confondent parfaitement avec celles de deux autres « machins », le Bureau de recherche et prospective des transports (rattaché directement au ministère) et le CETUR (Centre d’étude des transports urbains) qui s’occupe d’ailleurs autant de l’urbain que de l’interurbain.

 

Dans les missions de ce dernier on retrouve « la réalisation des études dans le domaine des réseaux urbains, des transports, de l’urbanisme et des constructions publiques, et des activités de statistiques, d’enquêtes, d’expertises, d’expérimentation et d’innovation technologique, de production de logiciels, de publication d’ouvrages techniques et méthodologiques». De quoi occuper 170 personnes qui travaillent au siège principal à Lyon. Parions que dans les prochaines années, en cas de hausse du nombre des victimes sur les routes, un autre Centre de recherches sera inauguré. Bientôt leur nombre dépassera celui des victimes.

 

Pourtant, depuis environ deux ans, le nombre de victimes est en baisse.

 

Grâce à qui ? A ces « machins administratifs » ? Nullement. C’est la loi de 2003 renforçant la lutte contre la violence routière et l’installation des radars automatiques qui sont à l’origine de cette baisse. Le nombre de morts est même descendu à 5 300 en 2004 (même si celui des jeunes adultes est en hausse) grâce à cette politique de répression qui coûte beaucoup moins cher que la création d’organismes administratifs. Mais ne croyez pas que ces bonnes nouvelles auraient incité les pouvoirs publics à supprimer certains de ces « machins ». Les gaspillages continuent, les traditions perdurent…

 

 

Chômage et « machins » administratifs pour les jeunes

 

En France, le «jeune », n’en finit plus d’être considéré, d’une part comme la « valeur suprême » de la société, d’autre part comme la « victime » de la même société incapable de comprendre ses désirs, ses envies ou ses craintes. L’État a décidé de le prendre en charge grâce aux subventions publiques et en multipliant les organismes administratifs et para-administratifs censés s’occuper de lui. Une politique coûteuse, inefficace, qui, si on l’examine de près, n’est pas loin de rappeler les pratiques des régimes totalitaires.

 

La France est probablement le pays d’Occident où l’État est allé le plus loin dans la prise en main des jeunes en rendant pratiquement impossible toute initiative privée. Paradoxalement, cet accaparement est stérile et inefficace car parmi les membres de l’OCDE le pays détient le record du taux de chômage des jeunes de 16 à 24 ans, celui de la violence de ces jeunes, du taux de suicide, et il est classé parmi les moins bons pour ce qui est des résultats scolaires.

 

Alors, à quoi servent tous les milliards investis et les dizaines de milliers de fonctionnaires embauchés, sinon à entretenir un culte qui vient d’un passé sombre ? Car, c’est le régime de Vichy qui avait créé un secrétariat à la Jeunesse et, dès 1944, celui-ci est devenu, avec la plus grande discrétion, lecommissariat généra! à la jeunesse (il est vrai que le mot « commissariat » renvoyait plutôt à l’URSS). Dans son texte fondateur il est prévu la création d’un Conseil de la Jeunesse et même d’un Parlement des jeunes, des conseils généraux et municipaux des jeunes. En 1954, Pierre Mendès France crée les commissions de la jeunesse dans les différents ministères intéressés par la question.

 

C’est ainsi que naît, par exemple, la Commission armée-jeunesse, dont l’une des missions est de « nourrir le dialogue entre les jeunes et l’armée ». Cette obsession du dialogue comme solution utopique aux problèmes que rencontre la jeunesse devient une préoccupation récurrente des ministres successifs chargés de la jeunesse. La consultation nationale des jeunes, décidée en 1994 par le gouvernement Balladur, procède, elle aussi, du « souci de recueillir à la source la parole des jeunes, afin de répondre au mieux aux préoccupations exprimées ».

 

Le culte des jeunes ne s’arrête pas au niveau idéologique. Il s’exprime aussi par de nombreuses mesures économiques comme la création des fameux « emplois jeunes » par le gouvernement Jospin, création fictive d’emplois dans l’administratif et le para-administratif dans la tradition de l’augmentation du travail étatique, grâce aux subventions publiques. En même temps, ce même gouvernement relance, à l’occasion des Rencontres nationales de Marly-le-Roy en novembre 1997 auxquelles ont assisté plus de 100 000 jeunes, la politique en faveur des 16 à 25 ans en annonçant la création des conseils de la jeunesse, tant au niveau national que départemental. Ainsi, une instruction ministérielle du 5 janvier 1998 et un arrêté du 7 janvier 1998 créent le Conseil permanent de la jeunesse et les conseils départementaux. Les missions : «Donner son avis sur toute question concernant les jeunes », tandis que les conseils départementaux doivent « prolonger la dynamique et l’esprit des rencontres locales de la jeunesse dans un dialogue organisé et permanent avec les services de l’État et les collectivités ».

 

Situé rue de Grenelle, où les ministères de la Jeunesse et de l’Éducation nationale ont été réunis, ce Conseil est sûrement d’une grande utilité. Pourtant, il n’est pas facile de connaître exactement les résultats obtenus depuis sa création il y a six ans. Même les employés des ministères semblent perdus car il a fallu plusieurs coups de fil pour savoir de quel ministère dépend le Conseil. Et même après, le flou reste local.

 

Cela n’empêche pas son fonctionnement. Ce fameux Conseil a réussi, « seulement » quatre ans après sa mise en place, « l’introduction des jeunes dans le Conseil, avec leurs paroles, leurs impatiences, mais aussi avec leurs attentes». Parallèlement, le même Conseil a contribué (car il fut aidé par d’autres organismes) à la publication du Guide de l’engagement destiné aux jeunes Français de 11 à 28 ans qui désirent « s’investir (6) » dans des projets touchant aux « secteurs de l’économie, du sport, de l’humanitaire, de la citoyenneté ou de la culture ». Noble projet ! Comment le réaliser ?

(6) Dans le Dictionnaire de l’Académie ce verbe ne s’utilise pas sous forme pronominale. Mais l’apprentissage du français est sûrement la dernière préoccupation du ministère de l’Éducation nationale qui a rédigé ce Guide de l’engagement.

 

 

En impliquant de nombreuses associations membres du Conseil de la jeunesse. Plus de 80 associations profitent de sa manne pour répandre les messages de ce fameux Guide. Quelles sont-elles ? On trouve de tout : associations lycéennes, des étudiants, les sections «jeunes » de tous les partis politiques, comme par exemple « Verts et Alternatifs » (sic) et aussi les jeunes syndicalistes : CGT, FO, CFDT. Toujours sur la même liste, on trouve aussi plusieurs « associations de jeunes » (lesquelles ?}, une Association des Nanas beurs, une autre de « lutte contre la mondialisation », « pour un monde plus juste », « pour en finir avec la mondialisation ultralibérale » et aussi une Fédération nationale des Maisons des potes, ou bien les Associations MAC des Jeunes gays et lesbiennes et les Scouts gays et lesbiens. On peut douter de l’utilité des plus de 80 millions d’euros (environ, car connaître les subventions publiques aux associations n’est pas chose facile) alloués à toutes ces associations. Parmi d’autres actions méritoires, il faut signaler de nombreux voyages à l’étranger, en Allemagne, au Québec, au Liban, dans le cadre des « semaines d’action contre le racisme ».

 

Parmi ses réalisations, ce Conseil permanent de la jeunesse aurait donné une nouvelle impulsion aux départements, à tel point qu’on n’a jamais autant parlé de leur suppression que ces dernières années. De plus, en juillet 2001, une loi crée une commission nationale consacrée à l’« autonomie » (?) des jeunes et mentionne pour la première fois les conseils départementaux de la jeunesse dont la première décision fut d’organiser un grand Festival de la citoyenneté. Ces conseils représentent un « espace offrant la possibilité de réfléchir et d’innover dans le domaine de l’intervention publique et permettent de définir, à partir des directives nationales, les axes de la politique des départements ». Leur rôle est aussi celui d’instaurer un « dialogue entre les jeunes et les institutions » et de les intéresser à la vie politique et au débat démocratique.

 

Cette mission a été si bien accomplie que /ors des élections législatives de 2002, les jeunes forment le gros des troupes des abstentionnistes (36 %) et, encore plus grave, plus du tiers de leurs votes sont en faveur des deux extrêmes.

 

Enfin, l’équipe dirigeante du Conseil permanent de la jeunesse est constituée, d’une part, d’un représentant de chacune des 80 organisations nationales sollicitées (politiques, syndicales, associatives) et, d’autre part, d’un représentant de chacun des 100 conseils départementaux. Aucun représentant du privé. Il ne faut surtout pas suggérer aux jeunes un quelconque esprit d’initiative, ni l’envie de travailler dur ou d’obtenir des résultats.

 

Dans le tableau ci-dessous, nous proposons une comparaison entre la charte du Conseil permanent de la jeunesse et la brochure de l’Union de la jeunesse communiste soviétique publiée en 1974 sous la « haute » direction de Leonid Ilitch Brejnev. La ressemblance entre les deux programmes est saisissante.

LIRE LIBÉRAL

 

Hernando DE SOTO

 

 

LE MYSTÈRE DU CAPITAL

 

 

Le péruvien Hernando de Soto est le genre d’économiste libéral qu’on trouve rarement en France. Il combine l’enquête avec la théorie, les statistiques avec les grands principes. Son nouveau livre (Lemystère du capital, Flammarion, 2005) est un monument, un modèle parfait de travail de recherche abouti. Présentation en deux temps d’un monstre de la pensée libérale.

 

Lorsque Carlos Rangel a publié, dans les années 1970, ses livres majeurs (1), les bien-pensants de l’époque ont tout de suite crié au scandale.

(1) Du bon sauvage au bon révolutionnaire, L’Occident et le tiers-monde (Robert Laffont).

 

L’auteur sud-américain avait osé dire que le tiers-mondisme ambiant n’était autre qu’une idéologie marxiste et que, de surcroît, il faisait du tort aux pays concernés en les enfonçant dans la pauvreté et les dictatures. Force est de constater que, 30 ans après, l’idéologie est aussi répandue sauf qu’elle tire ses sources dans les mouvements anti-mondialisation dont le mot d’ordre est d’accuser le libéralisme (après le capitalisme) des malheurs de ces pays. Pourtant, quelques précisions s’imposent.

 

Depuis 50 ans, l’Occident s’est développé comme jamais dans son histoire et les pays du Sud ou bien ont stagné pendant des années ou bien ont pris, pour certains, le chemin d’une véritable croissance. Mais pendant que les pays occidentaux s’enrichissaient, d’autres restaient dans un grande pauvreté et étaient (ou le sont) victimes des dictatures, des guerres civiles et des famines. A qui la faute ? La réponse officielle, politiquement correcte, est de dire que c’est à cause de l’Occident et de la colonisation. Pourtant, cette affirmation ne résiste pas à une simple analyse des faits.

 

La famine, par exemple, n’a pas été un problème de ressources agricoles pillées par les pays riches mais résulte de guerres civiles ou de négligences, est provoquée par les chefs d’Etat ou des tribus.

 

Même aujourd’hui, les héritiers des tiers-mondistes soutiennent que si les pays du tiers monde sont sous-développés «c’est parce que nous nous sommes développés à leur dépens en exploitant leurs richesses ». Et ce genre de raisonnement est aussi largement utilisé dans les manuels destinés à nos enfants. Après la fin de la guerre froide et l’écroulement du communisme, le tîers-mondisme fut rapidement remplacé par F antimondialisation et le capitalisme par le libéralisme qui ferait des ravages partout dans le monde. D’ailleurs, la pauvreté est un véritable outil de propagande pour les mouvements anti-mondialistes car, quelles qu’en soient les causes, elle est toujours provoquée par l’homme blanc et son impitoyable avidité «libérale».

 

Pour faire passer cette pilule, on nous ressort à chaque fois la même rengaine : « les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres ».

 

Les chiffres sont têtus et disent complètement l’inverse. Depuis environ 20 ans, la mondialisation a contribué à faire reculer la pauvreté dans 24 pays en développement qui comptent au total quelque 3 milliards d’habitants. C’est même l’ONU dont les penchants pour le libéralisme ne sont pas très évidents qui le dit.

 

Ce développement s’est même accéléré dans les pays qui se sont débarrassés des dictatures et du socialisme. Dans la seule Afrique, l’industrie égyptienne a été ruinée, ainsi que les agricultures algériennes, guinéenne, éthiopienne, angolaise et mozambicaine par un socialisme d’origine soviétique. Ce même socialisme a été aussi à l’origine du massacre des étudiants et des enfants éthiopiens, ainsi que des cadres guinées, dahoméens et celui du tiers de la population de la Guinée équatoriale. C’est dans la Chine communiste qu’a eu lieu, en 1961, la plus grande famine du siècle, c’est le marxiste Didier Ratsiraka qui a appauvri le Madagascar et non pas l’Occident capitaliste. Pour ce qui est du mythe de la colonisation coupable de l’appauvrissement, là aussi, les faits sont impitoyables. Malgré une décolonisation qui s’est terminée vers 1804, le Haïti est aujourd’hui moins développé que jamais. De même, le cas du Zimbabwe est typique de la façon dont on manipule l’histoire. Ce pays, relativement développé, a été pillé et appauvri par un dictateur, Mugabe, qui a appliqué les techniques marxisantes à une économie bien portante, sans oublier, au passage, de massacrer quelques fermiers blancs et de les déposséder de leurs terres.

 

L’Amérique latine a fait d’énormes progrès dans les domaines de la démocratie et des libertés économiques. A part Cuba et Haïti, la plupart des pays ont organisé, ces 20 dernières années, des élections libres et ont profité des alternances politiques (même le Mexique a réussi à se débarrasser du Parti Institutionnel d’obédience socialiste, en place depuis 70 ans). Dans ces pays qui, à chaque fois qu’ils ont eu l’occasion de voter librement, ne l’ont jamais fait pour un programme marxiste (2), il existe une attraction irrépressible pour les libertés, non seulement politiques mais surtout économiques.

(2) Même l’élection (en 1970) de Salvador Allende au Chili s’est faite sur un programme social-démocrate.

 

Ainsi, une part croissante

– et souvent majoritaire – de la population travaille en dehors de tout cadre légal, constituant ce qu’on appelle « l’économie informelle ». Cette dénomination a été lancée par l’économiste péruvien Hernando de Soto dans un livre célèbre (L’autre sentier. La révolution informelle dansje tiers monde,Editions la Découverte, 1994) devenu véritable best-seller mondial. L’auteur, par ailleurs membre du Comité pour la planification du développement des Nations unies, y présente les résultats de nombreuses études sur trois secteurs de l’économie informelle péruvienne : le logement, le commerce et le transport urbain. Les richesses produites dans une sorte d’économie parallèle où l’on évite les taxes, les impôts et autres contraintes bureaucratiques, sont impressionnantes ; il s’agit de l’apparition d’une nouvelle classe qui rejette l’étatisme et ses contraintes. De véritables entrepreneurs ont choisi de contourner les empêchements à la libre entreprise, à l’investissement et à la concurrence. Lorsque la première édition du livre fut publiée en 1986, plus de 60 % de la population active travaillait dans le cadre de l’économie informelle afin d’éviter les 134 000 réglementations étatiques.

 

Pour illustrer son analyse, de Soto s’est transformé pour quelque temps en un individu qui décide de se livrer à une activité économique, monter un petit atelier de confection. Il décida de faire légalement toutes les démarches administratives, tout en faisant appel au dessous-de-table sans lesquels il serait absolument impossible de faire quoi que ce soit. Au total, il a eu besoin de 289 jours pour faire toutes les démarches administratives, 195 dollars pour obtenir les papiers nécessaires auprès des administrations concernées. Il a donc eu besoin de 10 mois, pendant lesquels le manque à gagner s’est élevé à 1 036 dollars.

 

Coût total de l’accession à la petite industrie légale pour un individu qui souhaite devenir entrepreneur : 1 231 dollars, soit 32 fois le salaire minimal (3).

(3) Non sans un brin d’humour, l’auteur note que, malgré les 289 jours de démarches bureaucratiques, les administrations n’ont jamais découvert qu’il s’agissait d’une simulation.

 

Aujourd’hui, l’économie informelle représenterait environ 50 % de la main d’oeuvre en Amérique latine, dans certains pays (Guatemala, Bolivie, Equateur, Paraguay) elle se situerait même entre 50 et 70 %. Mais ce continent n’est pas le seul à être touché par ce phénomène. Dans un livre (4) plus récent, l’économiste Brink Lindsey donne l’exemple de l’Inde où seulement 30 millions de personnes, 9 % de la population, travaillent « légalement ».

(4) Against thé dead hand. The uncertain struggie for global capïtalism, Éditions Wiley. 2002.

 

 

D’après lui, environ 80 % ordinateurs fabriqués en Inde proviennent de l’économie informelle.

L’Amérique latine est malade de l’Etat qui l’a volée, appauvrie et qui empêche beaucoup de réformes économiques.

Bogdan CALINESCU

LIRE LIBÉRAL

 

La seule biographie de Say actuellement disponible

 

JEAN-BAPTISTE SAY (1767-1832)

MAÎTRE ET PÉDAGOGUE DE L’ÉCOLE FRANÇAISE D’ÉCONOMIE POLITIQUE LIBÉRALE

 

 

Jean-Baptiste Say est l’un des fondateurs de l’École française d’économie politique libérale.

 

Toutefois, ce serait réduire la place et le rôle de cette personnalité attachante qui eut vingt ans sous la Révolution française, qui s’opposa avec détermination à la dictature napoléonienne, qui fut une haute figure de l’opposition libérale sous la Restauration, que de le cantonner à sa seule fonction d’économiste. L’homrne déborde largement de ce cadre étroit. C’est ce que tente de montrer cette biographie. Si elle présente les grandes lignes de l’économie politique de Jean-Baptiste Say à travers de larges extraits de son oeuvre, elle aborde aussi les autres aspects du personnage.

 

Écrit par un journaliste sur un journaliste (car Say fut aussi rédacteur en chef d’une revue, La Décade,et chroniqueur dans plusieurs publications) ce travail comble un vide car il n’existe pas de biographie récente de Jean-Baptiste Say. Les remarques et critiques au sujet de cette biographie sont les bienvenues et sont à adresser à l’Institut Charles-Coquelin.

 

Grand historien des auteurs libéraux, ancien élève de l’École supérieure de journalisme de Lille, Gérard MINART a été rédacteur en chef, éditorialiste et vice-président du Directoire du quotidien lillois La Voix du Nord. Il se consacre aujourd’hui à l’écriture de biographies historiques. Il est l’auteur d’une biographie de Frédéric Bastiat, Frédéric Bastiat, le croisé du Libre-échange (L’Harmattan, 2004) et de deux autres ouvrages parus aux éditions Privât : Pierre Daunou, l’anti-Robespierre (2001) et Les opposants à Napoléon (2003).

Prix : 17 €

Institut Charles-Coquelin – 2005 *

Pour contacter l’Institut : edschcoq@noos.fr

ALEPS INFORMATIQNS/ALEPS INFQRMATIQNS/ALEPS INFO

 

Actualité de la doctrine sociale de l’Église

 

Colloque à l’occasion de la publication française du Compendium de la Doctrine sociale par la Librairie vaticane

 

Ce colloque aura lieu le samedi 4 février 2006, à partir de 9 h 30 jusqu’à 18 h 00, salle paroissiale Saint-Léon, 11 place du Cardinal- Amette, 75015 Paris (Métro la Motte-Picquet ou Dupleix), entrée libre, participation aux frais souhaitée.

 

Ouverture par Mgr Pierre d’Ornellas, évêque auxiliaire de Paris

 

POURQUOI CETTE INITIATIVE ?

 

« Le Compendium de la Doctrine sociale est un instrument qui facilite dans les différents milieux une étude plus approfondie et systématique des orientations de l’Eglise dans les domaines politique, social et économique, en en favorisant en même temps l’application pratique dans le contexte concret de chaque pays ou continent, avec leurs particularités. »  Benoît XVI, 24 novembre 2005

 

 

ALEPS INFORMATIQNS/ALEPS INFQRMATIQNS/ALEPS INFO

 

 

PARIS, COLLOQUE DU 4 FÉVRIER 2006

 

Comprendre comment l’Évangile est source de toute libération authentique

 

Voulu et demandé par le pape Jean-Paul II, le Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise vient de paraître en français aux éditions de la Librairie vaticane.

 

Cette « synthèse sans précédent » explique le cardinal Renato Raffaele Martine permet de mieux comprendre « comment l’Évangile est source de toute libération authentique, et de toute véritable promotion humaine ». Pour le président du Conseil pontifical Justice et Paix, maître d’oeuvre de ce Compendium, il s’agit d’inspirer « des témoins crédibles et en même temps des hommes et des femmes de pensée et d’action capables de modifier les mécanismes de la société actuelle en incarnant la logique évangélique de l’amour dans la logique humaine et rationnelle de l’économie, de la politique et de la société* ».

 

Maître incontesté de la doctrine sociale de l’Église, Jean-Paul II regrettait que « la doctrine sociale de l’Église [soit] plus évoquée que connue, et considérée comme un simple horizon de valeurs – peut-être trop grandes et nobles pour pouvoir jamais devenir concrètes dans ce monde – plutôt qu’un critère exigeant de jugement et d’action ».

 

C’est pour faire connaître ce travail de synthèse inédit que l’Association française des économistes catholiques et la Fondation de service politique propose ce colloque consacré à l’actualité de l’enseignement social de l’Église.

 

Cet enseignement exposé dans le Compendium, explique toujours le cardinal Renato, « n’est pas un programme politique, social ou économique : il propose de former les mentalités et les coeurs pour qu’avec liberté et autonomie, ils se décident à réaliser ces options sociales, économiques et politiquesqui servent à concrétiser l’idéal d’un humanisme intégral et solidaire ».

 

L’Association des Économistes Catholiques et la Fondation de Service Politique organisent, à l’occasion de la publication en français par le Saint-Siège du Compendium de la Doctrine Sociale de l’Église, un colloque sur l’actualité de la Doctrine Sociale de l’Église : « Une éthique économique et politique pour notre temps ».

 

La conférence introductive sera donnée par Mgr Pierre d’Ornellas, évêque auxiliaire de Paris. Parmi les autres intervenants, le Père Pierre Coulange, François de Lacoste-Lareymondie, les Professeurs Jacques Bichot, Jean-Yves Naudet, Jacques Garello, Jean-Didier Lecaillon, et Roland Hureaux. Mexico, 23 novembre 2005.

 

 

Renseignements

 

ASSOCIATION DES ECONOMISTES CATHOLIQUES

 

Jean-Yves NAUDET

 

22, avenue des Floralies

Les Logissons

13770 VENELLES

Tél. : 04 42 17 28 73

Contact : jean-yves.naudet@univ.u-3mrs.fr

 

AEC

FONDATION DE SERVICE POLITIQUE

Philippe de SAINT-GERMAIN

 

83, rue Saint-Dominique

75007 PARIS

www.libertepolitique.com

Contact : colloque@libertepolitique.com

 

 

PROGRAMME

 

Modérateur du colloque : Thierry BOUTET  Journaliste, Fondation de Service Politique

 

9 h 30 : Ouverture du colloque.

9 h 45 : Pour une priorité pastorale authentique par amour de l’homme et de la société, par Mgr Pierre d’ORNELLAS (Évêque auxiliaire de Paris).

10 h ,15 : Les fondements anthropologiques de la Doctrine sociale de l’Eglise, par le Père Pierre COULANGE (Notre Dame de Vie, Vénasque, AEC).

10 h 45 : Doctrine sociale de l’Église et laïcité (commentaire de la note doctrinale du Cardinal Ratzinger sur l’engagement des catholiques dans la vie politique), par François de LACOSTE-LAREYMONDIE (Vice-Président de la Fondation de Service Politique).

11 h 15 : Les structures de péché, par Jacques BICHOT (Professeur à l’Université de Lyon III, AEC).

11 h 45 : Discussion.

12 h 45 : Pause déjeuner (Déjeuner libre : les participants sont invités à aller déjeuner dans le quartier).

 

14 h 30 : L’économie de marché, par Jean-Yves NAUDET (Professeur à l’Université Paul Cézanne-Aix-Marseille III, Président de l’AEC).

15 h 00: Le développement et le, commerce international, par Jacques GARELLO (Professeur Emerite de l’Université Paul Cézanne-Aix-Marseille III, AEC).

15 h 30 : Discussion.

16 h 00: Pause.

16 h 30: Quelques fondamentaux de la Doctrine Sociale de l’Eglise, par Roland HUREAUX (Essayiste et élu local, membre du Comité éditorial de la revue Liberté Politique).

17 h 00 : La famille, par Jean-Didier LECAILLON (Professeur à l’Université Panthéon Assas, Paris II, Vice-Président de FAEC).

17 h 30 : Discussion.

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